État d'urgence: les illusions de Trump

Donald Trump a décrété vendredi l’état d’urgence pour obtenir le financement de son mur entre les États-Unis et le Mexique. Sa présidence est un brasier qui menace maintenant l’ordre constitutionnel du pays.

Sur un ton défiant, comme d’habitude lorsqu’il est acculé au mur, le président américain a poussé d’un cran son affrontement avec le Congrès en déclarant l’état d’urgence sous des prétextes fallacieux. La construction d’un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique est nécessaire, a-t-il dit, afin de contenir une menace à la sécurité nationale qu’il résume à « l’invasion de notre pays par les drogues, les trafiquants d’êtres humains et tous les types de criminels et de gangs ». Les xénophobes seront ravis.

La crise est bien réelle. Son théâtre ne se situe pas à la frontière, mais au sein de la Maison-Blanche, qui nous a servi encore une fois un vaudeville de mauvais goût. Dans un impromptu erratique, le président a trituré les faits, vilipendé les journalistes qu’il a accusés de poser de « fausses questions », tout en évoquant au passage qu’il était digne d’un prix Nobel de la paix. L’attribution de cette récompense, en échange de sa démission immédiate, constituerait sans doute l’entente du siècle, mais revenons-en aux faits au lieu de rêver.

Donald Trump se prépare déjà aux prochaines élections, et il souhaite accomplir coûte que coûte cette promesse de construire un mur qui fut sans contredit l’un des moments marquants, du moins pour sa base conservatrice désabusée, lors de la dernière campagne présidentielle. Or, il a échoué dans sa tentative de rançonner la majorité démocrate à la Chambre des représentants, à laquelle il a voulu soutirer le financement du mur en échange du retour au fonctionnement normal des activités du gouvernement fédéral. La paralysie de plus d’un mois, un bourbier de son cru imputé maladroitement aux démocrates, s’est retournée contre lui. Sa décision de reprendre les négociations pour trois semaines, le 25 janvier dernier, n’est rien d’autre que l’expression d’un cuisant revers. En décrétant l’état d’urgence, Donald Trump s’emparera de quelque 6,7 milliards $US, qui s’ajoutent à une somme de 1,38 milliard déjà autorisée par le Congrès. Le coût du mur, de 5,7 milliards à l’origine, atteindra les 8 milliards.

La légalité de la manoeuvre est discutable d’un point de vue constitutionnel, ce pour quoi les démocrates sont en droit d’exiger une révision judiciaire. Trump, toujours aussi arrogant, a prédit qu’il perdrait en première instance et en appel avant que la Cour suprême lui donne finalement raison, comme dans le cas des interdictions d’entrée aux États-Unis pour certains pays à majorité musulmane.

C’est la première fois dans l’histoire qu’un président décrète l’état d’urgence pour obtenir des fonds qui lui ont été refusés au préalable par le Congrès, sur la base d’une crise factice. Cet accroc sérieux au principe de la séparation des pouvoirs pose de sérieuses questions sur les limites à imposer à un président qui abuse de son autorité.

Avant que l’affaire se rende jusqu’en Cour suprême, la Chambre des représentants et le Sénat feraient mieux d’annuler cet état d’urgence de pacotille, ce qui est en leur pouvoir.

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10 commentaires
  • René Bourgouin - Inscrit 16 février 2019 07 h 02

    Trump, Trump, Trump...

    L'éditoraliste parle des mesures de Trump comme si c'était notre pays, nos institutions et qu'ils connaissait le dossier comme le fond de sa poche... Toujours en présentant un seul côté de la médaille évidemment...

    Ça ne vous tentait pas de chroniquer sur les turpitudes de NOTRE premier ministre dans le dossier SNC Lavalin à la place?...

    Serait-ce le syndrôme de la «main qui vous nourrit»?...

  • Gilles Bonin - Inscrit 16 février 2019 09 h 16

    Ce qui est en leur pouvoir

    Ainsi se termine l'éditorial. Compte tenu de l'attitude des républicains au Congrès - parti désormais «trumpisé», leur comportement de carpette et leur hypocrisie, valait probablement mieux que l'éditorialiste s'arrête là et ne pousse pas le souhait irréaliste de voir le Congrès contrer l'envol impérial d'un président loufoque, menteur, en somme, dangereux. Comme à Rome où le tout puissant sénat de l'époque a permis la venue d'un empereur, la polarisation du Congrès provoque la sclérose du législatif. Rome sous la République s'est construite, a progressé, est devenue la grande puissance que l'Empire romain a plus ou moins bien gérée sous des souverains plus ou moins brillants pour enfin se disloquer avant de mourir: les USA connaissent désormais leur sort futur.

