QS et les signes religieux: à visière baissée

Réunis dans un conseil national en fin de semaine à Québec, quelque 330 délégués de Québec solidaire (QS) ont voté massivement contre la position formulée auparavant par les élus du parti et couchée dans un projet de loi qu’avait présenté Françoise David en 2013 : interdire le port de signes religieux aux agents de l’État qui exercent un pouvoir de coercition, la célèbre recommandation du rapport Bouchard-Taylor.

Ces agents de l’État, comme les policiers et les gardiens de prison, portent un uniforme, et on pouvait arguer qu’en tout respect des chartes, leur devoir de neutralité et d’impartialité devait se traduire dans leur apparence… uniforme, compte tenu de l’énorme pouvoir qu’ils exercent sur les citoyens au nom de l’État.

Lors de ce conseil national, les défenseurs très minoritaires de la position Bouchard-Taylor — l’option A dans le cahier du participant — ont avancé des considérations politiques, estimant qu’il fallait répondre aux craintes de la population avec une position « équilibrée ».

Pour les tenants de l’option B, beaucoup plus nombreux, aucun employé de l’État ne devrait être empêché de porter un signe religieux. C’est un argument de principe. Les luttes sociales pour les droits de la personne ont été gagnées « contre la majorité de la population », a affirmé une déléguée lors de la plénière.

Dans une pirouette, les deux co-porte-parole de QS, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, ont indiqué qu’ils avaient adhéré au « compromis » Bouchard-Taylor parce qu’ils y voyaient une façon de tourner la page, mais qu’aujourd’hui, avec le gouvernement caquiste, aucun compromis n’est envisageable. Ce n’était donc pas pour eux une question de conviction.

En larguant Bouchard-Taylor, les solidaires sont revenus au libellé de leur programme et ont fait le choix de la pureté idéologique. « À partir d’aujourd’hui, la position de Québec solidaire sera plus claire et cohérente que jamais. Personne ne devrait perdre son emploi ou être empêché d’exercer parce qu’elle ou il porte un signe religieux », a déclaré Manon Massé dans un communiqué.

Mais ce n’est pas si simple. Les délégués ont adopté une position sur « le port de vêtements couvrant le visage » par les employés de l’État. C’est là que ça s’est gâté. Qu’ils dispensent ou non un service en personne à la population, les employés pourront se couvrir le visage, mais seulement si les quatre critères inscrits dans le programme sur les signes religieux sont respectés : absence de prosélytisme, respect du devoir de réserve, absence d’entrave à l’exercice de la fonction et conformité aux normes de sécurité.

Une enseignante ne pourrait pas porter un voile intégral, a dit Gabriel Nadeau-Dubois. Soit. Mais une téléphoniste qui répond aux citoyens, comme l’a suggéré la députée de Mercier, Ruba Ghazal, pourquoi pas ? Et une préposée aux bénéficiaires dans un hôpital ? Le port du niqab ne nuirait pas à l’exercice de sa fonction.

Le co-porte-parole a vertement rabroué la pauvre députée. QS est « contre une interdiction mur à mur », a-t-il dit, tout en se montrant incapable de préciser qui pourrait porter ces signes religieux. Il n’y a que les porte-parole qui peuvent interpréter le programme de QS, a sèchement fait observer le député de Gouin. Ruba Ghazal, une élue qui représente pourtant des électeurs, doit se taire. Ce sont « des problèmes imaginaires », a-t-il dit. Philippe Couillard, sors de ce corps.

S’il s’agit bien de problèmes imaginaires, pourquoi adopter une position ? Surtout, cette position devrait pouvoir s’expliquer et être comprise non seulement par les députés, mais par les électeurs. Après tout, il ne s’agit pas de paroles d’évangile que seul un initié a le droit divin d’interpréter.

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73 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 2 avril 2019 00 h 55

    Une question à M. Dutrisac

    Actuellement, et depuis toujours, en fait, quels sont les postes qui sont interdits officiellement aux personnes qui portent des signes religieux, ou même qui ont le visage couvert? Aucun. Et combien de personnes dans les services publics travaillent le visage couvert? Aux dernières nouvelles, il n'y en avait pas. Bref, la position de QS est une forme de statu quo qui précise quatre critères pour appliquer ce principe.

