L’horreur pour engendrer l’horreur

Le massacre perpétré vendredi dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, qui a fait 49 morts et près d’une cinquantaine de blessés, fut l’objet d’une mise en scène médiatique dont l’horreur calculée est indicible. Tout aussi inexprimable et inexplicable est le fait que ce carnage, soigneusement imaginé par le suspect principal, l’Australien de 28 ans Brenton Tarrant, fut annoncé sur Twitter et 8chan, diffusé en direct sur Facebook, retransmis sur YouTube, Instagram et Twitter. Il était destiné à régner sur les réseaux sociaux. Le tueur s’était apparemment vissé une caméra GoPro sur la tête, la réalité froide de l’attentat prenant les contours d’un jeu vidéo. Mais cette fois, c’était la véritable mort en direct.

Outrés et censeurs devant la moindre parcelle de nudité dévoilée sur leur toile, les géants du Web ont laissé passer l’horreur, permettant qu’elle soit visionnée par des milliers d’internautes en un rien de temps. Il n’y a plus d’excuse pour cette apathie crasse dont on ne peut plus dire qu’elle est nouvelle. Comment expliquer que les dispositifs d’interception des contenus haineux ne se soient pas enclenchés ? C’est un appel de la police qui aurait mené à la fin de la diffusion, mais trop tard.

Il faut le dire, à grand regret : nous voilà, comme sociétés occidentales, outillées d’une certaine expérience en la matière. Il n’est plus possible de prétexter l’effet de surprise, la gaucherie ou l’inaptitude pour excuser ces tueries perpétrées par ces suprémacistes au nom de théories néonazies. Plus possible, non plus, de jouer la carte de l’incompréhension devant l’utilisation habile que font les tueurs des réseaux sociaux et de la vague numérique, d’abord pour nourrir leur propre idéologie macabre, ensuite pour endoctriner des adeptes.

Le cas de la Nouvelle-Zélande franchit des niveaux de préparation peut-être inégalés. La diffusion d’un « manifeste » de 73 pages a fait partie de la mise en scène — tout aussi soigneuse qu’horrible — de l’assaillant. Prétextant annoncer et décortiquer les racines de son geste, ce flot de pages semble destiné dans ses premiers chapitres à nourrir la machine médiatique, qui s’en est d’ailleurs abreuvée toute la journée de vendredi pour tenter de comprendre le pourquoi du comment ; et puis, dans ses pages subséquentes, le manifeste fournit de la matière à endoctrinement. Dans les sphères de la culture numérique radicale où le document fut diffusé, de futurs adeptes — sensibles à l’idéologie selon laquelle les populations blanches sont menacées d’extinction par les mouvements de migrants, le credo du tueur de Christchurch — sont aux aguets.

L’horreur destinée à engendrer l’horreur. Dans un triste clin d’oeil effectué au Québec, le tueur de la Nouvelle-Zélande avait orné ses armes à feu des noms de certaines de ses sources d’inspiration, dont l’auteur de la tuerie de la mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette. La Nouvelle-Zélande, tout comme le Québec en janvier 2017, n’avait pas imaginé que son apparente paix politique et sociale puisse être démolie en un éclat terroriste dirigé contre la communauté musulmane.

En conférence jeudi soir à Montréal, l’entrepreneure américaine Randi Zuckerberg entretenait un auditoire, venu l’entendre causer femmes et industrie des technologies, de la manière avec laquelle elle avait eu cet éclair de génie nommé « Facebook Live » autour de 2015. La soeur de Mark Zuckerberg, partie prenante de l’aventure Facebook à ses tout débuts mais maintenant aux commandes de sa propre affaire, a insisté jeudi sur les dérives éthiques dans lesquelles avaient sombré les géants de la Silicon Valley. La mère de Facebook Live était loin de se douter qu’une heure plus tard à peine, sa création serait le vecteur de diffusion de la mort en direct…

 
 

Dans la douleur causée par ces drames, tire-t-on quelque leçon ? On commence à comprendre que ces tueurs en devenir maîtrisent la logique diabolique des algorithmes des réseaux sociaux au point d’en faire le véhicule parfait de leurs gestes meurtriers. On sait aussi que le contrôle défaillant des armes à feu, en Nouvelle-Zélande comme ailleurs, permet aux assaillants de se procurer de manière légale l’arme de leurs crimes. On saisit enfin que, dans l’ombre des attentats djihadistes de la dernière décennie, vers lesquels toute l’attention politique et médiatique fut tournée, s’est érigé le revers de ce terrorisme : des poches d’extrémistes de droite identitaire galvanisés par ces crimes commis au nom de l’islam et dérangés par les mouvements de migrants leur paraissant menacer les populations blanches. Une radicalisation en réaction à une radicalisation. Une horreur pour une autre.

