Carmant en fume du mauvais

Le gouvernement Legault s’entête à vouloir rehausser l’âge légal pour consommer de la marijuana de 18 à 21 ans et à en bannir la fumée des lieux publics. Non seulement le projet de loi du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, ne résistera pas à l’épreuve des tribunaux, il ramènera le Québec dans un autre siècle caractérisé par un moralisme poussiéreux.

Dans les derniers jours, des experts en santé publique sont montés au front pour critiquer les positions du ministre Carmant. Le neuropédiatre n’a aucune assise scientifique pour affirmer que le cannabis cause des dommages au cerveau jusqu’à l’âge de 25 ans, tel que l’a souligné l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ). Et s’il est vrai que la fumée est nocive dans un milieu fermé, elle est sans effet dans les aires publiques et bien aérées, contrairement à ce que prétend le premier ministre François Legault, soucieux de protéger les enfants.

Osons aborder la question avec lucidité. La science n’a rien à voir avec le projet caquiste, qui empeste le paternalisme et le conservatisme. Tant qu’à se complaire dans sa nostalgie de l’ère prohibitionniste, le gouvernement Legault devrait mettre le visionnement de Reefer Madness au programme scolaire.

Le projet de loi 2 retire aux adultes de 18 à 20 ans leur faculté de jugement et leur autonomie décisionnelle en ce qui a trait à l’achat de produits du cannabis, alors qu’ils seront aux commandes de leur destinée, libres de prendre des risques ou d’adopter des comportements nocifs, dans toutes les autres sphères de leur vie. La CAQ ferait mieux de relire John Stuart Mill pour un peu plus de cohérence dans son message de centre droit.

Selon le Barreau du Québec, le projet de loi ouvre la porte à une contestation judiciaire sur la base d’une discrimination fondée sur l’âge. L’interdiction de fumer en public videra par ailleurs de sa substance le régime fédéral. Comme le fait remarquer Michel Morin, auteur de Ô cannabis, le pot est plus réprimé que jamais depuis sa légalisation.

Loin de contribuer à la diminution de la consommation chez les jeunes, le gouvernement Legault enverra les 18 à 20 ans entre les mains du crime organisé, lequel n’en a rien à cirer de la concentration du taux de THC, des usages à risque et de la surconsommation. Le résultat sera contraire à l’esprit de prévention et de réduction des usages à risque qui a dicté l’élaboration des politiques mesurées et sensibles du gouvernement Couillard.

Il n’est pas trop tard pour étudier l’encadrement du cannabis sous l’angle de la santé publique et pour agir sur la consommation de la même façon qu’avec l’alcool : en remplaçant la prohibition par une approche de réduction des méfaits. C’est la seule avenue qui soit garante du respect des droits individuels, en particulier ceux des groupes minoritaires ou marginalisés qui sont surreprésentés dans l’application de politiques répressives.

Les recommandations de l’Institut national de santé public du Québec (INSPQ) vont d’ailleurs en ce sens. Il suffirait de donner aux 18 à 20 ans l’accès aux produits à plus faible teneur en THC et d’insister auprès d’eux sur la prévention pour accomplir de véritables progrès en matière de santé publique. Pour l’heure, la CAQ se contente de navrants reculs.

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15 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 23 février 2019 00 h 42

    Monsieur Myles a parfaitement raison

    Toutes les études qui prouvent les effets indésirables du cannabis ne sont pas pertinents lorsqu’il s’agit de discuter de la légalisation de cette substance.

    Ils ne sont pas pertinents puisqu’ils ne concernent pas spécifiquement le cannabis légal; légal ou non, le cannabis possède les mêmes effets secondaires.

    Donc priver les jeunes de l’accès au cannabis légal, c’est les condamner à utiliser le pot de la pègre, souvent contaminé par des substances étrangères.

    Quand au danger de la fumée secondaire, il n’existe _aucune_ preuve scientifique qu’elle soit néfaste. La fumée secondaire n’est néfaste que dans des endroits clos; dans un appartement, une voiture, un ascenseur, etc.

    Qu’un locataire veuille abîmer son foie en prenant une brosse, qu’il veuille abîmer ses poumons en fumant du tabac ou abîmer Dieu sait quoi en fumant du cannabis, cela ne regarde que lui.

