Vaste programme

Les députés siégeant à la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles (CAPERN) se sont finalement entendus pour se donner un mandat d’initiative au sujet de l’usage des pesticides dans l’agriculture et dans l’alimentation.

Ce mandat d’initiative vient à point nommé alors que l’Union des producteurs agricoles (UPA) milite plus que jamais pour une réduction de l’usage des pesticides, sans parler de l’Union paysanne, qui promeut le modèle des petites fermes de proximité.

En matière de pesticides et du déploiement d’une agriculture plus écologique, force de constater que le politique est à la traîne.

Or le congédiement par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) de l’agronome et lanceur d’alerte Louis Robert, qui a eu le malheur de dénoncer l’emprise des fabricants de pesticides sur le Centre de recherche sur les grains (CEROM), fut le déclencheur d’une prise de conscience chez certains députés.

Depuis, nous avons appris par Radio-Canada non seulement que la majorité des agronomes au Québec sont des salariés de fabricants ou de distributeurs de pesticides, mais que 80 % de ces entreprises rémunèrent leurs agronomes avec des primes, des bonis ou des commissions en sus du salaire. Ces agronomes n’ont pas d’intérêt à proposer des modes de culture alternatifs qui permettent de réduire l’utilisation de produits chimiques nocifs. Ces primes et bonis sont contraires au code de déontologie des agronomes, qui interdit toute forme de ristourne ou d’avantage lié au volume de vente. Comme l’Ordre des agronomes du Québec a fermé les yeux sur ces manquements répandus, il y a lieu de se demander si l’Office des professions du Québec ne devrait pas faire enquête.

La CAPERN examinera « les impacts des pesticides sur la santé publique et l’environnement, ainsi que les pratiques de remplacement innovantes disponibles et à venir […], et ce, en reconnaissance de la compétitivité du secteur agroalimentaire québécois ». Ce mandat d’initiative est large, d’autant plus large que l’usage intensif de pesticides est lié à un mode de production agricole particulier, contrôlé par de grands joueurs, un modèle économique qu’il faudra repenser.

Les travaux des parlementaires leur permettront sans doute de réaliser qu’ils affrontent de puissants lobbies multinationaux.

Dans une entrevue accordée au Devoir cette semaine, la journaliste du journal Le Monde et auteure de Lobbytomie. Comment les lobbies empoisonnent nos vies et la démocratie, Stéphane Horel, a rappelé que les agences réglementaires, que ce soit au Canada, aux États-Unis ou en Europe, s’appuient sur les seules études des fabricants pour l’homologation de produits comme les pesticides. Pire : une multinationale comme Monsanto, rachetée par Bayer, qui fabrique le glyphosate (Roundup), a payé des scientifiques supposément indépendants pour signer des études qu’elle a elle-même produites. De quoi faire réfléchir sur la fiabilité des études qui confirment l’innocuité des pesticides et des herbicides.

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