Le Québec à la traîne en agriculture artisanale

De l’allocution du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, devant les membres de l’Union paysanne il y a une semaine, on a retenu sa déclaration maladroite sur les « ayatollahs » du ministère de l’Environnement. Or le ministre a surtout ouvert la porte à des changements majeurs et hautement souhaitables dans le domaine agricole en affirmant que son « étoile du Nord », sa source d’inspiration, c’était le rapport Pronovost.

En 2008, Jean Pronovost, qui présidait la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois, a produit un rapport qui en appelait à une petite révolution. Outre une révision en profondeur de l’aide étatique, il recommandait au gouvernement de mettre fin au monopole syndical de l’Union des producteurs agricoles (UPA) afin de permettre la fondation d’autres associations et, surtout, l’émergence de petites fermes offrant des produits de niche, notamment biologiques, sur place ou par des circuits courts de distribution.

Le constat que Jean Pronovost faisait, c’est que le secteur agricole risquait d’étouffer sous les lois et règlements et que, même s’il fallait préserver les piliers du système, il importait de « lui insuffler de l’oxygène » et de « l’ouvrir à une mise en marché qui favorise, par le foisonnement des initiatives, des produits agricoles différenciés ».

Le gouvernement libéral n’a pas eu le courage d’abolir le monopole de l’UPA, un geste jugé suicidaire sur le plan politique, et pour le reste, les recommandations du rapport Pronovost, dans une large mesure, sont restées lettre morte. Le secteur agricole demeure sclérosé, toujours aussi axé sur la production de masse et les monocultures, avec des lois et règlements qui rendent extrêmement difficiles d’exploiter une petite ferme diversifiée. En 2015, Dominic Lamontagne, qui a voulu se lancer dans le domaine agricole, publiait un livre sur l’impossibilité de pratiquer l’agriculture artisanale au Québec. Le titre de l’ouvrage que le ministre du même nom a dit avoir lu : La ferme impossible.

La Coalition avenir Québec s’est engagée à ne pas toucher au monopole de l’UPA, ce qu’André Lamontagne a reconnu d’emblée. Mais il était tout de même le premier ministre de l’Agriculture à se présenter à un congrès de l’Union paysanne, un regroupement de quelques centaines d’irréductibles, qualifiés d’amateurs par les fermiers industriels. Le ministre a dit qu’il voulait faire de la place à l’agriculteur artisan et favoriser la vente à la ferme et les circuits courts, ce que le rapport Pronovost considérait comme une voie d’avenir.

Il n’y a pas d’ayatollahs au ministère de l’Environnement, mais des règlements qui ne sont aucunement adaptés à l’agriculture artisanale, tout comme au MAPAQ. Traînant de la patte, le Québec n’a pas encore pris le virage de cette agriculture de proximité, à valeur ajoutée, plus écologique et propice à une saine occupation du territoire. Il était plus que temps qu’un ministre de l’Agriculture en fasse une priorité.

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7 commentaires
  • Serge Grenier - Abonné 16 février 2019 14 h 47

    Dissonance cognitive

    C'est quoi leur problème aux gens de l'UPA? Ils ne savent pas lire? Ils n'ont pas accès à l'internet? Ils devraient être les premiers à vouloir le mettre en pratique ce fameux rapport Pronovost. Pourquoi ne le font-ils pas? Qu'est-ce qu'ils n'arrivent pas à comprendre à ce qui apparaît comme évident au reste de la population?

  • Marie Nobert - Abonnée 17 février 2019 04 h 27

    «[...] 'abolir le monopole de l’UPA,..» (!)

    On abolit le monopole de l'UPA, on abolit le monopole qui «gère» le marché des produits acéricoles, on abolit le «système de l'offre des «laitiers», des «aviculteurs», etc. Punaise! Au pays des« pedzouilles analphabètes fonctionnels», on abolit tout. Tout sauf..., sauf... , sauf... , parce que nous sommes «distincts». Sérieux!? Misère!

    JHS Baril

  • Denis Paquette - Abonné 17 février 2019 06 h 30

    et oui ainsi va le monde les plus ambitieux ont toujours raison au detriment du gros bon sens

    n'avons nous pas de besoin autent des petits que des importantscomme je suis d'uneautre generation si mes ancetres participaient a des coopétatives agricoles autent ils cherissaient leur petits jardins qui leur permettaient d'avoir des légumes frais et des petits fruits pour le desert du dimanche, n'étais ce pas un peu l'idéal des légumes et des fruits plus rares entreposés dans le sous sol des carottes cellerie betterave et choux et pommes entreposés pour sa consommation personnelle que l'on ne retrouvait qu'a noel et sur la table des invités n'étaisce pas sage d'agir ainsi pourquoi a-t-on perdu ces traditions, serais ce que les coops l'on emportées sur tout le reste et que l'état a laissez faire et surtout laissez les américains avec leur apat du gain avoir raison

  • Claude Bariteau - Abonné 17 février 2019 09 h 42

    Vous avez plus que raison de remettre le rapport Pronovost en évidence, car il valorise aussi une production agricole de proximité avec des points de vente sur la ferme et l’accès à un circuit local.

    L’été dernier, j’ai cassé la croûte à l’Auberge La Fascine sur le Chemin des Cordiers de l’Isle-aux-Coudres avec deux autres personnes. J’ai opté pour les moules marinières avec frites. Les moules étaient excellentes et les frites, divines. Ce fut notre constat unanime.

    J’ai voulu connaître la cuisson. L'hôtesse m'a plutôt parler de la provenance des pommes de terre, qui vient d'un producteur local qui assure une distribution sur l’Île.

    Elle m'a alors appris que ces frites ne seront plus au menu parce que le producteur est à revoir ses techniques de production pour s’ajuster aux règles du ministère et qu’il ne sera plus en mesure d’en vendre régulièrement parce que ça diminuera sa production.

    En quelque sorte, les règles ministérielles pour la production de champs industriels de pommes de terre, appliquées à un petit producteur sur un espace restreint, vont modifier sa production et rendre son produit moins accessible sur l’Île.

    C’est ce genre d'aberration qu’a voulu stopper le rapport Pronovost en redonnant vie à des petits producteurs locaux qui offrent des produits de qualité.

    Le cas de ce producteur n’est pas isolé. Il y en a une multitude parce que les règles de production pour des fins industriels contraignent les producteurs artisanaux à élargir leur champ de production et à diminuer leurs ventes locales.

    J’entends retourner à l’Auberge La Fascine, aussi un centre culturel bien connu. Je vais par contre vérifier si le menu comprend les frites préparées avec les pommes de terre de ce producteur artisan parce que je préfère mangé des frites de qualité et je refuse de manger des frites décongelées dans la restauration rapide.

  • Louis Massicotte - Abonné 17 février 2019 12 h 45

    Du gros bon sens

    On pourrait peut-être se mettre à la lecture du dernier livre de Jean Garon. Il y avait de très bonnes idées pour aider les agrilculteurs, non!