Les vertus de l’abondance

Le budget déposé par le ministre des Finances Eric Girard a confirmé que le gouvernement Legault dispose d’importantes marges de manoeuvre qui lui permettent de tenir ses promesses. Mais l’argent ne peut pas tout acheter puisqu’il apparaît évident que certaines de ses lubies sont extrêmement difficiles à réaliser.

C’est le cas de la maternelle 4 ans. En campagne électorale, la Coalition avenir Québec avait promis de créer 5000 classes de maternelle 4 ans dans son premier mandat. Or le budget a confirmé qu’il se créera 250 de ces classes cette année, comme l’avait indiqué le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, et seulement le même nombre l’an prochain. Le rythme doit s’accélérer au cours des deux dernières années du mandat, mais à l’aube des prochaines élections, en 2022-2023, le gouvernement caquiste ne sera parvenu à ouvrir que 2000 classes. Pour ceux qui s’opposent à ce projet de maternelle 4 ans, universelle mais non obligatoire, c’est sans doute une bonne nouvelle puisque les conséquences néfastes sur les services de garde subventionnés seront atténuées.

C’est le budget de l’abondance. Après avoir engagé 800 millions lors de la mise à jour économique et financière de l’automne, notamment avec un relèvement partiel de l’allocation familiale et un crédit d’impôt pour les aînés, le budget Girard y va de nouveaux engagements de 2,3 milliards pour l’exercice, pour un total de 3,1 milliards. C’est presque autant que les 3,7 milliards que la prodigalité électorale des libéraux avait décaissés pour leur baroud d’honneur.

Le budget Girard n’est pas aussi éparpillé. Et il est aussi prudent puisque les mesures les plus coûteuses, comme la parité des allocations familiales pour les premiers enfants et pour les suivants, l’abolition de la contribution additionnelle pour les services de garde ainsi que l’uniformisation des taxes scolaires sont étalées dans le temps.

Si cette uniformisation des taxes est régressive, puisqu’elle favorise les mieux nantis, les sociétés immobilières et les industries, le gouvernement Legault se rattrape avec une mesure qui relève non seulement du bon sens, mais de la simple justice sociale. Il augmente la part des pensions alimentaires pour enfant qui ne sera pas déduite des prestations d’aide sociale ou des bourses aux étudiants. C’est un pas dans la bonne direction.

Le gouvernement Legault a dit qu’il ferait de l’éducation une priorité et le budget traduit cet engagement. Il prévoit une hausse des dépenses pour assurer un seuil minimal de services professionnels pour les élèves, ajouter une heure d’activités parascolaires de plus par jour et procéder au dépistage des difficultés d’apprentissage avant l’âge de cinq ans.

En santé, la priorité est la bonne, c’est-à-dire le maintien à domicile des personnes âgées. Des sommes sont aussi prévues pour l’embauche d’infirmières et de préposées aux bénéficiaires. Or le réseau de la santé, comme celui de l’éducation, d’ailleurs, éprouve des difficultés de recrutement.

Le budget prévoit des embauches dans les réseaux de l’éducation et de la santé, mais on a déjà de la difficulté à pourvoir les postes offerts.

Aussi, le gouvernement Legault mise sur le retour à temps partiel des retraités de 60 ans sur le marché du travail et le budget Girard leur offre une baisse d’impôt pouvant s’élever jusqu’à 1500 $ par an. Reste à savoir si cette mesure aura un impact significatif.

Sur le plan économique, Eric Girard présente des orientations volontaires assorties de mesures de stimulation des investissements privés et d’accroissement des bassins de main-d’oeuvre, notamment par l’immigration. Le capital propre d’Investissement Québec est augmenté d’un milliard, ou de 20 %. Le gouvernement réserve aussi un milliard pour le maintien au Québec de sièges sociaux et pour appuyer le développement d’entreprises stratégiques.

En environnement, talon d’Achille du gouvernement, le budget Girard reconduit des mesures introduites sous les libéraux, mais nous informe qu’une « approche bonifiée » est en cours d’élaboration sous la gouverne du premier ministre. On est donc en mode « rattrapage ».

Au grand dam des libéraux — dans leur point de presse lors du huis clos, Carlos Leitão et Gaétan Barrette ne pouvaient cacher leur dépit et leur mépris pour les usurpateurs caquistes —, le gouvernement Legault profite de la solidité des finances publiques pour proposer des mesures qui, pour la plupart, sont utiles. Et sans y être pour rien, il peut se réjouir que le Québec atteigne son objectif de réduction de sa dette brute à 45 % de son PIB dès l’an prochain, soit cinq ans avant l’échéance.

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2 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 22 mars 2019 01 h 41

    Taux d'emploi des personnes âgées de 60 ans et plus

    «Aussi, le gouvernement Legault mise sur le retour à temps partiel des retraités de 60 ans sur le marché du travail et le budget Girard leur offre une baisse d’impôt pouvant s’élever jusqu’à 1500 $ par an. Reste à savoir si cette mesure aura un impact significatif.»

    En fait, la hausse du taux d'emploi chez les personnes âgées dépend en premier lieu du taux d'emploi de la tranche d'âge inférieure, soit ici de celle des personnes âgées de 55 à 59 ans, car la grande majorité des personnes en emploi entre 60 et 64 ans sont celles qui l'étaient entre 55 et 59 ans, et qui ont conservé leur emploi (et non pas de celles qui retournent en emploi). Or, le taux d'emploi des personnes âgées de 55 à 59 ans a augmenté de plus de 10 points de pourcentage entre 2008 et 2018 (de 61,8 % à 72,2 %). Même sans mesure, cela signifie que celui des 60 à 64 ans augmentera au cours des prochaines années. Cela dit, tant mieux pour les personnes qui ont des revenus peu élevés qui profiteront de cette mesure!

  • Bernard Terreault - Abonné 22 mars 2019 08 h 11

    La maternelle à quatre ans

    Des experts et des parents ont beaucoup discuté des qualités ou défauts de la maternelle 4 ans en regard du CPE. Mais il y a quelque chose que j'aime avec la maternelle: elle est GRATUITE! Pourquoi le CPE ne serait-il pas aussi gratuit et ne laisserait-on pas les parents décider ?