Ma dignité vaut plus que la tienne

Ce n’est pas un hasard si le juge François Huot a décidé de placer tout au début de son jugement sur la peine du meurtrier Alexandre Bissonnette un extrait des Lettres persanes, de Montesquieu : « La justice élève sa voix mais elle a peine à se faire entendre dans le tumulte des passions. » Un préambule sage, mais douloureux à entendre pour les victimes : le processus judiciaire et la détermination de la peine ne peuvent se résumer au seul déchirement des victimes.

Le meurtrier de la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, est condamné à la prison à perpétuité et ne pourra espérer une libération conditionnelle avant ses 67 ans. Cette peine est lourde. Dans son jugement, le juge Huot ne lésine pas sur les mots pour décrire l’horreur de la funeste soirée du 29 janvier 2017, où six personnes perdirent la vie, cinq autres furent blessées gravement, et trente-cinq personnes furent l’objet de tentatives de meurtre, dont quatre enfants. Cette date, dit-il, sera à jamais inscrite dans notre mémoire en « lettres de sang ».

La tâche moralement ingrate du magistrat consistait à rendre une sentence qui reconnaisse l’horreur du crime, son caractère calculé, froid et raciste ; qui prenne en considération les souffrances incommensurables des victimes ; qui protège la sécurité du public et envoie un message de dissuasion générale. Mais elle devait aussi tenir compte, dans un esprit de proportionnalité dénué de tout ressentiment, de certains facteurs atténuants : aucun antécédent judiciaire chez l’accusé, une vulnérabilité mentale, la reconnaissance de sa culpabilité. Le tout inscrit sur le sacro-saint principe de la réhabilitation, central dans le système de droit canadien.

Pour les survivants dont la vie restera à jamais écorchée par les gestes de Bissonnette, il est intenable d’entendre parler du respect de sa dignité à lui, qui leur a tout enlevé. Mais c’est bien pourtant de cela qu’il est question, et les bases de notre système de droit commandent que la justice criminelle puisse s’écrire sans que la souffrance des victimes l’emporte sur le processus judiciaire. Dans le tumulte des passions, il est difficile de lire la justice, mais ses préceptes doivent primer la clameur populaire.

La poursuite est déçue, car elle espérait la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 150 ans, ce que le gouvernement Harper a rendu possible en 2011 en ajoutant au Code criminel la possibilité des peines cumulatives. Le juge Huot a estimé cette demande « déraisonnable » — elle est absurde en fait, car elle dépasse l’espérance de vie — et contraire aux dispositions de la Charte des droits et libertés.

Le juge n’a pas retenu la mesure traditionnelle (prison à vie et possibilité de libération après 25 ans), la jugeant insuffisante au regard de la portée du crime. Le Code criminel lui imposait de hausser la mise par blocs de 25 ans — 50, 75, 100, 125 ou 150 —, ce qui aurait mené à une peine « cruelle et inusitée » en vertu de la Charte des droits. Il donne donc partiellement raison à la défense, qui contestait la validité constitutionnelle de l’article 745.51 (peines consécutives), mais plutôt que de l’invalider, il l’a… réécrit, causant tout un émoi. Il s’est octroyé la marge de manoeuvre nécessaire pour choisir la peine la plus proportionnelle à ses yeux : 40 ans de prison ferme avant tout passage à la Commission des libérations conditionnelles, ce qui n’est pas un laissez-passer pour la liberté.

« Les juges ne font pas que dire le droit, ils l’élaborent également », écrit le juge Huot. Dans les cercles juridiques, on s’agite. Cette démarche inusitée force l’étonnement, l’admiration, l’indignation. Tiendra-t-elle ? Le risque d’appel est très élevé. On ne peut manquer d’y voir une fronde à saveur politique, car le magistrat n’est pas tendre à l’endroit de l’appareil qui a « choisi de faire preuve d’aveuglement volontaire et de poursuivre son agenda ». Si le législateur avait pris les devants et réformé les peines minimales au lieu de laisser les juges réinventer la justice criminelle, on n’en serait peut-être pas là. À assister, impuissants, à une nouvelle ère du droit où la jurisprudence s’écrira au gré des circonstances, entraînant son lot de disparités et d’incohérences.

