Quel est le but de Jody Wilson-Raybould?

Le supplice de la goutte d’eau qu’inflige Jody Wilson-Raybould au gouvernement Trudeau depuis qu’ont fait surface les allégations de pressions politiques exercées sur l’ancienne procureure générale dans le dossier de SNC-Lavalin ne se poursuivra pas devant le comité de l’éthique. La députée, elle, persiste puisqu’elle entend soumettre un document écrit au Comité de la justice.

La défense de l’indépendance de la justice, la première motivation invoquée par Mme Wilson-Raybould, explique-t-elle à elle seule cette insistance ? La question se pose, car plus cette histoire s’étire, plus on découvre que l’ancienne ministre avait plus d’un désaccord, certains très profonds, avec M. Trudeau.

Mme Wilson-Raybould est devenue une véritable héroïne aux yeux de bien des Canadiens qui croient qu’elle a été punie par un premier ministre incapable d’arriver à ses fins. C’est comme s’il ne pouvait y avoir d’autres raisons derrière sa mutation au poste de ministre des Anciens Combattants. Son bilan législatif suscite pourtant quelques déceptions. On pense en particulier à l’absence de la réforme, promise aux provinces, des peines minimales obligatoires. Elle a réformé le mode de nomination des juges, mais voulait aussi restreindre la portée de la prérogative du premier ministre en la matière, ce qui aurait causé des frictions. Lundi, La Presse canadienne écrivait que M. Trudeau aurait refusé l’étrange suggestion de sa ministre pour le poste de juge en chef de la Cour suprême, un juge manitobain qui ne siégeait pas à la plus haute cour du pays. Le magistrat a toutefois tenu à faire savoir qu’il aurait retiré sa candidature pour être aux côtés de sa femme souffrant d’un cancer.

Au fil de la controverse au sujet de SNC-Lavalin, on a découvert que son plus profond désaccord avec le premier ministre et plusieurs de ses collègues tournait autour de la pièce maîtresse de la politique de réconciliation du gouvernement avec les peuples autochtones, soit l’adoption d’un Cadre de reconnaissance et de mise en oeuvre des droits.

C’est d’ailleurs pour en discuter que le premier ministre, accompagné du greffier du Conseil privé, avait accepté de la rencontrer le 17 septembre dernier. Le dossier de SNC-Lavalin a été brièvement soulevé par ses deux interlocuteurs, d’une manière teintée selon elle de considérations partisanes, mais le coeur de cette longue réunion portait sur les désaccords au sujet de ce cadre, restés confidentiels jusque-là.

M. Trudeau l’a informée à cette occasion que ce projet n’était pas mûr et devrait attendre après les élections. Le lendemain, lors d’un discours en Saskatchewan, la ministre étalait sa déception sur la place publique en se livrant à une critique à peine voilée de ses collègues.

Des libéraux commencent à en avoir assez. En fin de semaine, sur les ondes de différents réseaux anglophones, la députée Judy Sgro et les ministres Karina Gould et Mélanie Joly ont invité Mme Wilson-Raybould et l’autre ministre démissionnaire, Jane Philpott, à déballer leur sac pour qu’on en finisse.

Les deux femmes, malgré le tumulte, disent toujours soutenir le programme libéral. Elles brillaient pourtant par leur absence lors du marathon de votes sur les crédits provoqué par les conservateurs la semaine dernière, alors qu’un seul vote perdu aurait fait tomber le gouvernement.

Il est par conséquent difficile de comprendre cette décision de Justin Trudeau de les garder au sein du caucus libéral. Les raisons qu’il invoque, dont celle de soutenir son plan de match, ne convainquent personne. Quant à Jody Wilson-Raybould, elle doit clairement dire ce à quoi elle veut en arriver, sinon on finira par croire à un règlement de comptes par une ancienne ministre incapable, elle, d’arriver à ses fins.

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