    • Claude Bariteau - Abonné 2 avril 2019 07 h 12

      M. Jodoin, en l'absence de personne travaillant à visage découvert dans les services publics, QS a avancé que des personnes le pourraient si elles respectent quatre critères inscrits au programme de QS : absence de prosélytisme, respect du devoir de réserve, absence d’entrave à l’exercice de la fonction et conformité aux normes de sécurité.

      Si je comprends, toutes autres personnes à l'emploi d'institutions publiques pourraient porter des signes religieux en concordance avec leurs convictions si leur visage n’est pas couvert. Conséquemment ces personnes ne sauraient être astreinte/e/s aux quatre critères précédents et pourraient faire du prosélytisme, ne pas respecter le devoir de réserve, entraver l'exercice de la fonction et ne pas se conformer aux normes de sécurité.

      Il s’agit là d’incidences découlant de l’adoption des deux positions de principe adoptées. La première est conditionnelle, la seconde, non. La deuxième affirme plutôt qu’aucun autre employé de l’État ne devrait être empêché de porter un signe religieux s'il en va de ses convictions.

      Dans son texte, M. Dutrisac, en écho à une militante, signale que ces positions sont analogues à celles promouvant des droits de la personne qui ont conduit à des gains. Bizarrement, après avoir adopté ces principes, QS a avancé que ce dossier n’est pas sa priorité parce qu’aucun problème ne se pose, laissant entendre que le « laisser-aller » s’impose en autant que ses principes sont reconnus.

      J'en déduis que QS, promoteur d’une laïcité qui s’incarne par des choix individuels justifiés plutôt que par des règles définies par les parlementaires pour valoriser le caractère laïc des institutions publiques, entend faire valoir ces principes indépendamment de leurs incidences mais surtout de la négation qu'ils impliquent du pouvoir des parlementaires dans un État de droit de promouvoir une laïcité valorisée par les tenues vestimentaires de ses employé/e/s.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 avril 2019 07 h 18

      « Si je comprends, toutes autres personnes à l'emploi d'institutions publiques pourraient porter des signes religieux en concordance avec leurs convictions si leur visage n’est pas couvert. »

      Non. Cela ne serait possible que si les règles sont en même temps respectées, ce qui est seulement plus probable, mais pas nécessairement.

    • Claude Bariteau - Abonné 2 avril 2019 09 h 16

      M. Maltais-Desjardins, ce n'est pas ce qui a été adopté ni véhiculé par les « porte-paroles » de QS qui n’ont pas rappelé que le recours à des critères est probable mais pas nécessairement.

      Votre complément vient plutôt faire valoir le « cas à cas » et le « laisser-faire », deux positions qui visent à bloquer toute approche en faveur de l’affirmation de la laïcité par les employé/e/s de l’État du Québec.

      Cela revient à dire que c’e n’est pas une question qui relève des parlementaires, mais une affaire de droits individuels à gérer par les dirigeants des institutions publiques comme cela se fait par des comités créés par les parties signataires d’une convention de travail dans lesquels la partie syndicale défend les employé/e/s et la partie patronale l’institution.

      Cette perspective introduit un troisième principe : l’absence de règles autres que des principes généraux concernant le port de signes religieux dans les institutions qui relèvent des parlementaires.

      Certains ministères canadiens ont choisi cette approche. Si je vous décode, c’est l’approche que vous estimez la plus appropriée pour le Québec, approche dont QS se ferait le porteur même si son CN ne l’a pas explicitée.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 avril 2019 09 h 30

      Sur le cas à cas, je vous invite à lire le deuxième paragraphe demon intervention de 9h13. Je ne crois pas que ce soit du tout une doctrine du laisser-faire non plus. En revanche, vous voyez tout à fait juste quand vous notez que pour moi « ce n’est pas une question qui relève des parlementaires, mais une affaire de droits individuels à gérer par les dirigeants des institutions publiques comme cela se fait par des comités créés par les parties signataires d’une convention de travail dans lesquels la partie syndicale défend les employé/e/s et la partie patronale l’institution. »

    • Claude Bariteau - Abonné 2 avril 2019 10 h 21

      Je vous avais compris. Merci de l'avoir confirmé.

