À l’épouvante!

Les disciples du premier ministre François Legault qui rêvaient d’une lune de miel éternelle affichent des mines désenchantées. Ces derniers temps, une nouvelle saveur est entrée dans leur palette politique : l’adversité.

Dans le champ de l’éducation, l’adversité rime avec la promesse obstinée de maternelles 4 ans universelles dès 2023, en voie de littéralement créer le chaos. La preuve que le ministère de l’Éducation s’est investi d’une mission impossible ? Le voilà contraint de viser les éducatrices en garderie comme bassin potentiel pour pallier la pénurie d’enseignants au préscolaire. Affaiblir un réseau pour raffermir les bases de l’autre ? Quelle improvisation lamentable.

En militant pour la maternelle 4 ans universelle, la CAQ prônait l’idée d’une intervention précoce. Les vertus de cet « agir tôt » ont été soutenues par la science, vérifiées sur le terrain, documentées de par le monde. Il est établi depuis belle lurette que l’offre de services scolaires dans la petite enfance prévient les difficultés d’apprentissage et le décrochage prématuré. Mais cette prémisse est incomplète sans la suite, qui rime avec disponibilité des ressources. Or des ressources, il n’y en a guère. Dans certaines écoles, on opère une course contre la chaise vide. Un adulte responsable, idéalement avec un semblant de formation dans le champ de l’éducation ? Allez hop, ça fera l’affaire !

Le ministère de l’Éducation a lancé les commissions scolaires et les facultés des sciences de l’éducation dans la recherche de « solutions créatives » — c’est l’expression de l’heure ! — destinées à combler le trou béant du manque de personnel. Mais la créativité, si elle est nourrie par le désespoir, risque de mener à des solutions bancales. Attention. Dépouiller les garderies de leurs éducatrices pour renflouer les banques du préscolaire est déjà un indice préoccupant de déroute, ceci dit sans mépris aucun pour les compétences des éducatrices.

Par ailleurs, s’il faut arriver de manière détournée à une remise en question complète de la formation des maîtres et de la sacro-sainte exigence minimale d’un bac de quatre ans pour avoir un brevet d’enseignement, eh bien, qu’on tienne le débat à visière levée, et non pas à coups de dérogations créées par l’urgence. Que seront les enseignants de demain ? Des éducateurs en garderie s’engageant à suivre une formation universitaire au cours des dix prochaines années ? Des aspirants professeurs qui détiennent un diplôme d’études collégiales et un certificat ? Les enseignants qui ont suivi la route traditionnelle pour devenir prof ont raison de s’indigner de toutes les entorses aux règles qui sont maintenant encouragées.

Les réformes menées sur le mode de l’épouvante ont ceci de désastreux qu’elles omettent des pans essentiels à leur succès. On a pointé le problème de recrutement des enseignants, mais si c’était seulement la partie visible du problème ? Dans les écoles nouvellement dotées de ces maternelles, qui offrira soutien et formation aux enseignants novices ? Et pour tous ces petits soudainement « dépistés », quels services de professionnels seront offerts alors qu’il est déjà difficile aujourd’hui de pourvoir à l’essentiel ? L’adversité, c’est aussi un peu ça pour les précieux acteurs de la première ligne : mener une réforme dans la précipitation et l’affolement.

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13 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 6 mars 2019 05 h 41

    Cafouillage

    Le gouvernement Legault n’arrête pas de merdoyer dans tout ce qu’il entreprend de faire depuis son élection. Et, cet état de fait, on le doit beaucoup à l’entêtement de notre nouveau Premier ministre à mettre niaisement la charrue devant les bœufs dans tous ses champs d’incompétence.

    Celui du dossier de la maternelle 4 ans n’en est qu’un parmi tous les autres mais il illustre de façon magistrale comment l’homme est prêt à tout pour s’illustrer lui-même, tellement bêtement, à pousser sur la charrue. Et tout cela pourquoi?!?

    Pour tenir une promesse électorale qui ne pouvait en aucune manière tenir la route tellement il était évident qu’il prendrait le champ dans lequel il est en train non seulement de s’embourber lui-même mais, et c’est là tout le malheureux de cette triste histoire pour nos tout p’tits comme pour tout l’monde, en train de tous nous entraîner à sa suite.

    Il est plus que temps que la famille caquiste dise à son chef qu’il fait fausse route en s’attaquant aussi impunément au merveilleux monde des CPE. L’histoire va très mal finir si le bonhomme continue de s’acharner à tout détruire sur son passage pour tenter de se construire un château d’ogre à sa gloire personnelle.

    Les ogres, on le sait, ils mangent des enfants.

    • Cyril Dionne - Abonné 6 mars 2019 10 h 18

      D'accord avec vous M. Pesant mais pas avec la petite madame qui a pondu cet éditorial.

      Il faut le dire, la maternelle 4 ans est un rêve chimérique de l'éducation qui va au-delà des tractations politiques et ressources pour bien l'administrer. C'est faux de prétendre que c'est la solution miracle au developpement émotionnel et social de l'enfant, facultés essentielles du développement cognitif. C'est un milieu familial où pullulent les stimulations cognitives de toutes sortes et où l'enfant se sent aimé qui est irremplaçable.

      J'ai enseigné en maternelle un an pour voir ce qui en découlait (Ontario). Sachant fort bien que mon bagage et mon cheminent éducationnel était non-représentatif de la tâche qui m'attendait avec les 4 ans, j'ai adoré néanmoins mon expérience. Ceci dit. J'ai constaté l'ampleur du travail à accomplir et j'ai vite réalisé que l'école ne peut pas être un substitut pour la maison familiale en présence d'un parent. Oui pour les environnements qui sont néfastes pour le bon développement émotionnel, social et cognitif de l'enfant et peut-être pour le dépistage précoce, mais pour le reste, c'est un non catégorique. La maternelle 4 ans est un leurre pédagogique; c'est une garderie de luxe.

