Un grand parti pour la souveraineté

Le Parti québécois est-il irrécupérable, comme l’a affirmé Catherine Fournier en claquant la porte ? Doit-il se saborder ? La réponse courte, c’est qu’il ne le fera pas. Et qu’il n’a pas à le faire.

Si le PQ était rayé de la carte, il ne faudrait pas trop compter sur Québec solidaire pour rassembler l’électorat souverainiste et l’élargir. Pour ce faire, QS, qui, avant tout, incarne la gauche radicale au Québec et qui, subsidiairement, est un parti indépendantiste, devrait se recentrer en modifiant considérablement son programme, ce que ses membres, aiguillés par son comité de coordination, le gardien de l’orthodoxie, refuseraient de faire. Chez QS, il existe une certaine pureté, voire une rigidité, qu’on ne voudra pas dénaturer.

La création d’un nouveau parti souverainiste, qui serait issu du mouvement que veut lancer Catherine Fournier, apparaît bien aléatoire, même si le nom Option Québec a été réservé auprès du Directeur général des élections du Québec par un proche de Jean-Martin Aussant, qui a participé à la démarche de la députée. Quand celle-ci laisse entendre que les péquistes sont finis et que les solidaires ne sont pas fréquentables, on peut se demander qui sont les souverainistes qu’elle veut rassembler.

En annonçant sa désertion, Catherine Fournier a déclaré que le projet souverainiste « transcende les générations » et que c’est le PQ qui le bloque. Or, si l’idée de la souveraineté ralliait une majorité de Québécois dont une majorité de jeunes, on ne lui chercherait pas des poux et il serait sans doute au pouvoir. Si ça va si mal au PQ, c’est que ça va mal pour son option.

Pour plusieurs politologues et sociologues, non seulement le PQ est le parti d’une génération (en réalité, de quelques-unes) — c’est la thèse de Vincent Lemieux à l’origine —, mais son projet politique l’est aussi. Dans son dernier ouvrage Refondations nationales au Canada et au Québec, le sociologue Simon Langlois relève que le groupe qui avait permis au Oui d’approcher le seuil fatidique de 50 % lors du référendum de 1995 — les francophones actifs de 18 à 54 ans, hommes ou femmes, avaient voté pour la souveraineté à plus de 70 % — n’appuyait plus cette option qu’à hauteur de 40 %. L’appui à la souveraineté chez les jeunes ne dépasse pas les 20 % et, depuis 1995, il s’est ajouté près d’un million d’immigrants qui, selon un sondage commandé par l’Institut de recherche sur le français en Amérique, ne sont favorables à la souveraineté que dans une proportion de 17 %.

Le mouvement indépendantiste des années 1960 est né en réaction à l’infériorité économique des Canadiens français, rappelle le sociologue. Reprenant les thèses de Simon-Pierre Savard Tremblay et de Jean-Herman Guay, il estime que ce mouvement est victime du développement économique, culturel et social qu’a connu le Québec depuis. On peut dire que ce ne sont pas tant les erreurs du PQ qui ont plombé son option que les progrès auxquels le parti a largement contribué.

Au confort et à l’indifférence s’ajoute le fait que la jeune génération, rassurée par les effets de la loi 101, n’a plus du tout le même rapport à la langue anglaise, perçue non plus comme la langue de la classe dominante, mais comme un esperanto qui favorise l’ouverture sur le monde.

Il revient au mouvement souverainiste de faire mentir ces sombres pronostics. Il n’y a pas de fatalité en politique.

Dans ce contexte, tant au PQ qu’au Bloc québécois on discute de « refondation ». Samedi et dimanche, le Bloc tient un congrès spécial à ce sujet. Réunis dans un conseil national la semaine suivante, les péquistes se pencheront sur un « plan d’action 2019 pour un nouveau Parti québécois » qui le conduira, lui aussi, à un congrès extraordinaire, vraisemblablement à l’automne.

Le PQ, qui doit demeurer un grand parti social-démocrate au centre de l’échiquier politique, veut recentrer son discours sur la souveraineté en évitant les faux-fuyants. Il doit aussi moderniser ses structures et son fonctionnement pour les adapter à un électorat aux allégeances changeantes et de moins en moins lié aux partis politiques. Dans son dernier livre, Jean-François Lisée rappelle toutefois que ce sont les grands événements, plus que les grands discours sur la souveraineté, qui modifient l’opinion publique.