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46 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 11 février 2019 04 h 22

    Sentence raisonnée

    Je trouve que le juge Huot a fait preuve d’un très bon jugement comte tenu de tous les éléments à prendre en considération dans cette cause hors du commun. Je lui lève mon chapeau.

    • Christiane Gervais - Inscrite 11 février 2019 08 h 03

      Je suis de votre avis. La justice, en démocratie, n'a pas pour but de donner satisfaction aux victimes, il s'agirait alors de vengeance, c'est pourquoi cette sentence sévère est à la mesure du crime commis et a été rendue avec grande sagesse.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 février 2019 09 h 07

      Vous trouvez M. Pesant? La loi ne doit pas être basée sur les sentiments et les magistrats ne peuvent pas réécrire les lois parce qu’elles ne répondent pas à leur vision personnelle d’un châtiment juste. Sinon, ce sera la tyrannie des juges qui décideront des lois et comment elles doivent être appliquées. Les juges ne sont pas élus, mais plutôt choisis à partir de nomination partisane et politique. Cela, il faudrait se le rappeler, « Post-it » oblige.

      Ceci étant dit, il n’y pas seulement Richard Bain qui n’a pas écopé d’une peine semblable, mais aussi Bruce McArthur, lui qui a reçu seulement 25 ans pour 8 meurtres prémédités, organisés et fait en toute conscience et connaissance de cause s’échelonnant sur une période de plus de 8 ans. Ici, on parle de ceux qu’on connaît puisqu’il risque d’en avoir bien plus. Non seulement il a tué ces gens, mais il a pris un vilain plaisir à les mutilés et à les dégradés d’une façon si perverse que je manque de mots pour le décrire. Et ce sera un récidiviste qui n’a montré aucun remord.

      La communauté musulmane est outrée de la peine de 40 ans de Bissonnette. Il semble y avoir une récupération politique de ce drame par les intégristes et leurs coreligionnaires. Est-ce qu’ils vont juxtaposer cette tuerie pour obtenir des passe-droits en ce qui concerne les accommodements déraisonnables dans la sphère étatique? En plus, on avait demandé une journée d’islamophobie tatouant au même passage, tous les Québécois de racisme. Avant, c’était une enquête sur la discrimination systémique. Il faudrait noter aussi que les dépouilles des victimes de Bissonnette, sauf une, ont été rapatriées dans leurs pays d’origine.

      C’est la loi du Talion qui doit primer? Dans ce pays, nous avons nos valeurs qui incluent le pardon et le repentir conjugués avec la réhabilitation. Comment réconcilier les valeurs tribales d’une société étrangère avec les nôtres? Est-ce que la vie d’un musulman est plus importante que celle d’un homosexuel?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 février 2019 11 h 20

      Monsieur Dionne, facile : s'il est des nôtres, sa vie vaut tout autant. S'il est musulman, cela dépend. Évidemment, j'ironise. Mais mettons-les tous encore une fois dans le même sac avec nos invectives : « La communauté musulmane est outrée de la peine de 40 ans de Bissonnette. » Pourquoi rater une occasion, n'est-ce pas...

      Il y avait des proches des victimes, vendredi. Elles ont exprimé leur déception. Il m'apparaît plutôt odieux de parler de récupération par des intégristes, ici. S'il n'avait pas fallu tenir compte des souffrances que ces personnes éprouvent encore, j'aurais trouvé leur protestation pour le moins indélicate... mais pas davantage ni pour d'autres raisons que s'il s'était agi de n'importe quel meurtre. Tant que le jugement n'était pas rendu, il y avait dans l'air un mince espoir que la justice serait rendue et qu'il y aurait là un réel réconfort. De réconfort, il n'y a pas. N'aurait pu y avoir. Les victimes savent désormais qu'il n'y en aura pas, même si un appel augmentait la sentence. On ne peut rien contre le malheur. Mais on peut continuer à y ajouter en manifestant aussi peu de compassion...