    Je ne sais pas si c'est une anecdote... mais ne dit-on pas que l'empereur Caligula aurait voulu ou a intronisé sénateur son cheval préféré... il est vrai que sous Trump imperator, il y a déjà un âne au sénat américain: le leader de la majorité républicaine. Ça commence bien l'ère nouvelle du déclin, non?

    • Jacques Fortin - Abonné 17 février 2019 10 h 54

      Le président du Pays voisin a été élu, avec un programme incluant la construction d'un mur. Selon les règles, le peuple des États-Unis à donné vainqueur les Républicains en 2016 non pas les démocrates.

      Il y a tellement de choses , plus importantes , à commenter ici.
      Se mêler de ses affaires est une qualité, quand on a suffisamment de problèmes chez soi .

    • Christian Roy - Abonné 17 février 2019 16 h 06

      M. Fortin, porter son attention sur ce qui se passe chez le voisin immédiat n'est pas une perte de temps, bien au contraire.

      Il est lourd à endurer le Donald... mais le fait d'avoir du poids (au sens propre surtout) lui permet de s'essuyer les pieds sur la "carpette Mitch Mcconnell" tout en contournant le congrès. Il pensera aussi à servir de la bonne bière froide (cold beer) à son pantin Brett Kavanaugh juste avant qu'il porte un jugement sur une histoire inventée amenant l'exécutif à déclarer un cas d'Urgence nationale. Brett doit retourner l'ascenseur à son Donald d'amour. C'est plus que prévisible.

      Les Américains sont stupides ou quoi ? Les Néo-Républicains sont aussi intéressants à étudier que leur vendeur de char usagé. Il est fascinant de voir avec quelle aisance Donald et ses disciples non recommandables peuvent les manipuler. Les Néo-Républicains ont le profil pour croire à des "amis imaginaires" et ce n'est pas à leur honneur.

      La "Gated community" trumpienne est donc en construction à l'échelle du pays. Consolation à cela: les Mexicains ne paieront jamais pour ce nouveau mur de la honte.

      N'oublions jamais le pouvoir incroyable d'attraction que les Américains exercent sur nous, Québécois... Faudrait pas attraper le virus. Soyons donc informés, prévoyants et moins ethnocentriques.

  • Robert Roy - Inscrit 16 février 2019 09 h 53

    Le mur

    Un mur, c'est autour de la Maison Blanche, voire du bureau ovale, qu'i faudrait en ériger un.
    Du moins jusqu'en 2020!

  • Gilles Gagné - Abonné 16 février 2019 20 h 32

    Et si cela se rendait à la cour suprême..

    Et que le jugement viendrait donner raison au présdent narcissique il serait intéressant de voir la réaction des américains face aux pantins que représenteraient les juges. Il reste à espérer tout de même que la raison reprendra sa place avant que cette idiotie se dresse dans toute sa disgrâce.

  • Bernard Bujold - Inscrit 17 février 2019 08 h 32

    DONALD TRUMP EST UN GRAND PRÉSIDENT

    Certains des médias considèrent que le président Trump est le plus controversé de tous les temps, mais ce n'est pas le cas.
    Quiconque a lu l'histoire des États-Unis constate que Donald Trump est le « moins critiqué » de tous les présidents américains,
    Les Américains ont toujours eu beaucoup de guerres intérieures depuis leurs débuts en tant que pays. Il faut se rappeler que dans l’histoire américaine, des citoyens ont tué quatre de leurs présidents et ont tenté d’assassiner plusieurs autres, dont Gerald Ford et Ronald Reagan. On pourrait dire que les Américains sont des gens durs ( tough cookies) ...
    La période Donald Trump est une époque relativement normale et calme au niveau de la politique intérieure, si on compare avec le passé.
    L’histoire du Canada n’est pas plus rose et nous avons eu notre part de guerres intérieures et de batailles, dont la destruction du Parlement du Canada lorsqu’il était dans le Vieux Montréal lors du feu allumé par des manifestants anglais, mais c’est une autre histoire...
    Conclusion: À mon avis, Donald Trump entrera dans l'histoire en tant que président qui a gagné « malgré les obstacles » et l’on dira de lui que c’était un grand président!

    • Christian Roy - Abonné 17 février 2019 15 h 37

      Erreur M. Bujold, Donald Trump est le plus grand président de l'histoire américaine. Nul avant lui n'avait réalisé autant de choses en si peu de temps...

      Enfin, c'est ce qu'il vient de raconter à FOX et d'écrire sur Twitter.

      LE PLUS GRAND PRÉSIDENT, savourons ensemble ce moment de grâce !