      Reste le « laisser-faire ». Il est présent parce que l'État, selon votre avis, ne doit pas règlementer, mais laisser aux dirigeants des institutions une responsabilité de gestion, auxquels il peut rappeler des principes et des modalités d'intervention qu'ils peuvent se prévaloir.

      Si ce n'est pas une forme de « laisser faire » dans le dossier de la laïcité, je me demande ce que c'est puisque, au quotidien, il revient aux dirigeants d'intervenir et de régler les problèmes le cas échéant en recourant à un comité paritaire et éventuellement à un arbitre qui tranchera en soupesant un principe de libertés d'expression et la pertinence des critères à cette fin.

      La conséquence est une jurisprudence de cas par cas et des prédédents pour délimiter a posteriori les lignes de conduite dans le cadre des relations de travail, ce que votre approche nie aux parlementaires.

      J'ai présidé le Syndicat des professeurs et professeures de l'Université Laval. Je sais qu'un syndicat doit défendre ses membres quel que soit le litige en cause. Je sais aussi, comme le savent les élus des syndicats, qu'il y a des litiges indéfendables qui sont générateurs éventuels de coût pour le syndicat et l'institution.

      La laïcité n'est pas une affaire de relation de travail à l'exemple de ministères canadiens qui l'ont fait faute de mieux parce qu'il ne s'agit pas d'une atteinte à des droits associés à une pratique religieuse, car elle est reconnue, mais au port de vêtement qui transforme des employé/e/s en véhicule d'une pratique reconnu au sein d'une institution publique, contrant, sur la base de leurs convictions personnelles, que l'institution s'affirme et s'affiche laïque.

      Une règle de laïcité ainsi définie ne brime pas les employé/e/s d'un travail. Elle dit seulement que le port de signes sur les heures de travail est contraire aux attentes et aux règles votées par les parlementaires.

  • Nadia Alexan - Abonnée 2 avril 2019 01 h 20

    Le port du voile intégral relève de la barbarie.

    N'importe quelle personne qui valorise l'humanité de la femme doit s'opposer à une telle brutalité qui veut rendre la femme invisible.
    Québec solidaire a perdu la tête en banalisant le port de ce voile anachronique qui enferme les femmes dans une prison ambulatoire.
    C'est malheureux que QS enfonce les femmes dans la sauvagerie au lieu de les protéger de l'emprise du fanatisme totalitaire.

    • Yves Mercure - Inscrit 2 avril 2019 09 h 05

      Madame Nadia, RMD répond à la question finale de l'éditorialiste "S’il s’agit bien de problèmes imaginaires, pourquoi adopter une position ?", mais il le fait en casuiste, en patinant. Allons dans cette logique, à l'encontre de votre vision et constatons l'insidieux de cet idéal.
      Les amis de mes amis sont mes amis. Si mon amis à des amis imaginaires, ceux-ci deviennent mes amis. Pour mes amis, je me dévouerai et estimerai nécessaire de me rapprocher en mettant de l'eau dans mon vin... en attendant que je sois assez fort pour lui dire que son tour est venu de... boire de l'eau. Papauté, boudhistes transformé en maîtres de bastonnade, Talibans de tout lieu, Lev Tahor, Jim Jones, Jean-Gregoire de la trinité (aussi nommé Grégoire XVII, pape!), Mormonolphiles, Scientologues et autres gens de pouvoir religieux risquent à chaque avancée de partir en vrille de plus en plus. Là réside le principe d'une véritable solidarité : protéger les moins nantis (en matériel comme en capacité cognitive) contre les abuseurs de principe.

    • Claude Bariteau - Abonné 2 avril 2019 13 h 36

      Mme Alexan, QS fait tout ça pour protéger l'accès au travail, mais surtout, me semble-t-il, la défense que font les syndicats de leurs membres qui portent des signes religieux dans les institutions publiques sur la base de leurs convictions et des droits religieux qu'ils auraient.

      En toute logique, la position de QS en est une de relation de travail, qui n'a rien à voir avec la laïcité chez les employé/e/s des institutions publiques par les élu/e/s de l'Assemblée nationale.

      C'est ce qu'a fait le PLQ et c'est ce que fait QS à la différence que sa position renforce celle des syndicats qui promeuvent la non-interdiction de port de signes religieux au nom de la liberté religieuse, car ils se doivent de défendre leurs membres, ce qu'ils ne pourront plus faire s'il existe des règles claires.

