La fin de l’impunité pour les prêtres abuseurs?

Signe des temps ? Samedi dernier, à quelques jours de l’ouverture au Vatican d’un sommet sur les abus sexuels, le pape François a défroqué un cardinal pour motifs d’agressions sexuelles, une première dans l’histoire assombrie ces dernières années par de multiples révélations de viols commis dans l’Église et cachés par l’Église. Le retour à la vie laïque de l’ex-cardinal américain Theodore McCarrick, 88 ans, soupçonné d’agressions sexuelles sur des séminaristes et des prêtres, signe-t-il la réelle descente aux enfers du principe d’impunité ? Il est permis de le croire.

À compter de jeudi, et jusqu’à dimanche prochain, les présidents de conférences épiscopales du monde entier tiendront avec le pape une grand-messe non orthodoxe sur « la prévention des abus sexuels sur les mineurs et les adultes vulnérables ». Le Vatican choisit de parler de « protection des mineurs », mais c’est une manière encore trop édulcorée de couvrir le réel : on parle de crimes sexuels commis sur des enfants. La tenue de ce sommet inédit a créé des attentes démesurées que l’Église ne pourra satisfaire sans se réinventer.

Placée de façon brutale mais nécessaire devant ses responsabilités, la haute gomme épiscopale arrive lourdement chargée : les prélats avaient pour mission de récolter les témoignages de victimes dans leur pays respectif avant de plonger dans le vif du sujet. Ils examineront le passé — comment diable ces abus ont-ils pu être commis ? —, prendront acte du présent — l’Église doit assumer sa responsabilité — et tenteront de tisser la toile du futur — il faudra bien qu’une reddition de comptes, une vraie, s’élabore, et que des lignes directrices soient mises en place pour éviter que le pire se reproduise.

La pire insulte faite aux victimes serait bien que cette rencontre ne soit que symbolique. Il n’est plus suffisant que le pape prenne au sérieux les allégations d’agressions sexuelles dévoilées à coups de milliers de victimes de par le monde. Après la prise de conscience collective, ces abusés espèrent que vérité sera faite non seulement sur les viols commis, mais sur l’opération de couverture finement orchestrée par les autorités en place — jadis, et maintenant.

 
 

Un dossier percutant du Devoir diffusé la fin de semaine dernière sur les prêtres abuseurs a montré jusqu’à quelle limite indigne les prêtres et l’Église se sont aventurés pour couvrir et justifier l’indicible. « C’est Dieu qui a mis ce garçon sur mon chemin », justifie un prêtre ayant commis des abus sexuels sur un enfant. Immonde de constater que la religion fut instrumentalisée pour justifier les actes des violeurs en quête d’une manière de blanchir leur conscience. Promptes à étouffer le potentiel de scandale, les autorités religieuses sont venues ajouter au drame en distribuant des punitions bonbons : quelques jours de retraite de prière pour « réfléchir » et… hop ! L’affaire était classée.

L’Église, programmée depuis des décennies pour taire par tous les moyens cette vérité honteuse, pourra-t-elle rompre avec une tradition d’omertà ?

Quelques signaux tendent à laisser croire que oui. Par exemple, le fait qu’un autre tabou tenace soit en train de craqueler : celui des agressions commises par des prêtres et des évêques sur des religieuses, et ce, dans une indifférence aussi totale qu’abjecte. Une vague #MoiAussi de religieuses ? Oui, cela est à prévoir, et plusieurs estiment que les victimes seront innombrables.

Début février, le pape François a admis que les religieuses avaient été utilisées « comme esclaves sexuelles ». Dans un communiqué diffusé mardi à la veille du Sommet du Vatican, l’Union internationale des supérieures générales a dénoncé avec vigueur les « ravages du cléricalisme », jugeant préoccupante et choquante l’exploitation des soeurs, des séminaristes et des candidats dans les maisons de formation. « Ce n’est pas moins grave que l’abus des mineurs », expliquait au Devoir soeur Aurore Larkin, supérieure générale de la Congrégation des soeurs grises de Montréal. « Je pense que la guérison va se faire en parlant de prévention, mais aussi d’égalité dans l’Église. » On ne peut qu’abonder.

Espérons de ce sommet des répercussions concrètes jusqu’ici : inscrite en principe universel, la tolérance zéro pour des abus sexuels perpétrés par des membres du clergé. Le renvoi systématique de tout cardinal ou évêque ayant participé à la couverture de ces viols. La remise des dossiers à la justice civile pour que soient menées des enquêtes en bonne et due forme. Et conséquemment, l’abolition du délai de prescription, comme promis chez nous par la CAQ.

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