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33 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 16 mars 2019 05 h 54

    Vous nous racontez une «  anecdote » médiatique sans nous dire véritablement la teneur de son texte ni ses références intellectuelles qu’il offre. Un texte à lire... En fait lorsque je l’ai lu son Manifeste je ne pouvais pas m'empêcher de me croire lire Houellebecq dont tout le monde félicite la grande écriture du meilleur écrivain actuel. Je ne pouvais m'empêcher en lisant son Manifeste que je me voyais lire le Journal de Montréal ou bien des articles contre le multiculturalisme et le vivre ensemble de nos sociétés occidentales. Je ne pouvais m’empecher À la Charte des valeurs pour défendre les nôtres, celles du judéo-christianisme disparu depuis plus d’un demi siècle voire plus. Ni m'empêcher de penser que cela va de pire en pire puisque Trump en est aussi une belle influence avec ses amis suprematistes et autres Bannon et Breitbart confondus. L’heure est plus grave qu’on ne le pense. Ce tueur a agi certes mais d’autres vont continuer à écrire dans les médias leur haine identitaire, leur anti-multiculturalisme, leur nationalisme apeuré face aux migrations planétaires. Bref, on se doit d’avoir beaucoup de craintes.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 16 mars 2019 11 h 24

      Je suis d'accord : le tueur donne des motifs clairs et il livre une expérience que l'on peut qualifier d'illumination quant au meurtre d'une jeune suédoise pour expliquer sa propre transformation. Il explique même la radicalisation...

      Il vit donc une expérience religieuse qui l'amène à considérer ce qui est moralement impossible pour les être humains normaux, mais son interprétation des problèmes n'est pas folle. Par exemple, lorsqu'il parle de la décadence de l'Occident, il est normal que les immigrants ne veuillent pas s'assimiler. À partir de là, on vit une série de problèmes si la classe politique et économique refuse le disgnostic et l'inconfort de la masse.

      Toutefois, je vois le problème différemment. Vous écrivez : « Ni m'empêcher de penser que cela va de pire en pire puisque Trump en est aussi une belle influence avec ses amis suprematistes et autres Bannon et Breitbart confondus. L’heure est plus grave qu’on ne le pense. Ce tueur a agi certes mais d’autres vont continuer à écrire dans les médias leur haine identitaire, leur anti-multiculturalisme, leur nationalisme apeuré face aux migrations planétaires. »

      C'est le contraire, Bannon et Trump sont une solution pour empêcher, par la politique, des réformes pour ne pas en arriver à la guerre civile.

      Auparavant, c'était les individus que l'on accueillait et que l'on assimilait. On n'a jamais dit aux nations qu'ils devraient désormais non plus accueillir des individus, mais des peuples qui allaient partager leur territoire en grugeant peu à peu les avantage que les nations s'étaient construites pour elles-mêmes.

      Le tueur a donc raison de parler « d'invasion », mais ç'en est une abstraite, concrètement les immigrants ne sont pas des agents de cette invasions, ce sont des individus dans le contexte néolibéral. La solution violente nous semble horribe, mais n'oublions pas que les révolutionnaires ont toujours prétendu qu'il fallait faire des sacrifices.

    • Cyril Dionne - Abonné 16 mars 2019 14 h 08

      Cher M. Montoya,

      Je n’ai pas lu le manifeste et je ne lirai pas. Nul besoin, j’ai déjà lu le manifeste des islamistes de l’EI et je suis persuadé qui lui ressemble point par point en changeant quelques noms seulement ici et là.