Tant que la question nationale n’est pas réglée, la souveraineté demeure une option valable. Alors que nombre de Québécois, dans leur psyché, croient que le Québec est déjà un pays, ils pourraient, un jour, aspirer à une véritable liberté politique.

Il est difficile de voir comment la disparition du PQ, malgré ses défauts, ses fautes passées et les énormes défis qu’il doit relever, peut favoriser le projet qui a justifié sa création.

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37 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 15 mars 2019 01 h 38

    Le Parti Québécois va renaitre de ses cendres comme un phénix.

    Le PQ est victime de son propre succès. La défaite du Parti Québécois sera une grande tragédie historique. Le Parti de René Lévesque et les géants de la Révolution tranquille doit ressusciter sa grandeur et sa gloire en misant sur la sociale démocratie et en épousant la cause de l'environnement.

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 mars 2019 10 h 15

      @ Nadia Alexan,

      "Le Parti Québécois va renaitre de ses cendres" - Nadia Alexan

      - Ah oui?

      - Et sur quoi vous basez-vous pour affirmer une telle énormité ?

      Votre intuition? Votre boule de cristal? Votre licorne vous l'a dit?

      Alors que le membrariat du PQ est sur le déclin depuis des décennies et que Catherine Fournier vient même de révéler au 24-60 que le PQ nous mentait quand il affirmait qu'il avait 80,000 membres. Aors qu'elle vient de révéler qu'il n'en comptait plus que 40,000. Sans compter que sa moyenne d'âge doit bien approcher les 65 ans.. La "MOYENNE"!! ..dis-je bien!

      Ce n'est certainement pas en faisant des prévisions de diseuses de bonne aventure et en mentant effrontément que le PQ renaitra de ses cendres.

      Référence :

      Le PQ n'en serait plus qu'à 40,000 membres et depuis longtemps révèle Catherine Fournier au 24-60 :

      À 1min 20 sec. de l'entrevue.

      https://www.facebook.com/radiocanada.info/videos/2435405526504440/?

      .

    • Cyril Dionne - Abonné 15 mars 2019 10 h 35

      Vous avez raison madame Alexan. Le Parti Québécois va renaitre de ses cendres. Les gens ont besoin d'un parti centriste qui va chercher les meilleures politiques à gauche comme à droite pour la nation québécoise. L’indépendance viendra d’une façon qu’on s’y attend le moins. Ils ne se reconnaissent plus dans les partis fédéralistes et multiculturalistes comme Québec solidaire et le PLQ. C'est pour cela que beaucoup ont voté pour la CAQ.

    • Pierre Desautels - Abonné 15 mars 2019 11 h 30


      La sociale-démocratie, nous voulons bien, mais pour l’envIronnement, le PQ a perdu toute crédibilité.

      Avec tous ses ex-ministres de l’environnement qui sont devenus lobbyistes pour les pétrolières et Yves-Francois Blanchet qui disait que son gouvernement voulait être un partenaire de ces mêmes pétrolières, le PQ à beaucoup de chemin à faire pour nous convaincre.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 mars 2019 13 h 15

      Et QS a 10 000 membres qui sont aléatoires puisque c'est gratuit et bonjour étudiants et assistés sociaux.

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 mars 2019 16 h 58

      Ce commentaire de Cyril Dionne est complètement faux:

      "Et QS a 10 000 membres qui sont aléatoires puisque c'est gratuit et bonjour étudiants et assistés sociaux."-Cyril Dionne

    • Serge Lamarche - Abonné 16 mars 2019 02 h 24

      Le référendum qui a eu le plus de succès a suivi une période de développement attribuée au PQ. Parizeau a été un très mauvais perdant car il savait que c'était sa seule chance et le PQ a foiré par la suite.

  • Mario Jodoin - Abonné 15 mars 2019 01 h 45

    Méconnaissance

    «ce que ses membres, aiguillés par son comité de coordination, le gardien de l’orthodoxie, refuseraient de faire.»