    • Cyril Dionne - Abonné 11 février 2019 12 h 22

      Cher M. Desjardins,

      Mais où était votre compassion pour les victimes lors de l’attentat terroriste de Richard Bain? Si son arme ne s’était pas enrayée, il y aurait eu encore plus de victimes. Et que dire de Bruce McArthur? Votre « facile : s'il est des nôtres, sa vie vaut tout autant. S'il est musulman, cela dépend. » est une insulte à la communauté LGBTQ2+. Et pourtant, M. McArthur n’a reçu que 25 ans, lui un récidiviste de longue date qui continuerait dans le même chemin si libéré. Mais de cela, vous l’occultez comme islamo-gauchiste parce que les seules victimes doivent venir d’une communauté à caractère religieux qui rejette justement les membres de la communauté gaie. Pensez-vous que la chef de Québec solidaire, Manon Massé, qui fait partie de la communauté LGBTQ2+, serait la bienvenue dans la mosquée de Québec au même endroit où sont les hommes? Pas besoin d’y répondre, c’était une question rhétorique, misogynie et homophobie obligent.

      Donc, en suivant votre raisonnement tout comme celui du juge dans cette affaire, l’origine ethnoculturelle de la victime est plus importante que la vie des autres, surtout ceux qui ont été ostracisés de la société depuis belle lurette et qui le sont encore. On pourrait aussi inclure les autochtones dans cette équation.

      « Tant que le jugement n'était pas rendu, il y avait dans l'air un mince espoir que la justice serait rendue et qu'il y aurait là un réel réconfort. » Vraiment? Vous préférez certainement la loi du Talion. Une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans est la peine la plus sévère jamais émise au Québec. En fait, elle sera invalidité puisqu’elle est anticonstitutionnelle selon vos chères chartes que vous évoquez presque tout le temps. Le juge « Post-it » s’est permis de réécrire la loi. Un faux pas en jurisprudence. Et où fini la loi commence la tyrannie des juges.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 février 2019 16 h 48

      Il n'y a de juge post-it, monsieur Dionne. Les juges sont nommés par le comité de sélection prévu à l'article 16 du « Règlement sur la procédure de sélection des candidats à la fonction de juge de la Cour du Québec, de juge d’une cour municipale et de juge de paix magistrat » qui dispose des candidatures en leur appliquant les critères prévus à l'article 25 de ce règlement.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 février 2019 17 h 28

      De grâce M. Desjardins, ne rajouter l'insulte à l'injure. Tous les juges au Canada sont nommés par des raisons politiques, nul besoin d'être élu dans notre monarchie constitutionnelle. J'en connais un personnellement. Et SVP, la sélection des juges de paix est une insulte à l'intelligence.

    • André Joyal - Inscrit 11 février 2019 18 h 02

      Cher RMD, n'insistez pas vous vous vous enlisez. Je vous invite à lire le texte de ce sage algérien qui a su trouver, aujourd'hui dans ces pages, le ton juste. C'est curieux que, contrairement à vos habitudes, vous brillez par votre absence parmi les commentaires.Vous aurait-il rendu mal à votre aise?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 février 2019 22 h 40

      Ah ! Monsieur Dionne connaît des juges... argument décisif. Pour avancer que les juges sont des nominations politiques, il faut vraiment soit y mettre de la mauvaise foi, soit de l'ignorance. Je pencherais pour l'ignorance. La seule utilisation de l'expression « juge de paix » est déjà un indice. Il ne se donnera peut-être pas la peine lever lui-même la confusion, pas plus qu'il semble avoir trouvé utile de jeter un coup d'oeil aux documents que j'indiquais. Quand ton idée est faite, est faite.

      Monsieur Joyal, je vois que vous résistez mal, encore une fois, à l'envie de m'enjoindre de me taire. C'est comme ça, les grands chantres de la liberté d'expression. Ils sont toujours prêts à la défendre contre ceux qui l'utilisent mal en prétendant leur donner de sages conseils dont on a rien à cirer merci.