      Enfin, l’heure est grave pour vous M. Montoya, mais elle ne l’était pas lors de la tuerie de Charlie Hebdo, du Bataclan et j’en passe. Où étiez-vous lors du conflit syrien, vous savez, la guerre civile entre les sunnites et les chiites? 400 000 morts et des millions de refugiés, et on occulte tout cela pour mettre la faute sur l’Occident. Ceux qui ont semé le vent de l’extrémisme religieux récoltent maintenant la tempête des autres extrémistes que nous abhorrons autant. En fait, les extrémistes de toutes les couleurs se ressemblent toujours.

      L’échec du multiculturalisme est évident pourtant en Occident. Le multiculturalisme gère la diversité en plaçant les personnes dans des enclaves ethniques, en définissant les besoins et les droits individuels en vertu des enclaves dans lesquelles les personnes sont placées et en utilisant ces enclaves pour façonner les politiques publiques. Il a aussi obligé de nombreux libéraux et radicaux traditionnels à abandonner les notions classiques de l’égalité et la liberté, telles que l'attachement à la liberté de parole, au nom de la défense de la diversité. En répartissant le pouvoir politique et les ressources financières en fonction de l'ethnie, ces politiques ont obligé les gens à s'identifier en fonction de ces ethnies, et ces ethnies à elles seules provoquent inévitablement un groupe contre un autre et bonsoir intégration pour une communion sociétale.

      Dans les sociétés orientales, on ne parle plus de l’effet de surprise, de gaucherie ou d’inaptitude pour excuser ces tueries perpétrées par les islamo-fascistes au nom de théories politico-religieuses. C’est un fait quotidien qui a été normalisé. Comme ils le disent si bien dans la langue des multiculturalistes, « it’s business as usual ».

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 17 mars 2019 08 h 28

      M. Montoya,
      Vous charriez au max quand vous incluez la Charte des valeurs dans votre propos. Je ne crois qu'on doive s'excuser de se définir dans notre maison.
      À force de laisser faire, de multiculturaliser une société, plutôt que d'accueuillir et d'intégrer, on se retrouve dans une société sans point de repère, qui insécurise et déstabilise.
      L'approche américaine a longtemps été de complètement laisser aller les choses «à la va comme je te pousse». Et maintenant, leur président veut construire un mur. Il me semble qu'il devrait y avoir moyen d'intervenir sans tomber dans ces deux extrèmes.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 17 mars 2019 10 h 31

      Réaction à Montoya 05h54, Gill 11h24 et Dionne 14h08 + les réactions de Montoya à ses répondants (18h35 et 18h43). Le propos de 18h35 aide à comprendre le premier jet de M. Montoya, mais ses amalgames me restent quand même en travers de la gorge. Le package idéologique multi, modèle omniprésent dans le Commonwealth et de plus en plus en Europe, n'a pas de vertu intrinsèque et rien n'oblige à la suspension de toute critique le concernant.

      Je précise que je n'ai pas lu le Manifeste, mais seulement des comptes rendus.

      J'apprécie le commentaire de M. Gill commençant par "Auparavant" et se terminant par "construites pour elles-mêmes." Ce matin, avec le retour agressif de l'hiver, en tout cas ici sur le Fleuve, mon conjoint et moi évoquions les conditions extrêmes endurées par nos ancêtres pour bâtir ce Québec, des bécosses puantes et glaciales aux hordes de moustiques en passant par cette terre aussi riche qu'ingrate. Ne pas tenir compte de ces racines 'identitaires' en forçant des agendas post-nationaux ne peut qu'engendrer des résistances, surtout quand on réalise que 'l'éducation' et 'l'explication' servent trop souvent de véhicules à l’endoctrinement idéologique d’état. C'est en tout cas la perception de plusieurs, qui ne sont pas des assassins en puissance, mais des gens dont on vole les repères au profit d'autres.

      Ainsi, pour les migrations, on cherche la cohérence, et il est normal que les gens se sentent pris en étau entre une Gauche si prompte à occulter les distinctions (immigration économique versus réfugiés) et une Droite qui impose sa panacée au nom d'un rationnel dit 'économique' (jobs), en refusant de prendre en charge des scénarios sociaux-économiques plus complexes et non exclusifs. Avec, évidemment, l'hypothèse de l’entrisme islamique refoulée par recours à la diabolisation.