    C'est bien mal connaître QS et ses membres que de s'imaginer que la position des membres est «aiguillée» par le comité de coordination. C'est simplement l'inverse! Si ce comité a rejeté une entente signée par un des porte-parole, c'est que le congrès précédent avait rejeté un des éléments de cette entente. Il s'est simplement plié aux décisions des membres. Trop d'analystes politiques sont tellement habitué.es des partis menés par des chefs qui décident de tout, qu'ils et elles ne comprennent toujours pas que la chefferie à QS, ce sont les membres qui l'exercent.

    «Chez QS, il existe une certaine pureté, voire une rigidité, qu’on ne voudra pas dénaturer.»

    Je ne le dirais pas comme ça, mais ce constat est plus approprié.

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 mars 2019 09 h 59

      @ Mario Jodoin,

      Ce n'est pas de la "méconnaissance".

      C'est de la mauvaise foi; phénomène courant de péquistrerie partisane.

      Surtout quand on sait que la convergence péquiste était appuyée par plusieurs membres du CCN et a tout de même été battue par la base du parti au Congrès.

      Comment peut-on prétendre que QS soit dirigé par un Politburo dans de telles circonstances?

    • Eric Ricard - Inscrit 15 mars 2019 10 h 21

      Quel est cet élément s.v.p. ?

    • Eric Ricard - Inscrit 15 mars 2019 10 h 27

      @Jodoin vous avez écrit
      Trop d'analystes politiques sont tellement habitué.es des partis menés par des chefs qui décident de tout, qu'ils et elles ne comprennent toujours pas que la chefferie à QS, ce sont les membres qui l'exercent.

      Je ne le dirais pas comme ça mais plutôt;
      Trop d'analystes politiques sont tellement habitué.es des partis menés par des chefs qui décident de tout, qu'ils et elles ne comprennent toujours pas que la chefferie à QS, c'est l'obscur comité de coordination qui l'exerce. Chez Q.S. un chef ne devrait pas avoir d'opinion autre que celles de l'obscur comité de coordination

    • Cyril Dionne - Abonné 15 mars 2019 10 h 37

      Allumez SVP. Québec solidaire est un parti marxiste pris dans une faille spatio-temporelle d’il y a deux siècles. Point à la ligne.

    • Eric Ricard - Inscrit 15 mars 2019 11 h 06

      @Montmarquette
      J'en profite pour continuer la conversation d'hier. Vous avez comparé des insultes proférées par des trolls imbéciles sur des réseaux sociaux et ce qui se dit dans un congrès d'un parti politique.
      C'est deux choses complètement différentes, des propos imbéciles de trolls et ce qui se dit dans un congrès d'un parti politique sans être remis à l'ordre, (congrès Q.S. 20 mai 2017), et les propos de ses portes-paroles comme M. Amir Khadir à la radio quelques jours après ne peuvent être comparés. C'est de la mauvaise foi.

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 mars 2019 13 h 53

      "L'obscur comité de coordination" - Eric Ricard

      QS dispose d'une direction collégiale élue démocratiquement : le "Comité national de coordination."

      C'est l'équivalent du Conseil exécutif national au Parti québécois.

      "Comment fonctionne Québec solidaire en interne?" - Le Devoir

      Extraits "Pour les décisions quotidiennes à l’Assemblée nationale, QS compte sur un caucus, comme tous les autres partis politiques. Mais les orientations et principes du parti sont déterminés par tous les membres de la formation lors du congrès, généralement tenu tous les deux ans. Et le Comité de coordination national — l’équivalent de la direction des partis politiques traditionnels — est l’instance dirigeante de QS. Il a l’autorité de prendre certaines décisions qui concernent l’administration interne du parti, par exemple la reconnaissance des associations locales, les orientations budgétaires, les grandes orientations nationales ou l’organisation des congrès.

      - Qui gouvernera ?

      Avec ce modèle de partage de pouvoir, qui prendra les décisions en cas de formation d’un gouvernement solidaire ? Lors du dernier congrès, les membres ont déterminé que ce sera Manon Massé qui serait la candidate au poste de première ministre. Si elle est élue, elle exercera le pouvoir exécutif. Quant à Gabriel Nadeau-Dubois, il sera vice-premier ministre et sera responsable du travail législatif.

    • Mario Jodoin - Abonné 15 mars 2019 16 h 31

      @ Eric Ricard

      Quel est cet élément s.v.p. ?