      Aussi dénonce-t-il la CAQ comme il a dénoncé le PQ. Quant la loi sera adoptée, même dans une forme et une justification inappropriée, les syndicats ne pourront plus défendre leurs membres sur ce point.

  • André Chevalier - Abonné 2 avril 2019 05 h 08

    Le port de symboles religieux, c'est du prosélytisme!

    Je met au défi quiconque qui affirme que le port de signes ou costume religieux par un enseignant n'a aucune influence sur le recrutement de citer un psychologue ou un sociologue qui ferait état de recherches sérieuses qui appuient leur affirmation.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 avril 2019 09 h 10

      Juste pour continuer dans votre ligne de pensée M. Chevalier, j'avais fait une expérience une année avec les élèves (je suis enseignant). Vu que nous avions le droit de porter des chandails différents lors d'occasions spéciales et qui n'allaient pas à l'encontre du code vestimentaire non obligatoire de la commission scolaire, j'arborais fièrement un chandail du CH sans dire un mot de plus. En seulement quelques occasions que j’ai pu le porter, la plupart des élèves, même les filles qui se foutent bien du hockey, étaient devenus de fiers partisans du Canadien de Montréal à la fin de l'année. Dire que l'enseignante.e n'a aucune influence auprès de jeunes qui sont en transformation et qui se cherchent une identité, c'est d'occulter le pouvoir coercitif psychologique des pédagogues qui soit fait de manière consciente ou inconsciente. Les enseignant.e.s sont une figure d'autorité auprès des jeunes. Et les enfants passent la majorité de leur temps durant la journée avec leur enseignant.e et non pas avec leurs parents.

      La communication non verbale est très importante chez les jeunes. Le sens du visuel est la façon principale de l'élève à apprendre et à décortiquer le monde qui l’entoure afin de faire un sens à cette réalité des sciences naturelles. Et lorsque l’émetteur est un enseignant.e dans une salle de classe et arbore un signe particulier visuellement évident, les élèves deviennent des récepteurs qui ne peuvent pas se dissoudre de cette réalité. Or, l’endoctrinement commence.

      Bien oui, j’ai fait du prosélytisme pour la cause du CH. Disons qu’ils en ont besoin ces temps-ci. ;-)

    • Christian Koczi - Abonné 2 avril 2019 10 h 23

      Vous avez raison M. Chevalier, et j'irais même plus loin en affirmant que le prosélytisme destiné à un jeune est incompatible avec la garantie de sa liberté de conscience. Il faut conclure que dans la mesure où un signe religieux affiché constitue du prosélytisme, sa présence dans l'environnement d'un enfant est une violation de la Charte. Comment concilier, par exemple, la fréquentation d'une école confessionnelle avec liberté de conscience ?
      CK

    • Christian Roy - Abonné 3 avril 2019 11 h 25

      @ M. Koczi,

      Je ne sais pas dans quel système scolaire vous avez étudié. Jusqu'à 2000, le système publique et privé au Québec était confessionnel. Quels sont donc les séquelles qui vous identifiez comme issus de ce fait ?
      Seriez-vous prêt à aller jusqu'à dire que tous les adultes d'aujourd'hui sont des victimes et que leur niveau de liberté de conscience et de religion est par conséquent extrêmement faible ? Moutons parmi des moutons ? Soumis parmi des soumis ?

      Quelles sont donc les séquelles que vous identifiez chez notre peuple de bons Québécois ?

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 avril 2019 06 h 40

    L'art de la désinformation

    « aucun employé de l’État ne devrait être empêché de porter un signe religieux. C’est un argument de principe. »

    Pas du tout. Ce que le CN a réitéré, c'est qu'aucun employé de l'État ne devrait être empêché de porter un signe religieux AU MOTIF qu'il s'agirait d'un signe religieux, qu'il soit désigné tel par celui ou celle qui le porte ou par ceux qui en décideraient selon leur sentiment. De la même façon que le visage soit couvert lors de la prestation de service ne constitue pas À SA FACE MÊME (!) un critère décisif de l'aptitude de le faire correctement.