      Les boucs émissaires amalgamés d'usage n'expliquent rien. Faudrait-il alors tirer sur (ne pas endosser) le messager, mais sans jeter tout son message?

  • Pierre Grandchamp - Abonné 16 mars 2019 06 h 43

    D'une horreur à l'autre. Triste en effet!

    "Près de neuf dixièmes des 4 305 chrétiens tués pour des raisons liées à leur croyance, en 2018, dans le monde, l’ont été au Nigeria. C’est ce que révèle le recensement de l’organisation non gouvernementale protestante Portes ouvertes.

    Derrière le Nigeria (3 731 morts) viennent six autres pays africains : 146 chrétiens tués en Centrafrique, 50 en Somalie, 43 au Congo, 42 au Mozambique, 31 en Ethiopie et 30 au Soudan du Sud. Au total, 97 % des chrétiens tués l’ont été sur le continent africain. Le nombre total de morts enregistrées a bondi de 40 % en un an."

    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/01/16/97-des-chretiens-tues-en-2018-l-ont-ete-sur-le-continent-africain_5409656_3212.html

    Mais qui se soucie de ce qui se passe en Afrique! Nos médias ce couvrent pas l'Afrique.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 16 mars 2019 10 h 42

      Ce qui s'est, malheureusement, passé, en Nouvelle-Zélande nous frappe davantage pcq dans un pays de l'OCDE. Les chrétiens Coptes d'Égypte sont régulièrement visés par des attentats à la bombe dans des églises...ou tout simplement tués: qui se soucie de cela?

    • Cyril Dionne - Abonné 16 mars 2019 16 h 10

      M. Grandchamp, selon UNICEF, environ 29 000 enfants de moins de cinq ans, soit 21 chaque minute, meurent chaque jour, principalement de causes évitables, la diarrhée, le paludisme, l’infection néonatale, la pneumonie, la naissance prématurée ou le manque d’oxygène à la naissance. Tout est une question de perspective.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 17 mars 2019 08 h 49

      Monsieur Dionne, franchement !!! Comment osez- vous comparer un attentat perpétré volontairement au nom de la promotion d'une idéologie religieuse et/ou politique par un extrémiste qui peut être soit un extrémiste d'extrême-droite de culture judéo-chrétienne, soit un djihadiste, aussi d'extrême-droite mais de culture islamiste. La maladie existe...Elle fait partie de la vie...Comparer les actes barbares des extrémistes à la maladie, c'est banaliser leurs actes ignobles. La différence entre l'acte perpétré par le tueur de Nouvelle-Zélande, et le djihadiste est que ce dernier le fait pour imposer l'Islam au monde entier, alors que pour le tueur il n'est un geste d'auto-défense des valeurs que l'autre, le djhadiste, veut détruire et éradiquer. C'est un geste perpétré en réaction à l'autre Les deux formes de guerroyer sont éminemment condamnables. Le présent tueur justifie son geste pour contrer la montée de l'extrémisme islamiste, pou contrer l'idéologie barbare que l'Islam veut imposer à la grandeur de la planète...Ces attentats de tout acabit n'ont rien à voir avec les différentes maladies qui confrontent l'humanité et la fait mourir...Je vais mourir, vous aussi, et peut-être de maladie...Alors...

    • Cyril Dionne - Abonné 17 mars 2019 10 h 38

      M. Simard,

      Les extrémistes de toutes les couleurs se ressemblent toujours. Quelle la différence entre l'acte terroriste du Bataclan et celui de Christchurch? Aucune, c'est l'extrémiste à sa forme la plus basique.

      Et vous mêlez maladies et causes évitables. Les 29 000 enfants qui meurent chaque jour selon UNICEF pourraient être sauvés. Ils n'ont pas besoin de mourir. C'est ce que le mot "évitable" veut dire. Mais cela, on l’occulte pour passer à d’autres choses. Pour les médias, ce n’est plus tellement sexé que de voir mourir un enfant qui aurait pu être sauvé. Rien de sensationnel là-dedans.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 16 mars 2019 07 h 11

    Comment et pourquoi ?

