Commissaire à la santé: indispensable chien de garde

On peut critiquer le gouvernement caquiste pour son obstination à tenir certaines de ses promesses électorales jugées irréalistes et contre-productives — pensons au réseau universel de maternelles 4 ans —, mais le rétablissement du Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE), un organisme indépendant chargé d’évaluer de façon objective l’accessibilité et la qualité des services de santé, ne fait pas partie de celles-là.

Le cabinet de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a confirmé le retour du CSBE, doté d’un budget annuel de 3,2 millions, soit un peu plus que les 2,7 à 3 millions dont il disposait sous le gouvernement libéral. Il s’agit d’un engagement électoral non seulement de la Coalition avenir Québec, mais aussi du Parti québécois et de Québec solidaire.

Rappelons que, sous l’impulsion du ministre Gaétan Barrette, qui ne souffrait pas la contradiction, le gouvernement Couillard a voulu rayer d’un trait le poste de Commissaire à la santé en 2016 sous le prétexte fallacieux de contraintes budgétaires.

Au printemps de 2018, les libéraux s’étaient ravisés et avaient finalement retiré la mesure « budgétaire », contenue dans un projet de loi fourre-tout présenté par le ministre des Finances, Carlos Leitão, qui abrogeait la Loi sur le Commissaire à la santé et au bien-être. En revanche, le poste est vacant depuis le départ à la retraite, en 2016, du dernier titulaire, Robert Salois, dont les rapports critiques mais factuels avaient soulevé l’ire de l’impétueux Gaétan Barrette.

Comme la loi est toujours en vigueur, Danielle McCann utilisera le mécanisme prévu pour la nomination du nouveau commissaire en formant un comité constitué de 14 membres, dont sept députés de toutes les formations politiques, qui fournira une liste de candidats au Conseil des ministres. Le poste doit être pourvu en juin.

L’abolition du CSBE n’avait aucun sens : la présence d’un observateur indépendant à la fois du ministre et de la machine est indispensable pour évaluer la performance du système de santé, qui accapare, rappelons-le, 40 % du budget de l’État, ou près de 40 milliards.

La ministre a choisi de doter ce poste rapidement, ce qui se défend, mais elle doit envisager d’assurer au CSBE la plus grande indépendance possible, c’est-à-dire d’en faire une personne désignée par l’Assemblée nationale, comme le protecteur du citoyen ou le vérificateur général. Il serait ainsi pratiquement impossible pour un ministre autocrate d’avoir la tête du commissaire.

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2 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 mars 2019 10 h 28

    Youppie !

    « La ministre a choisi de doter ce poste rapidement, ce qui se défend, mais elle doit envisager d’assurer au CSBE la plus grande indépendance possible, c’est-à-dire d’en faire une personne désignée par l’Assemblée nationale » (Robert Dutrisac, Le Devoir)

    De cette citation, une douceur :

    Cé l’fun qu’un tel poste soit éventuellement rétabli !

    Bravo pour cette initiative susceptible d’épauler le système de la Santé et Services sociaux vers le respect des droits des personnes appelées à accueillir des services appropriés !

    Youppie ! - 9 mars 2019 -

  • Marie Nobert - Abonnée 10 mars 2019 04 h 50

    Nomination au 2/3 et révocation à la majorité simple!? ?! (!)

    Sans commentaire. Plein cauchemar.

    JHS Baril