    Ce que le CN réitère, c'est que si des restrictions vestimentaires doivent être imposées, cela devra se faire non selon le cas et selon le bon vouloir du législateur, comme le gouvernement s'apprête à en décider parce que « icitte, c'est ça qui est ça » mais parce que la nécessité s'en imposerait comme la conséquence de règles générales dont on ne pourrait suspecter qu'elles ont été faites à des fins de profilage ethnique, sexuels, idéologiques.

    Il y a quelque chose de proprement indécent à railler ce qu'on appelle ici de la « pureté idéologique » et qui n'est que le digne effort de tenir notre société sous le régime des droits plutôt que de la vouer aux simples décrets de qui a soudain le pouvoir de pousser à la marge ce qui l'incommode sans autre forme de procès.

    Il y a quelque chose de profondément ignoble à mettre QS au défi de dire de quelle manière il « trancherait » les cas limite. On ne ferait pas mieux dans une cour de justice en pressant un juge à produire sans délai le jugement qu'on en attend au lieu de s'enfarger dans des arguties de principe

    Dans ce qu'on appelle le droit. C'est moins simple, moins expéditif.

    • Françoise Labelle - Abonnée 2 avril 2019 07 h 23

      «c'est qu'aucun employé de l'État ne devrait être empêché de porter un signe religieux AU MOTIF qu'il s'agirait d'un signe religieux, »
      Pour porter ce que je veux, il suffit que de fonder sa religion personnelle, comme celle qui vend du néant et bénéficie des exemptions fiscales.
      Vous revenez encore avec les principes et le cas par cas. Le flou artistique est inapplicable en droit. Ce qui sera bon pour l'un, devrait l'être pour tous. Il est ignoble de vous demander de préciser les détails? Quel aveu!

      Quant au «régime de droit», la France a passé tous les tests en la matière, y compris le ban de la burqa et du voile intégral (dans l'espace public!) qui a été avalisé par la Cour européenne des droits de l'homme. Le grand mufti de la mosquée de Paris a bien souligné que ces vêtements ne faisait pas partie de la religion musulmane. Mais on trouvera sans doute un imam (auto-proclamé selon la pratique) qui aura un avis contraire. Il faudra une commission d'enqête pour déterminer qui a raison?

      On ne s'intéresse surtout pas au fond du problème: en quoi un vêtement est-il nécessaire à une religion au service de l'État (je souligne, puisque la loi ne concerne pas l'espace public)? Qu'est-ce qu'une religion? Pourquoi accorde-t-on des droits à un concept non défini? Où se situe la limite? Ce sont les fétichistes qui se relèguent à la marge, de leur plein gré (au service de l'État, toujours). Je ne vois rien de glorieux dans cette cause.
      Désolée d'être pragmatique.

    • Jean Lacoursière - Abonné 2 avril 2019 07 h 35

      Monsieur RMD,

      Vous écrivez : "Il y a quelque chose de profondément ignoble à mettre QS au défi de dire de quelle manière il « trancherait » les cas limite. On ne ferait pas mieux dans une cour de justice en pressant un juge à produire sans délai le jugement qu'on en attend au lieu de s'enfarger dans des arguties de principe."

      Le cas par cas. Les tribunaux. La médiatisation et la récupération de ces cas par cas et les tensions sociales qui en découlent. Pendant des années. Voilà ce que je trouve ignoble.

      Je vous laisse en citant Boucar Diouf :

      http://plus.lapresse.ca/screens/7473de88-6590-4136

      "[...] Le vivre-ensemble est une recherche de consensus. Par conséquent, il nécessite de marcher les uns vers les autres. C’est donc une grosse erreur que de laisser les plus radicaux s’autoproclamer les porte-parole d’un sujet aussi important et clivant. La seule façon de leur enlever le crachoir, c’est de tracer une ligne claire pour tout le monde. [...] Cette séparation entre l’État et la religion [...] aménage des cours de récréation à l’abri des représentations, car aucun signe d’appartenance ostentatoire n’est aussi banal et innocent que ne voudrait le faire croire son porteur. [...] Le gouvernement Legault [...] devra attacher sa tuque avec de la broche, car ça va brasser très fort et je ne parle pas seulement des campagnes de victimisation parrainées par la gauche moralisatrice dont le relativisme culturel semble devenu le seul projet social. [...] Moi, j’ai hâte que ce dossier soit évacué pour parler des enjeux hautement plus importants pour la grande majorité des immigrants."