    « Une radicalisation en réaction à une radicalisation. Une horreur pour une autre. » (Marie-Andrée Chouinard, Le Devoir)

    Effectivement, le massacre de Christchurch, tout comme celui de Québec ?, semble constituer une radicalisation-en-réaction-de-radicalisation (A), et ce, en lien avec, ou selon ?!?, des données dites d’obédience « suprémaciste » ; des données peuplant tout autant les réseaux sociaux que les médias conventionnels !

    De ces présumées données, dont les plus sensibles, comment se fait-il que les Autorités publiques ne parviennent pas à les « mater » (ou : les « civiliser ») ?

    Comment et pourquoi ? - 16 mars 2019 –

    A : Malgré son manifeste, l’auteur, australien ?!, utilise, à prétexte, ce genre de radicalisation non pas pour moins se venger de l’islamisation (qui ne lui a rien fait)), que, possiblement, pour mousser ou valoriser tout simplement le ou son « suprémacisme » ! Voilà ! Bref !

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 16 mars 2019 11 h 50

      Non ça n'est pas du suprématisme, ce n'est pas au nom de « la supériorité » , mais d'un nationalisme (culturel et ethnique).
      Sa réflexion repose sur un voyage et une prise de conscience de l'unité de l'Occident (il dit Europe) et au sentiment d'une invasion, impression qui culmine lors de la mort d'une jeune suédoise. Après le choc vient l'incompréhension et l'idée que la classe politique a trahi le peuple. D'une manière cynique, il conclut que les choses doivent s'aggraver pour une véritable prise de conscience de la menace qui pèse sur les peuples de l'Occident. Il ne croit pas à une solution politique, c'est très important de le comprendre.

      À la lumière de 68 premières pages, je ne vois pas que c'est le suprématisme qui le motive, mais bien l'unité et la préservation de la cohésion des peuples, le tueur n'est pas contre la diversité, il croit qu'à partir d'un certain déclin, la culture européenne n'est pas en mesure d'imposer une assimilation des étrangers et il propose une solution violente, révolutionnaire, radicale, horrible, mais c'est la même finalement que Ben Laden : les deux veulent préserver l'intégrité de leur civilisation respective.

      Donc il est vrai qu'il est dans la dialectique initiée par Laden, mais son combat n'est pas a priori «contre» l'islam ni même «pour» les blancs en tant que tels, que parce que c'est « son » peuple et qu'il veut précipiter une guerre civile.

      Bref je crois que le commentaire sur la question de «mater» le suprématisme passe à côté ; je privigélie d'écouter le discours et de le comprendre. Ensuite, évidemment il faut comprendre comment quelqu'un passe aux actes, mais c'est justement ce que Jordan Peterson nous dit depuis le début, ça n'est pas si compliqué ce ça, commentre des gestes horribles.

      Les gens qui se font exploser et qui tuent, sont, «plus normaux» qu'on le pense. Ce qui est problématique c'est qu'on pensait autrefois qu'il fallait être soi-même directement une victime... Ça n'est plus le cas.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 16 mars 2019 16 h 17

      « Non ça n'est pas du suprématisme, ce n'est pas au nom de « la supériorité » , mais d'un nationalisme (culturel et ethnique). » (Charles-Étienne Gill)

      Grands mercis pour cette précision, mais ce « Hic » :

      Se définissant, lui-même, comme un écofasciste (A), l’auteur de ce crime s’inspire d’une idéologie dont le nom est le « suprémacisme », plutôt que simplement le « nationalisme » !

      De plus, il est rarissime qu’un nationaliste, partant de l’Australie pour vivre en Nouvelle-Zélande, utiliserait ce « genre de nationalisme » pour aller TUER, en dehors de son pays natal, du monde pour … RIEN !

      Très-Très rare ! – 16 mars 2019 -

      A : https://fr.wikipedia.org/wiki/Brenton_Tarrant .

