Budget Québec 2019: penser le transport des personnes

Le gouvernement Legault n’a pas de plan d’ensemble en matière de transport de personnes et le budget Girard, présenté jeudi, ainsi que la révision du Plan québécois des infrastructures (PQI) qui l’accompagne, en est l’éloquente illustration. Mélangeant allègrement développement autoroutier et projets de transport collectif à la pièce, il lui manque une vision intégrée du transport durable.

Ce n’est pas que le gouvernement caquiste est réfractaire aux projets de transport collectif. Il a reconduit tous les projets qui en étaient à l’étape de la planification dans le PQI. Il appuie sans réserve le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal et la ligne de tramway à Québec et il fait pression sur le gouvernement Trudeau pour qu’il précise son engagement financier relatif à ces deux projets. Dans le dernier PQI, il a inscrit trois nouveaux projets à « l’étude » : le prolongement de la ligne jaune du métro à Longueuil ainsi que deux voies de transport collectif structurant, l’une dans l’est de Montréal et l’autre dans l’axe du boulevard Taschereau sur la rive sud de Montréal.

Tandis qu’il se penche sur le transport collectif, le gouvernement Legault s’enthousiasme pour des projets routiers, dont le troisième lien à Québec, maintenant inscrit sous la rubrique « en planification » dans le PQI et auquel on accorde plus de 300 millions pour des études préparatoires. En outre, il a soumis « à l’étude » un nouveau projet autoroutier, soit le prolongement de l’autoroute 13, entre les autoroutes 50 et 640.

On chercherait vainement un semblant de cohérence. Le gouvernement Legault tire dans deux directions opposées, misant sur le développement du réseau routier alors que les investissements majeurs en ce domaine, consentis principalement par le gouvernement libéral entre 2006 et 2013, ont conduit à une plus grande congestion routière, surtout dans la grande région de Montréal.

Dans le dernier PQI 2019-2029, le réseau routier accapare 24,6 milliards tandis que le transport collectif reçoit 9 milliards du gouvernement québécois. Compte tenu de l’ajout de nouveaux projets routiers, la proportion des investissements en transport qui revient au transport collectif est passée de 31 % à 27 %.

En y regardant de plus près, on peut toutefois noter qu’une bonne part des investissements dans les routes est consacrée au maintien en état des infrastructures, soit 82 % des 24,6 milliards ; 4,4 milliards sont réservés aux nouvelles routes. La situation est différente pour le transport collectif : 5,6 des 9 milliards en investissements vont au développement des services. En chiffres absolus, il se fait donc plus de développement en transport collectif que dans de nouvelles infrastructures routières.

Mais c’est nettement insuffisant. Ainsi, le Québec dépense cinq fois moins par habitant que l’Ontario en transport collectif. En outre, dans la grande région de Montréal, aux prises avec une lourde congestion routière qu’aggravent les travaux de réfection de l’échangeur Turcot, en attendant les effets de la construction du Réseau express métropolitain (REM), puis de la réfection du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, trains de banlieue, autobus et métro fonctionnent déjà au maximum de leurs capacités à l’heure de pointe. La situation ne s’améliorera pas.

Comme l’a évoqué le ministre Eric Girard, dans son budget, le premier ministre François Legault s’est attelé à définir une « approche bonifiée » en matière d’environnement. Réunis dans un Conseil général en mai, les militants caquistes, bien encadrés par la direction du parti, comme d’habitude, échangeront sur « l’économie verte ». Ce n’est que plus tard, à l’automne possiblement, que François Legault fera connaître où son gouvernement loge en matière d’environnement et de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Chose certaine, le premier ministre ne pourra éviter d’inclure dans sa réflexion le transport routier, dont les émissions de GES représentent 43 % des émissions de GES au Québec et ont augmenté de quelque 20 % depuis 1990. S’il veut se montrer crédible, il n’aura d’autre choix que de conclure à la nécessité d’investir massivement dans le transport collectif, tant pour réduire la congestion routière que les émissions de GES.

Avec le dernier budget Girard, François Legault a démontré qu’il s’inscrit, avec pragmatisme, dans la tradition sociale-démocrate, et qu’il n’est pas le suppôt de la droite anti-État que dépeignent certains de ses détracteurs. Il lui reste à prouver qu’il peut défendre une vision d’avenir, environnementaliste, pour la nation québécoise.

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2 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 23 mars 2019 08 h 27

    Y a-t-il une nation ontarienne ? Non. Y a-t-il une nation albertaine ? Non. Y a-t-il une nation newyorkaise ? Mon. Y a-t-il une nation écossaise ? Oui. Y a-t-il une nation française ? Oui. Y a-t-il une nation basque ? Non.

    Alors pourquoi écrit-on que le gouvernement Legault doit faire ceci ou cela pour la « nation québécoise » ?

    L'ontario est une province. New York un État membre des États-Unis. L'Écosse est une des quatre nations fondatrices de la Grande-Bretagne, les trois autres étant le pays de Galle, l'Angleterre et l'Irlande qui, depuis l'indépendance de l'Irlande du Sud, ne comprend que l'Irlande du Nord comme partie de la Grande-Bretagne sans le statut de nation.

    Les basques en Espagne ne cnstituent pas une nation, parce que cette appellation est utilisée pour des pays. Idem pour la Catalogne, où existe un mouvement indépendantiste promoteur d'un État indépendant qui, créé, se celui de la nation catalogne.

    On peut faire des analogies entre la situtation de la Catalogne et celle du Québec en évitant de parler de la nation québécoise lorsque le Québec demeure un gouvernement provoncial avec la CAQ sans aspiration à devenir un pays. Si ce gouvernement fait un pas en direction de l'environnement, ce ne sera pas pour la « nation » québécoise mais pour tous les habitants du Québec.

  • Yvon Robert - Abonné 23 mars 2019 10 h 52

    La rive nord ignoré

    Bravo de mettre les points sur les problèmes de transport en commun et du manque de volonté de corriger la situation.
    Dans le dernier budget tout pour la rive-sud et le troisième lien rien pour le nord de Montréal, des miettes pour décongestionner la 15, on parle de voies réservées, comment traverser le pont de Sainte-Rose, ça ne fera qu'augmenter la congestion. De même que le prolongement de la 13 à l'intersection de la 50 ne fera qu'augmenter le nombre d'automobiles et la congestion sur la 13.

    La solution est le prolongement du REM à Mirabel à l'intersection de la 15 et de la 50 pour donner aux gens de la région un lien rapide avec Montréal et Dorval. Malgré le déménagement des vols, Mirabel s'est développé, chaque matin des milliers de travailleurs viennent de Montréal pour y travailler.

    Le corridor entre Deux-Montagnes et Mirabel est déjà exproprié, le prolongement est demandé par la ville de Mirabel, les députés caquistes de Deux-Montagnes et Mirabel. L'association libérale de Saint-Jérôme en a fait une priorité soutenue par le premier ministre en 2018.


    dossier REM Lettre au Ministre Fortin.pdf​

    PROLONGEMENT DU REM À MIRABEL​
    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1103054/philippe-couillard-extension-rem-nord-mirabel-congestion-routiere

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