Exigences essentielles

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a rendu public un nouveau règlement sur l’enseignement à la maison afin d’éviter que ce choix légitime que font un petit nombre de parents au Québec ne devienne une licence pour priver des enfants de l’éducation à laquelle ils ont droit.

Comme le rapporte Le Devoir dans sa présente édition, l’encadrement prévu par voie de règlement à la suite de l’adoption, à l’automne 2017, du projet de loi 144 sous le gouvernement libéral présente de nombreuses lacunes. Il appert que le ministère est incapable de s’assurer que les enfants qui font leur école à la maison reçoivent un enseignement adéquat. Qui plus est, certains parents rétifs refusent de collaborer.

Le règlement régissant l’école à la maison que le ministre libéral, Sébastien Proulx, a mis en vigueur l’an dernier impose aux parents des exigences nettement insuffisantes sous prétexte de leur accorder toute la souplesse qu’ils souhaitent. Les parents n’ont pas à fournir un enseignement équivalent à celui de l’école. Ils peuvent se contenter de n’enseigner que les langues et les mathématiques, en omettant l’histoire, la géographie et, surtout, les sciences, dont le savoir peut contrevenir à certaines croyances religieuses. Les enfants n’ont pas à subir d’examens. Leurs parents n’ont qu’à présenter un « portfolio » montrant les progrès de leur enfant, sans que la présence de celui-ci soit requise. On n’a donc aucun moyen de savoir si c’est l’enfant qui est l’auteur du portfolio. On ne peut pas évaluer de visu si l’élève présente des retards de développement ou éprouve des difficultés d’apprentissage.

Au moment de la publication du règlement, la Coalition avenir Québec, le Parti québécois et Québec solidaire avaient dénoncé le « laxisme » du gouvernement libéral. Les partis d’opposition avaient parfaitement raison.

Jean-François Roberge vient corriger la situation pour la prochaine année scolaire. Ainsi, le ministre exigera un nouveau « contenu minimal d’apprentissage » qui comprendra, outre les langues et les mathématiques, les sciences et les technologies ainsi que l’univers social, c’est-à-dire l’histoire et la géographie. L’enfant devra être présent lors des rencontres avec la commission scolaire assurant le suivi des apprentissages.

Enfin, l’enfant devra passer les examens du ministère pour chacun des trois cycles d’enseignement, c’est-à-dire en quatrième et sixième années du primaire et en quatrième année du secondaire.

Bientôt, avec le croisement des données des commissions scolaires et de la Régie de l’assurance-maladie du Québec que permet désormais la loi, le gouvernement saura combien d’enfants non déclarés se retrouvent à la maison et qui ils sont. Il n’y a donc plus lieu de craindre que ces enfants disparaissent dans la nature, comme c’était le cas auparavant.

À l’intérieur des cycles, le parent qui enseigne à sa progéniture pourra couvrir la matière comme bon lui semble. Selon le ministre, les modifications qu’il propose « respectent pleinement la souplesse inhérente à cette forme d’enseignement ».

On peut douter toutefois que les parents qui avaient loué la souplesse du règlement libéral — et vilipendé les partis d’opposition qui le critiquaient — se montrent enthousiastes à l’idée de préparer leurs enfants aux trois épreuves du ministère. C’est certes une contrainte, mais il est difficile de concevoir un autre moyen de s’assurer que ces enfants — on en compte quelque 5000 à l’heure actuelle — puissent intégrer un jour le système scolaire et poursuivre, s’ils le désirent, des études supérieures.

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5 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 28 mars 2019 06 h 43

    Les défenseurs inconditionnels des droits individuels (pour les parents d'enseigner que la Terre est plate et que le soleil tourne autour d'elle, par ex.) vont encore râler contre ce gouvernement totalitaire...

  • Bernard Terreault - Abonné 28 mars 2019 08 h 04

    Minimum

    Passer l'examen du Ministère, et dans toutes les matières, c'est bien le minimum à exiger pour obtenir son diplôme.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 mars 2019 09 h 40

    Les parents ont le droit d'instruire leurs enfants à la maison



    Ce droit s'étend aux parents analphabètes et résolument incultes...

  • Robert Morin - Abonné 28 mars 2019 10 h 25

    Que voilà un redressement...

    ...absolument nécessaire. Ce laxisme du PLQ à l'égard de sa clientèle électorale était passé totalement sous le radar. Merci de corriger enfin la situation!

  • Marie-Christine Lebel - Inscrite 28 mars 2019 22 h 01

    Vous ne connaissez rien de l'éducation à domicile

    À vous qui êtes dont en accord avec ceci, connaissez-vous seulement une famille qui fait l'école à la maison ? Clairement pas. Nous sommes dévouées et faisont de gros sacrifices pour offrir une éducation des plus riches à nos enfants. Pourquoi ? Parce que comme on peut le lire PARTOUT, le système d'éducation québécois est désuet et va trés mal ! Tout le monde dans ce système est épuisé, à bout de ressources, plusieurs y laissent leur santé, élèves comme enseignants. Et vous êtes d'accord pour qu'on vienne enlever le passion d'apprendre à nos enfants en leur faisant passer des examens qui notent seulement leurs capacités académiques ? Les enfants du Québec ne sont donc pour vous que des pourcentages ? Les écoles québécoises, malgré le personnel dévoué, sont encore à l'ère de l'industrialisation. C'est à coup de sons de cloche, de rangs, de restreinte au niveau des apprentissages, de bourrages de crânes recrachés sur des examens, de la quasi nulité de temps alloué à l'activité physique, de l'absence déduction financière (ce qui garde le peuple ignorant) et surtout de manque flagrant de ressources que vous me dites que le système québécois peut offrir quelque chose de mieux que ce que j'offre chez moi ? Je vous invite sérieusement à parcourir des blogs de familles "homeschooleuses", "unschooleuses" , etc. Ce qui ouvrira peut-être vos esprits sur ce que noa enfants sont capable d'accomplir par eux-mêmes lorsqu'on leur en laisse la chance. C'est effrayant comme de 0 à 5 ans les enfants apprennent d'eux-mêmes mais à 6 ans ils deviennent des ignorants vide de curiosité à qui l'on doit tout montrer derrière un pupitre ? Vous avez si peu confiance en nos petits québécois. Faites juste vous souvenir que seulement 64% des enfants qui sont à l'école publique sortent avec un diplôme d'études secondaire. Seulement 30% d'entres-eux ont un diplôme universitaire. Quand on sait qu'environ 75% des enfants éduqués à la maison font des études supérieures.