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 avril 2019 09 h 13

      Il y avait trop longtemps que je n'avais pas lu le curé Diouf pour me souvenir pourquoi j'avais arrêté. Merci pour le rappel. Je le laisserai pérorer, déclamer, tracer toutes les claires lignes de démarcations qu'il voudra. Comme on l'eût dit autrefois, c'est pas parce que c'est clair que c'est net. Par exemple, la physique théorique, c'est moins clair que la physique d'Aristote, mais si le «vivre-ensemble» devait se constituer autour d'un «consensus» privilégiant la théorie des quatre éléments, ça ferait peut-être vendre des billets pour les spectacles d'humour, mais ce serait dépourvu du moindre sérieux, toute la «pédagogie» qu'on mettrait à nous enfumer.

      Curieux qu'on évoque le péril du «cas par cas» alors que c'est précisément le rôle du droit d'éviter que les «cas» soient arbitrés à leur face même de manière diverse selon le «cas» qu'en fait un arbitre ou l'autre. Je sais bien que ce n'est pas la mentalité dite «républicaine» de laisser le droit se préciser à mesure qu'on a besoin de l'invoquer pour régler les situations. Je sais qu'on aime mieux Statuer une fois pour toutes en faisant des effets de cape et des pas de danse. On pourra quant à moi continuer à dessiner le jeu de marelle à la cour d'école pour indiquer le pas à suivre. Juste dommage qu'on ait le pouvoir de l'imposer à tous.

    • Jean Lacoursière - Abonné 2 avril 2019 09 h 42

      Monsieur RMD,

      Merci de votre réponse.

      Je comprends de plus en plus, à force de vous lire, que la théorie vous intéresse immensément plus que les modes opératoires des idées et le plancher des vaches.

      C'est votre droit, mais je ne crois pas qu'il y ait quoi que ce soit "d'ignoble" à poser des question de nature concrète à QS.

      "Ignoble" ? Franchement...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 2 avril 2019 10 h 00

      Récemment,, la cosmopolite Genève, centre mondial de la diplomatie, a interdit le port de signes religieux aux élus et à tous les employés publics. L’interdiction pour les enseignants existait déjà. 579 227 Genevois ne sont pas tous des racistes. Ni 62 millions de Français ou 11 millions de Belges. Ni les Danois.

  • Michel Lebel - Abonné 2 avril 2019 06 h 56

    Une juste position de principe


    Je crois que la position de principe de QS est la meilleure au plan démocratique. Était-il nécessaire pour lui de se prononcer sur l'exemple farfelu du voile intégral? Non. Mais s'il fallait le faire, les arguments contre sont nombreux. Disons ici simplement que le vivre-ensemble exige un visage découvert. C'est un préalable pour l'exercice des droits et libertés de la personne. Une personne s'exprime en société par son visage.

    M.L.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 avril 2019 08 h 48

      Je crois que vous vous méprenez, monsieur Lebel, Le but des quatre règles, c'était précisément de nous prémunir contre le genre de fausses évidences que vous invoquez, «simplement, dans des termes qui autorisent toutes les dérives interprétatives.La notion de vivre-ensemble est déjà bien trop problématique pour offrir un socle de principe. Quant à l'idée qu'il «exigerait» ceci ou cela, on vous l'accordera chez nos censeurs avec un enthousiasme qui ne s'embarasse déjà pas tant de se justfier.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 avril 2019 09 h 38

      Excusez-moi si je fais l'erreur, mais êtes-vous un de ceux qui croient en la résurrection des morts? Disons que ce n'est pas la même science naturelle que j'ai étudié à l'école. Ah! les faits qui sont vérifiables sont toujours encombrants.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 avril 2019 14 h 00

      @Cyril Dionne,

      "Êtes-vous un de ceux qui croient en la résurrection des morts? Disons que ce n'est pas la même science naturelle que j'ai étudié à l'école..." - Cyril Dionne

      - Vous êtes bien de ceux qui croient en une gauche nationale-socialiste..

      Disons que ce n'est pas la même histoire que j'ai étudié à l'école.

      En tous cas, j'espère que ce n'est pas celle que vous enseignez à vos élèves.

      On pourrait vous accuser de prosélytisme politique.