  • Michel Lebel - Abonné 11 février 2019 06 h 11

    ''Des peines cruelles et inusitées''


    Il faut bien constater que le juge Huot a critiqué, remis en cause, et annulé de fait, un article du Code criminel adopté par le Parlement sous le gouvernement Harper. Même si je ne partage pas le principe des peines consécutives, il demeure que c'est ce que le Parlement avait décidé. Et à ce que je sache, c'est toujours celui-ci qui fait les lois et non le pouvoir judiciaire! Le juge Huot me semble donc avoir outrepassé ses pouvoirs.
    La question essentielle toutefois demeure, et celle-ci devra sans doute être tranchée en appel: les peines consécutives de bloc de 25 ans peuvent-elles être considérées comme ''cruelles et inusitées'' et donc jugées comme contraires à l'article 12 de la Charte canadienne des droits et libertés. Je le crois. La prison à vie, avec possibilité toutefois de libération après 25 ans, me semble la peine maximale qui devrait être imposable au Canada, passant le test de l'article 12.

    M.L.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 février 2019 07 h 49

      Un juge qui agit de manière à faire tester la constituionnalité d'une loi n'outrepasse pas ses pouvoirs.

    • Michel Lebel - Abonné 11 février 2019 08 h 40

      @ Richard Maltais Desjardins

      Il demeure que le juge Huot a sorti ce 40 ans de peine de son chapeau! À ce que je sache, la peine de 40 ans n'est pas prévu au Code criminel. La façon de faire du juge va l'encontre de la lettre et de l'esprit de la modification à ce code apporté par le ''Parlement Harper'', dûment élu... pour le meilleur et le pire.

      M.L.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 février 2019 10 h 19

      Un parlement élu pour le meilleur ou pour le pire n'a pas le pouvoir de contraindre les juges à appliquer aveuglément les lois sans égard à leur constitutionnalité. Il n'y a aucun doute que la question devra maintenant être examinée par la cour suprême, pour le meilleur et pour le meilleur, pour autant qu'on croie comme vous à la préséance du droit sauf là où il y aurait urgence réelle d'aller à l'encontre de la charte (article 1).

    • Raymond Labelle - Abonné 11 février 2019 13 h 00

      M. Lebel signifie, je crois, en d'autres mots, ce qui suit:

      De deux choses l'une

      - ou bien la disposition de la loi Harper qui prévoit des peines cumulatives est anticonstitutionnelle - auquel cas elle n'est pas valide et la sentence maximale est de 25 ans;

      - ou bien elle est valide, auquel cas, il est impossible selon le libellé de la loi, lorsqu'il y a plus d'un meurtre qualifié (prémédité), de condamner à moins de 50 ans (2 x 25) ferme.

      Un juge peut invalider une loi s'il y a un motif constitutionnel valide pour ce faire, mais pas la réécrire. Très souvent les juges (entre autres de la Cour suprême), lorsqu'elles ou ils invalident une loi pour motif constitutionnel, soufflent subtilement dans leurs jugements ce qui pourrait être modifié dans la loi invalidée pour qu'elle soit acceptée si jamais le législateur voulait la réécrire.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 février 2019 13 h 02

      Petit rappel: la libération conditionnelle après 25 ans n'est pas automatique. Elle peut être refusée (comme c'est arrivé dans le cas de Bernardo).

    • Raymond Labelle - Abonné 11 février 2019 13 h 21

      Merci à Mme King qui, ci-dessous, a été chercher la disposition applicable - qui se lit ainsi:

      "Délai préalable à la libération conditionnelle — meurtres multiples
      745.51 (1) Au moment de prononcer la peine conformément à l’article 745, le juge qui préside le procès du délinquant qui est déclaré coupable de meurtre et qui a été déclaré coupable d’un ou plusieurs autres meurtres — ou en cas d’empêchement, tout juge du même tribunal — peut, compte tenu du caractère du délinquant, de la nature de l’infraction et des circonstances entourant sa perpétration ainsi que de toute recommandation formulée en vertu de l’article 745.21, ordonner que les périodes d’inadmissibilité à la libération conditionnelle pour chaque condamnation pour meurtre soient purgées consécutivement."