      Le mandat de l'assemblée constituante. Le congrès précédent venait de voter pour un mandat ouvert et l'entente parlait d'une assemblée constituante fermée, avec mandat d'une constitution d'un pays indépendant. L'ironie est que le congrès suivant de QS a changé sa position pour une assemblée constituante avec mandat de travailler à la constitution d'un pays, changement adopté pour pouvoir réaliser la fusion avec ON. Ainsi, l'accord rejeté précédemment aurait pu, cette fois, être signé.

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 mars 2019 17 h 09

      @ Eric Ricard,

      "Vous avez comparé des insultes proférées par des trolls imbéciles sur des réseaux sociaux et ce qui se dit dans un congrès d'un parti politique." - Eric Ricard

      C'est pourtant bien Jean-François Lisée qui a qualifié QS d'obscur Politburo de l’ex-URSS,

      Allez-vous aussi traiter Jean-François Lisée de "troll" ?

      Référence :

      Le Politburo - Le Devoir, 27 mai, 2017 :

      "( Le) Comité de coordination national de QS, que Jean-François Lisée a comparé à l’obscur Politburo de l’ex-URSS, qui chapeautait le gouvernement soviétique officiel" .

    • Raymond Labelle - Abonné 15 mars 2019 22 h 39

      La fusion avec ON allait directement contre les positions de deux congrès de QS - adoptée une fois et reconfirmée à un autre congrès par la suite - à savoir la Constituante ouverte. Cette position avait été adoptée suite à des délibérations importantes à l'intérieur du parti sur des principes fondamentaux.

      Or, la Constituante fermée est l'élément-clef de la fusion avec ON - que l'on a signé sans scrupule en se disant qu'un congrès ultérieur la ratifierait rétroactivement.

      Quand on signe une entente avec le PQ - l'idée de la ratifier rétroactivement à un congrès est un péché mortel. L'annulation de l'entente par le comité de coordination n'est que l'expression de la volonté du congrès.

      Mais quand on signe avec ON - on veut faire ratifier une entente qui va directement contre un principe fondamental adopté non pas à un congrès, mais à un et reconfirmé par la suite à un autre en se disant qu'on pourra la faire ratifier rétroactivement à un congrès ultérieur? Pas de problème!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 mars 2019 07 h 52

    … ?!? …

    « Or, si l’idée de la souveraineté ralliait une majorité de Québécois dont une majorité de jeunes, on ne lui chercherait pas des poux et il serait sans doute au pouvoir. Si ça va si mal au PQ, c’est que ça va mal pour son option. » (Robert Dutrisac, Le Devoir)

    Possible, mais ce « hic » :

    Les questions rattachées à la « Souveraineté », concernant rarement celles liées à celles de l’Indépendance, ont permis l’élection d’une Gouvernance « majoritairement » (?!?) nationaliste, une Gouvernance appelée à quémander, du Canada (ce Pays si loin et si proche de nulle part), plus de POUVOIR non pas en fonction de l’Indépendance du Québec mais en fonction d’un fédéralisme, séparé ou renouvelé selon, mais toujours UNI à la Reine !

    De ce point de vue, on-dirait que le « nationalisme québécois », escamotant l’Indépendance, fonctionne très bien plutôt que mal et, par ailleurs-autrement, demeure sur le terrain risqué de l’assimilation !

    De ce « hic », finalement ou selon, une douceur :

    Aussitôt que ce « nationalisme » quittera la scène politico-sociale, l’Option du PQ, fondée sur un « patrio-nationalisme », roulera d’Indépendance assurée sans problémo !

    Entre-temps ou …

    … ?!? … - 15 mars 2019 -

  • Hermel Cyr - Inscrit 15 mars 2019 08 h 25

    L'Infini ...

    « Deux choses sont infinies : l'Univers et la Folie autodestructrice de certains indépendantistes québécois. Mais à propos de l’Univers je n’en suis pas complètement sûr. » (Einstein adapté à la politique québécoise)

  • Johanne Archambault - Abonnée 15 mars 2019 08 h 36

    Vous avez tout dit

    Votre texte résume et explique soixante ans d’histoire d’excellente façon. Il pourrait servir de point de départ à un cours de base. Dommage qu’il faille le «rechercher» pour inscrire un commentaire: je vous ai lu dans la version pdf, l'éditorial n’est pas proposé sur la page web principale du journal.