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 17 mars 2019 11 h 38

      « Se définissant, lui-même, comme un écofasciste (A), l’auteur de ce crime s’inspire d’une idéologie dont le nom est le « suprémacisme », plutôt que simplement le « nationalisme » ! Pour comprendre ce qu'il entend par «ecofasciste», il faut le lire et voir que pour lui, on ne peut préserver l'environnement et pas les peuples qui habitent cet environnement. Il est fasciste parce qu'il ne croit pas en la démocratie («mob rule» , dans ses mots) précisément parce que le peuple qui vient remplacer le peuple européen, de plus en plus nombreux, ne peut s'assimilier, précisément parce qu'une Europe en déclin montre sa faiblesse. Il dit être raciste en ce qu'il voit une différence entre les races, mais le remplacement qu'il craint, ce n'est pas la «dilution» ou la «pollution» d'un peuple par un autre. Il n'a, ontologiquement, rien contre les autres peuples, pourvu qu'ils restent chez eux. Il assimile l'immigration incontrôlée d'individus à une invasion (sans arme), que l'Occident ne peut combattre.

      Quand il raconte son «illumination», en regard de la stupéfaction avec le meurtre d'une jeune suédoise dans un attentat, c'est dans l'inaction en réaction des attaques contre «son peuple», il ne dit pas «sa race», la race est ici accéssoire. Et son crime, horrible, ne croyez pas que je fasse de l'apologie, vise à exacerber un conflit. Le piège c'est justement de l'enfermer dans la grille « extrème droite/vilains racistes épais et ignorants », je vous concède qu'il parle du «white genocide», mais la nuance est vraiment plus dans un esprit nationaliste, il ne veut pas tant la suprématie mondiale des «blancs», que la survie de l'Europe. Vous me citez Wikipedia, je me fie à ce qu'il a écrit. Maintenant, je ne vais pas dire que pour tout comprendre il suffit de le lire, mais je dis qu'au lieu de lire ce qui est filtré par ceux-là même qui sont un problème d'après lui, lisez-le, lui. Lire Mein Kempf c'est pas trouver Hitler génial, mais voir l'effet du traité de Versaille.

  • Hélène Lecours - Abonnée 16 mars 2019 07 h 48

    La logique diabolique des algorithmes??

    La logique diabolique du divertissement règne depuis l'invention de l'image parlante. La violence a pris une très grande place, sans discernement, dans nos divertissements télévisuels et cinématographiques. Tout y passe et repasse, les idées les plus simplistes y sont trasmises avec force détails et imagination. Nous sommes gavés de drames et de violences audiovisuels sous toutes les formes. En veux-tu? En voilà. C'est du n'importe quoi dans lequel flotte du génie, heureusement, mais si peu. Après un siècle de ça, faut-il s'étonner que ça porte des fruits du genre super-égo quand on ne peut pas vraiment être un super-héros?

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 16 mars 2019 12 h 01

      À la lumière du manifeste, le tueur se prend plus pour Jeanne d'Arc et cite les Croisades et le pape responsable du sac de Constantinople...
      Je tends plus à penser que sans l'espèce de choc de son voyage et son «illumination» quant au meurtre d'une jeune suédoise, il ne serait pas passé à l'acte (mais qu'est-ce que j'en sais)

      Sa lecture politique est plus près de l'Odyssée que des jeux vidéos ou de Netflix, mais ça n'est pas à exclure. Des terroristes du XXe siècle ont fait des crimes équivalents, sans être exposés comme nous le sommes à cette violence.

      On refuse trop souvent de croire légitime le discours des terroristes... ce qui ne veut pas dire le cautionner. Il y a une orgie de production médiatique en ligne. Je conseille plutôt d'ouvrir une image horrible du crime ( pour se le rappeler ), mais de lire son manifeste (plutôt que toute une série de chroniques ou d'éditos... qui le citent sans aller au bout).

  • Hélène Lecours - Abonnée 16 mars 2019 07 h 48

    La logique diabolique des algorithmes??

    La logique diabolique du divertissement règne depuis l'invention de l'image parlante. La violence a pris une très grande place, sans discernement, dans nos divertissements télévisuels et cinématographiques. Tout y passe et repasse, les idées les plus simplistes y sont trasmises avec force détails et imagination. Nous sommes gavés de drames et de violences audiovisuels sous toutes les formes. En veux-tu? En voilà. C'est du n'importe quoi dans lequel flotte du génie, heureusement, mais si peu. Après un siècle de ça, faut-il s'étonner que ça porte des fruits du genre super-égo quand on ne peut pas vraiment être un super-héros?