Kim-Trump: ceci n’est pas un sommet

Après le premier sommet de Singapour en juin dernier, beaucoup s’alarmaient à l’idée que Donald Trump, cherchant à tout prix à se donner de l’allant en politique étrangère, s’agenouille à Hanoï devant Kim Jong-un et lui fasse des concessions démesurées. Ça n’a pas été le cas. « Pas pressé » de parvenir à un accord, a-t-il prétendu, alors qu’il l’est en fait, vu ses échéances électorales.

Que des marchandages aient eu lieu en sous-main tient évidemment du possible. Mais l’enjeu étant ce qu’il est, c’est-à-dire nucléaire, M. Trump a pilé sur son orgueil de grand négociateur et mis fin à la rencontre sans être même parvenu à une apparence d’entente. Le monde en a été quitte pour le drôle de spectacle de deux présidents affichant une complicité loufoque et inquiétante.

Aussi, le président américain rentre les mains vides de Hanoï, mais il s’activera à prétendre qu’il s’agit moins d’un échec que d’une stratégie de négociation. L’argument se défend en partie. L’échec est relatif dans la mesure où, de part et d’autre, on assure vouloir poursuivre le dialogue. M. Trump peut au moins se réjouir du fait que son « ami » et despote Kim Jong-un, dont le régime n’a pas procédé depuis juin 2018 au moindre essai nucléaire et balistique, est disposé à renouveler cet engagement. Pour l’heure, cela a le mérite d’écarter le risque d’une nouvelle escalade comme celle qui a vu le président américain menacer la Corée du Nord de la « détruire totalement », en septembre 2017 devant l’ONU.

Reste que, pour avoir beaucoup promis, M. Trump a l’air bien penaud. D’autant qu’au même moment à Washington, son ex-avocat Michael Cohen, menteur invétéré et repentant, le décrivait par le menu devant le Congrès comme un « raciste », un « escroc » et un « tricheur ».

Il se trouve pourtant qu’un accord minimal aurait pu être conclu à Hanoï, à tout le moins pour contribuer à la détente des relations de Pyongyang avec la Corée du Sud. Or, l’absence de résultats témoigne surtout de l’impréparation de M. Trump et de son entourage.

On espère donc pour la suite des choses que le sommet de Hanoï aura sensibilisé cette présidence à la complexité des enjeux. Entre levée progressive des sanctions et encadrement du programme nucléaire nord-coréen, il existe tout un champ de négociations susceptible de déboucher sur un accord ou, du moins, sur un réchauffement géopolitique porteur.

La démonstration des chantages, des mensonges et des provocations dont s’est rendu coupable le régime opaque et répressif de Pyongyang depuis 20 ans n’est plus à faire. Sauf que le pays atteint sous la dictature de M. Kim un moment de son histoire où son développement passe impérativement par un allégement des sanctions. Pour que des progrès soient possibles, il faudra à terme que les États-Unis, de leur côté, finissent par renoncer à l’exigence devenue irréaliste d’une « dénucléarisation complète, irréversible et vérifiable » de la Corée du Nord.

Dans l’immédiat, MM. Trump et Kim auraient fait à Hanoï un geste politique et symbolique fort pour les populations des deux Corées en accouchant d’une déclaration de paix ouvrant la voie à la fin de l’état d’armistice signé en 1953 et à la conclusion d’un traité de paix en bonne et due forme. Comme il aurait été important que soient relâchées les sanctions contre un certain nombre de projets commerciaux intercoréens. C’est dire, bref, qu’il serait utile en cette affaire compliquée que la Maison-Blanche se familiarise avec la stratégie des petits pas.

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4 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 2 mars 2019 08 h 03

    De retour

    aux USA, avec son échec, il s'active non seulement à tenter de biffer ses gaffes (celle concernant le jeune «missionnaire» dont Kim aurait ignorer la maltraitance dans ses prisons - les parents se sont offusqués, eux qui plastronnaient il y a quelques jours en invités de Trump lors du Discours sur l'Union?!?!?!?!, s'est dépècher de traiter Cohen de menteur absolu... sauf pour ce que ce dernier a dit à propos de la collusion - il est menteur ou pas le repenti??? Faudrait que le butor président se décide. Enfin, sachant qu'il ne peut rien faire au Vénézuela, il menace Cuba (c'est petit Cuba) et les compagnies, quelqu'elles soient, de représailles pour faire affaire avec elle... Bof! c'est Trump et plus précisément c'est souvent l'amérique (i.e. les USA) aussi et depuis longtemps.

  • Cyril Dionne - Abonné 2 mars 2019 08 h 44

    La stratégie des petits pas

    Vous n'avez rien compris. Dans une négociation, il faut savoir quand quitter la table. C'est ce que Donald Trump à fait. La pression est sur le régime sanguinaire de la Corée du Nord à 100%. Il ont tout à perdre et rien à gagner dans leur présente position.

    Trump n'a rien perdu. La Corée du Nord à toujours été "a rogue state" dans l'imaginaire américain. "Rocket man" devra faire preuve d'humilité et mettre fin à son arsenal nucléaire, sinon il risque de perdre bien plus que la face. Les dictateurs ne comprennent pas la stratégie des petits pas. Encore moins Trump et il gagnera son pari.

  • Gilles Bousquet - Abonné 2 mars 2019 09 h 35

    Égaux en tout

    Quand un primiare rencontre un autre primaire, qu'est-ce qu'ils savent faire, des histoires de primaires

    (Vieille chanson)
    De Maurice Chevalier :

    Quand un vicomte
    Rencontre un aut' vicomte,
    Qu'est-ce qu'ils s'racontent?
    Des histoir's de vicomtes...

  • Gilles Tremblay - Inscrit 2 mars 2019 12 h 02

    Chassez ''Le Dictateur'' (Charlie Chaplin 1940), ils reviennent aux galops.

    Dernièrement, je regardais ‘’Le Dictateur’’, un film réalisé par Chaplin en 1940 dont l’anticipation et la vérité jettent, encore aujourd’hui, une déconvenue accablante sur ceux et celles qui vivent dans l’opprobre et mènent leurs peuples dans la dérive. De tout temps, les autocrates sont à contre-courant de l’évolution et finissent, un jour ou l’autre, dans la poubelle de l’humanité. Il n’y a pas d’exception à la règle. En revoyant cette scène fantasmagorique de Chaplin dans laquelle les futurs despotes Hitler et Mussolini, en devenir de ce que serait l’horreur de la Deuxième Guerre mondiale menée par des psychopathes débridés, tenter à tout prix de se convaincre, avide de narcissisme galopant qu’ils sont plus grands l’un que l’autre dans le salon du barbier, j’imaginais voir les deux pitres, Trump et Kim, spécialistes de la procrastination, assis sur leurs divins trônes, d’une futilité et d’un ridicule planétaires, en place et lieu chez le barbier, ou à Hanoï, servir prochainement de bouffons dans les cinémas, faisant mourir de rire, dans une troisième guerre mondiale, les médias de la planète.