      Donc, s'il y a plusieurs meurtres prémédités et que le juge choisit des sentences consécutives, ces sentences doivent nécessairement être un multiple de 25, la peine minimale avant d'être éligible à la libération conditionnelle.

      Mais le juge n'est pas obligé d'imposer des peines consécutives, il PEUT le faire. Mais on peut se demander si d'offrir cette option au juge est constitutionnel, menant à une peine "cruelle et inusitée". Encore une fois, rappelons que la libération conditionnelle n'est pas automatique après 25 ans - on examine alors si c'est une bonne idée à ce moment-là.

    • Michel Lebel - Abonné 11 février 2019 16 h 12

      @ Raymond Labelle,

      Vous résumez bien mon opinion. J'estime que le juge Huot a erré en droit. Il n'avait pas le pouvoir légal de sentencer Alexandre Bissonnette pour une peine de 40 ans, ce pouvoir étant inexistant dans le Code criminel.Si ce juge arrivait à la conclusion que l'article 745.51(1) était inconstitutionnel, car autorisant des ''peines cruelles et inusitées''contraires à la Charte des droits et libertés, il devait se limiter à condamner A. Bissonnette à la prison à vie avec possibilté de libération après 25 ans (art.745 Code criminel), soit la peine de base.

      M.L.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 février 2019 20 h 46

      Je suis content de ne pas avoir déformé votre pensée M. Lebel, et je vous remercie de le confirmer.

  • Gaston Bourdages - Abonné 11 février 2019 06 h 28

    « Ma dignité vaut plus que la tienne....»

    Pesant que votre titre madame Chouinard. De quel droit puis-je prétendre que ma dignité vaut plus que la vôtre à partir des mots coiffant votre chronique ? Ne possédant de compétences et de connaissances pour commenter sur l'ensemble de votre article, je m'en tiendrai au mot « dignité »
    Si nous commencions par définir ce qu'est la dignité. « Mon ami » Aristide Quillet en écrit ceci « Se dit pour marquer la noblesse, l'élévation, le respect de soi-même, dans les sentiments, les actions, les manières » Vaste monde que celui de la dignité humaine. La dignité contemporaine...bafouée, égratignée, parfois lacérée. Pourquoi ? Au nom de quoi ?
    Peut-on se surprendre qu'il en soit et est ainsi alors qu'il y a érosion des valeurs ?
    Je conclus en me référant au drame de la Mosquée. Nombre de dignités ont été bafouées. Celle des victimes directes au départ puis celle des indirectes. Que dire aussi de la dignité de l'auteur ?
    La réhabilitation de toutes ces dignités est possible. C'est un libre choix autant individuel que collectif. Le pardon pouvant même en être une voie ( voix ) pour y arriver.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Louise Collette - Abonnée 11 février 2019 07 h 27

    Peine

    Pour ma part, je trouve que 40 ans en prison est une peine exemplaire.
    Le juge n'a pas manqué de jugement.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 février 2019 16 h 50

      Une peine exemplaire Mme Colette? Pourquoi 40 ans à M. Bissonnette et 25 ans seulement à M. Bain ou bien M. McArthur?

      Est-ce que la vie des musulmans est plus importante de celle des homosexuels ou bien des francophones? C'est ce que ce verdict anticonstitutionnel indique. Le juge a certainement manqué de jugement et est allé contre la loi proscrite. Les juges ne font pas les lois, ils les appliquent.

      En passant, les 8 crimes connus et sordides de M. McArthur dépassent de loin ceux de M. Bissonnette. Il a séquestré, violé, humilié, mutilé, dégradé et finalement tué ses victimes en les dépeçant dans un rituel qui dépasse l’entendement sur une période 8 ans. M. Bissonnette lui, éprit de remords, a appelé la police 15 minutes après la tuerie pour avouer ses crimes. Disons que celui-ci souffrait de trouble de personnalité limite, un fait qui n’a pas été pris en justesse de cause lors de la sentence de ce juge. Oui la justice est aveugle, mais elle n'a pas besoin d'être idiote et pleine de préjugés.