  • Jean Lacoursière - Abonné 6 mars 2019 07 h 56

    L'audace des fonceurs


    "Les cons ça ose tout, c'est même à çà qu'on les reconnait."

    - Le personnage joué par Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs (1963)

    https://www.youtube.com/watch?v=CMzgMva5ekk

  • Jean Roy - Abonné 6 mars 2019 08 h 56

    J’avais pas pensé à ça!

    On va touttte mettre, vite, vite, à la poubelle 18000 dossiers d’immigration!

    C’est légal?
    Ben oui (l’idiot)... on est le gouvernement!
    Et pour les immigrants qui travaillent déjà ici?
    Hein! Quoi? De quessé?

    On va touttte mettre, vite, vite, en place la maternelle universelle pour les enfants de quatre ans!

    Vous avez d’la place pour les accueillir?
    Ben oui (mon p’tit pit)... les bibliothèques sont trop grandes!
    Et où allez-vous trouver les enseignants de maternelle?
    Heu... Mon confrère à l’immigration a conçu un excellent plan, en déjeunant, ce matin...

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 6 mars 2019 09 h 15

    Naissance et dégénérescence d'une innovation

    La PQ et Mme Marois mettent sur pied un système public de garderie quasi gratuit (à 5$) qu'ils appelent Centres de la Petite Enfance (CPE). Partout ailleurs au Canada, on nous enviait cette innovation. Les parents de famille pouvaient participer à la vie socio-économique, fournissant une main d'oeuvre. Des recherches confirmaient que c'était rentable, que c'était une solution gagnant-gagnante.

    Le PLQ, fort de sa philosophie néo-libérale, décide de favoriser plutôt les garderies privées, peu importe leur qualité, et, du même coup, a haussé les tarifs journaliers.

    La CAQ, pour se distinguer des deux autres, privilégie les maternelles 4 ans, sciemment au détriment des CPE.

    Ce parti a répété ad nauseam que sa priorité était l'éducation et il est en train d'y foutre allègrement le bordel. Imaginons ce qu'il va faire en agriculture, en environnement et en immigration.

    Décidément, le gouvernement de la CAQ confirme très rapidement le Principe de Peter, à savoir qu'il atteint un niveau historique d'incompétence plus rapidement que tous les autres partis réunis.

    J'espère que les membres survivants du PQ vont se retrousser les manches pour rebâtir leur parti et apporter leur compétence. Durant la campagne électorale, il était évident que ce parti offrait de meilleurs candidats, mais les électeurs voulaient à tout prix du changement, du nouveau. Et là on constate que la saveur du mois «alla caq» a déjà atteint sa date de préemption pour devenir clairement indigeste..

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 6 mars 2019 11 h 39

      Vous avez oublié de mentionner que la CAQ avait aussi dit: ...Qu'elle garderait la crème de la crème des CPE...Que les maternelles, comme les CPE (retenues), seraient du ressort du Ministère de l'Éducation... Que les parents n'ont pas l'obligation d'inscrire leurs enfants ni dans l'un, ni dans l'autre...Que la première année, il y aurait ouverture ou agrandissement pour seulement 500 maternelles 4 ans et plus...Que les travaux... prévus dans certaines écoles primaires...incluraient de nouvelles maternelles 4 ans....Que les personnes compétentes (qui sont détentrices de diplômes adéquats) seraient recyclées dans le système "maternelle 4 ans "...Que finalement les «garderies privées» peuvent continuer à "exploiter" leur clientèle «comme avant» mais...Que les garderies subventionnées disparaîtront du décor pour intégrer le système des maternelles...
      Voilà ce que j'en ai retenu et compris...

      Maintenant, plutôt que de critiquer cette nouvelle approche (qui connaît un très grand succès en France) , pourquoi
      ne pas offrir vos lunettes... sans oeillères.... à un gouvernement qui a été élu démocratiquement. Les médias ont
      souvent le "gnac" pour déformer une "nouvelle" .

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 6 mars 2019 13 h 43

      Mme Sévigny,
      Il y a une grande différence entre l'approche CPE et l'approche maternelle, ce que la CAQ semble ignorer, à commencer par une approche ludique d'apprentissage dans les CPE. Comme beaucoup d'adultes, le gouvernement CAQ semble pressé de passer trop vite aux choses éducatives sérieuses et ... plates.

      Il faudrait regarder les pays scandinaves aller.

  • Hélène Dumais - Abonnée 6 mars 2019 09 h 25

    Certes cafouillage et incompétence, mais...

    je partage tout à fait votre point de vue Mme Chouinard, mais j'y apporte un bémol. Il faut agir tôt, tout le monde s'entend la-dessus, comme vous l'écrivez, et vous ajoutez,« Il est établi depuis belle lurette que l'offre de services scolaires dans la petite enfance prévient les difficultés d'apprentissage»: là je ne vous suis plus, ce n'est pas tant la scolarisation que l'offre d'un environnement adapté aux besoins et propice à l'acquisition des pré- requis qui prépare nos tout-petits adéquatement à leur future scolarisation. Plusieurs chercheurs en petite enfance au Québec prônent cette approche. Ce débat sur la pertinence des maternelles 4 ans à tout prix et partoutnnn'est pas seulement une question de manque de ressources dans les écoles.