Jagmeet Singh: des preuves à faire

Le chef néodémocrate Jagmeet Singh a gagné son pari et siégera bientôt à la Chambre des communes comme député de Burnaby-Sud. Ce sera toutefois avec un siège en moins au Québec, celui d’Outremont, où, en 2007, Thomas Mulcair a jeté les bases de ce qui allait devenir la vague orange de 2011.

La défaite, lundi, dans cette circonscription emblématique est symptomatique du recul du NPD au Québec et des difficultés qu’y rencontre son chef. Quelques députés ont réussi à planter des racines depuis huit ans, mais le parti a perdu prise dans bien des régions. Cinq des onze députés qui ont annoncé leur départ d’ici l’automne, dont deux la semaine dernière, sont d’ailleurs québécois. Et les sondages ne prédisent rien qui vaille. Les libéraux demeurent populaires au Québec, le Bloc québécois se maintient, les conservateurs aussi. Le NPD, lui, partage la quatrième place avec les verts, selon la dernière enquête Léger réalisée pour La Presse canadienne entre le 15 et le 19 février.

Le choix de M. Singh comme chef n’a pas aidé au Québec, écrivait Le Devoir dès l’automne dernier. Des militants ont déserté le navire, d’anciens députés se disaient incapables de travailler sous ses ordres et certains ont préféré rejoindre le Parti vert (PV). Les résultats dans Outremont sont révélateurs à cet égard. Le chef adjoint du PV, Daniel Green, y est arrivé bon troisième, avec 12,5 % des voix.

Au Québec, le port de signes religieux par Jagmeet Singh a un effet qui est peu ressenti ailleurs, mais cela n’explique pas tout. Le manque de clarté et de cohérence du message du NPD sous Jagmeet Singh lui nuit partout au Canada, y compris au Québec.

On sait que l’environnement, le logement et la réforme du mode de scrutin seront des priorités pour son parti et que ce dernier est contre le pipeline Trans Mountain, mais quand les questions se font précises, M. Singh affiche fréquemment une méconnaissance des dossiers fédéraux. Voici deux exemples parmi d’autres. Récemment, il a semé la confusion au sujet de la position de son parti sur la crise au Venezuela. En entrevue durant sa campagne, il a été incapable de répondre à une question claire sur les derniers développements dans le dossier de Huawei.

Être chef d’un parti qui aspire à former le gouvernement ou à lui tenir tête exige une maîtrise fine des politiques publiques. Ce qui a fait le succès en Chambre de partis comme le NPD ou le Bloc, et ce qui a contribué à leur crédibilité, fut immanquablement la rigueur et la connaissance approfondie des dossiers chauds dont ont fait preuve des chefs comme Thomas Mulcair ou Gilles Duceppe. Jagmeet Singh a intérêt à s’en inspirer et à faire ses devoirs s’il veut être davantage qu’un figurant de passage.

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7 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 27 février 2019 11 h 00

    La carte de visite religieuse

    Si la tendance se maintient, le NPD va être balayé de la carte électorale au Québec. Même Alexandre Boulerice risque d'y passer si le Bloc présente un candidat crédible.

    Oui, les symboles religieux n'ont pas leur place dans l'arène politique. Si pour ce dernier, son accoutrement religieux est plus important que les électeurs, le NPD va être balayé de l'échiquier électorale partout au Canada.

  • Nadia Alexan - Abonnée 27 février 2019 11 h 22

    Un très mauvais choix.

    Vous avez raison, madame Cornellier. Jagmeet Singh a détruit le NPD qui a fait une très grosse erreur en élisant un homme religieux, sans profondeur et sans connaissance, qui se vantait de ses costumes dispendieux, quand il s'est présenté comme candidat.

  • François Beaulne - Abonné 27 février 2019 11 h 49

    Ne pas exagérer l'attrait du Parti Vert

    Si le Parti Vert a fait bonne figure dans cette élection partielle d'Outremont, circonscription hautement multiculturelle, c'est qu'il est allé chercher une partie des électeurs multiculturels déçus par l'ambiguité des positions du NPD sur le questions pétrolières et par le double langage de Trudeau sur les grands enjeux environnementaux, notamment l'exploitation et la commercialisation du <pétrole sale> de l'ouest canadien,
    Si le Bloc n'a pas fait le plein de ce vote de protestation et de méfiance c'est que pour ces multiculturalistes il est associé au nationaisme québécois pour qui l'environnement est un enjeu fondamental indiscociable de notre spécificité linguistique et culturelle.

    Or, il n'en sera pas de même ailleurs au Québec lors des prochaines élections. En 2015 c'est JiCi Lauzon, candidat Vert dans Pierre-Boucher les Patriotes Verchères, circonscription traditionnellement nationaliste de la Rive-Sud de Montréal qui a obtenu le meilleur score de ce parti avec 6% des votes. Pour une raison fondamentales: JiCi était non seulement connu pour son engagement en environnement et son rôle dans la série <Virginie>, mais également, et peut-être surtout pour son engagement national, ayant été désigné comme <patriote de l 'année> quelques années auparavant. Les critiques qu'il a par la suite adressées au Parti Vert canadien, comme déconnecté de la réalité québecoise, puis son retour dans le giron souverainiste parlent d'eux-mêmes.

    De plus, le nouveau chef du Bloc est lui même un fervent défenseur de l'environnement et ancien Ministre de l'environnement du Québec, tout comme l'était Thomas Mulcair.

    Si l'environnement s'avère un enjeu important de la prochaine campagne électorale, tous ces indices sont précurseurs d'une forte remontée du Bloc au Québec auquel les commentateurs et observateurs politiques feraient mieux de s'intéresser davantage.

  • Pierre Desautels - Abonné 27 février 2019 14 h 16

    Blanchet et le "green washing".


    @François Beaulne

    Yves-François Blanchet un défenseur de l'environnement? La belle affaire. Quand il était ministre de l'environnement, il était, comme son gouvernement, pro-pétrole et pro gaz (ex. Anticosti) et en faveur de la cimenterie Mcinnis sans BAPE, en faveur d'Enbridge, etc. etc. S'il dénonce Énergie Est pendant la campagne électorale, par exemple, ses adversaires vont lui rappeler et ses actions passées vont venir le hanter.

  • Jean-Henry Noël - Abonné 27 février 2019 19 h 32

    Le turban

    Je n'ai jamais compris ces gens-là qui portent des costards griffés, roulent en BMW. Et arborent un turban et une barbe fournie. Orientaux et occidentaux en même temps. Ils auraient dû garder la robe. Ce serait plus convenable et plus exotique.