    Au Québec, la consommation de cannabis est tolérée depuis des décennies. Sa légalisation ne représente qu’un changement de fournisseur pour l’utilisateur. Ne dramatisons pas.

    Là où le ministre Carmant devrait livrer bataille, c’est contre la légalisation des produits dérivés :
    https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/544886/non-a-la-bouffe-psychedelique

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 février 2019 11 h 22

      @ Jean-Pierre Martel,

      J'irais plus loin du côté des locataires.

      Quand ils louent un logement, les locataires sont chez eux et ont le droit de faire ce qu'ils veulent dans les limite du bon sens et du droit.

      Les propriétaires ne devraient pas avoir le droit d'interdire le cannabis et d'entraver la liberté des locataires.

      La responsabilité des locataires est de remettre leur logement dans un état "d'usure normale" point.

      D'ailleurs, si de la fumée passe entre les logements, c'est la responsabilité du locateur d'offrir des cloisons étanches et non la responsabilité des locataires.

      Et ça vaut pour nombre d'interdictions, comme les animaux et la fumée de cigarette.

      Christian Montmarquette

  • Marie Nobert - Abonnée 23 février 2019 03 h 03

    Grosse fatigue!

    «Le projet de loi 2 retire aux adultes de 18 à 20 ans leur faculté de jugement et leur autonomie décisionnelle en ce qui a trait à l’achat de produits du cannabis,..» c. «Il suffirait de donner aux 18 à 20 ans l’accès aux produits à plus faible teneur en THC...» Discrimination?! Par ailleurs, la «coiffe» de ce «billet» est...

    JHS Baril

  • Yvon Montoya - Inscrit 23 février 2019 05 h 54

    Si les gouvernements vous avait comme 1er ministre nous serions heureux. Vous démontrez une belle capacité de réflexion stimulante. En effet la CAQ, c’est le Québec avant la Révolution Tranquille. Personnellement je le savais depuis des lustres et désormais le seul journal populiste moralisateur applaudit fort ce Parti. Heureusement il reste quelques îlots où la lucidité a encore sa place. De plus les prix du cannabis, aux dires des québécois adultes et majeurs, n’aideront certainement pas à battre ceux du marché noir. C’est toutefois étonnant qu’aucun journal ne dit rien sur ce fait aussi sur le côté «  capitaliste » de la vente de cette herbe. Autrement dit et en anglais: from weed to greed.

  • Serge Grenier - Abonné 23 février 2019 08 h 30

    C'est quoi d'autre qu'ils ne comprennent pas?

    Si le gouvernement de la CAQ ne comprend pas des choses aussi simples que celle-là, on est en droit de se demander s'ils sont caqpables de comprendre les dossiers vraiment complexes.

    Aussi, s'ils ne comprennent rien au cannabis, c'est que non seulement eux ils n'en ont jamais fumé, mais en plus, ça veut dire que les personnes de leur entourage qui fument ne leur faisait pas assez confiance pour leur dire.

    Finalement, s'ils prenaient vraiment à coeur la santé des enfants, ils feraient quelque chose à propos des pesticides qui sont bien plus dangereux pour leur santé que le cannabis.

    • Pierre Fortin - Abonné 23 février 2019 19 h 07

      Le bon docteur Carmant devrait relire son serment d'Hypocrate, "Primo non nocere" a toujours sa signification : "d'abord ne pas nuire".

      Est-il au moins conscient qu'en posant le geste d'interdire par la loi la consomation de cannabis aux moins de 21 ans, il les tourne encore, comme c'est le cas depuis au moins 50 ans, vers le marché noir et qu'ainsi, il institue la clandestinité comme un état normal de la société ?

  • Gilles Tremblay - Abonné 23 février 2019 09 h 01

    Peut-être a t-il une poutre dans l'oeil et qu'il ne l'à vois pas

    Franchement, avec autant de pudeur du ministre Carmant, on aurait tendance à croire qu'un mineur émancipé n'ingurgite pas des litres de bière, avec 2 ou 3 pétards, les fins de semaine, avec ses potes et leurs pots. Monsieur Carmant devrait investir son temps et l'argent des citoyens dans une vraie lutte et prévention contre l'usage des drogues licites ( prescription abusive de médecin, par exemple ) et illicites pour l'ensemble de la population.