  • Samuel Prévert - Inscrit 11 février 2019 07 h 32

    Mes points d'interrogation

    Je ne comprends pas pourquoi Richard Henry Bain, qui voulait commettre un carnage auprès d'indépendantistes québécois, dont la cheffe de l'État, n'a pas écopé d'une même sentence ni le tueur en série canadien qui a fait plusieurs victimes homosexuelles.

    Je ne comprends pas pourquoi le juge n'a pris en compte le fait que Bissonnette souffrait de dépression. Avant d'être un meurtrier, ce jeune homme est avant tout gravement malade.

    En France, après les attentats de novembre 2015, nous entendions dire : Vous n'aurez pas ma haine...

    • Pierre Fortin - Abonné 11 février 2019 11 h 17

      Monsieur Prévert,

      Vous n'êtes sûrement pas seul à vous interroger sur ce que doit être la justice dans cette affaire. Comme il n'y a pas eu de procès qui nous aurait permis de comprendre dans quel état d'esprit a agi Alexandre Bissonnette, seul son crime et ses conséquences sur les victimes semblent avoir été pris en considération de manière claire et nette.

      Pourtant, l'appel d'Alexandre Bissonnette à la police 15 minutes après son geste et sa conversation avec le préposé du service 911 ne concordent pas avec la thèse d'un crime prémédité et exécuté en toute lucidité. Il est plus que troublant de ne pas en savoir plus sur la condition mentale de l'accusé au momment des faits.

      Il ne peut y avoir de justice sans apparence de justice, encore moins quand on ne dispose pas de tous les éléments permettant de reconstituer la vérité et toute la vérité. Or un procès bien mené nous aurait permis de peser le pour et le contre avec plus de réalisme et de circonspection. Dans cette situation, il est difficile de décréter une sentence, juste peut-être — ce que je crois —, mais qui ne fera jamais l'unanimité.

      À ceux qui se désolent que la peine imposée ne compense pas les crimes commis, on peut leur suggérer de retourner leur lorgnette et de considérer à quel point elle pèsera sur la vie d'Alexandre Bissonnette qui ne peut espérer sortir à l'air libre avant ses 67 ans ... peut-être.

      La sentence du juge Huot est empreinte de dignité.

    • Lise Bélanger - Abonnée 11 février 2019 12 h 35

      Sans considérer l'état du droit dans ce jugement, il y a un message troublant que nous livre la justice: une peine conventionnelle pour M. Bain et M. Mc Arthur et une peine exemplaire pour M. Bissonnette.

      La francophobie de M. Bain, dont l'arsenal était voué à détruire des centaines de personnes et s'attaquait ouvertement à la première ministre du Québec représentant le peuple québécois, ou l'homophobie de M. McArthur tuant huit personnes par torture et crimes odieux, semblent moins menaçants que l'islamophobie personnelle de M. Bissonnette aux yeux de la justice. M. Bain proférait des menaces depuis moultes années à l'encontre des québécois et s'y préparait sérieusement. Et, d'une certaine façon, on peut dire que les médias anglophones n'ont pas répudié le geste de M. Bain, en autre par leur silence et retenu. Les meurtres odieux de M. McArthur se sont déroulés sur plusieurs années.

      Le jugement contre M. Bain a été de meurtre non prémédité ....... 25 ans de prison. Même sentance pour McArthur.

      La fragilité de M. Bissonnette, sa possibilité de réhabilitation, le peu de possibilité de récidive comparé à celles de M. Bain ou McArthur font que le jugement contre M. Bissonnette est exemplaire, plus politique que dissuasif et réhabilitant et ce afin de ne pas attiser la colère, la demande de vengeance des victimes collatérales principalement. Un jugement punitif, pourquoi? Pour dissuader la prétendue dangerosité islamophobique du peuple québécois qui a pourtant bien exprimé sa tristesse et compassion face à cet attentat? C'est bien gênant.

      N'y a-t-il déjà pas une fragilisation de notre système judiciare, de la démocratie.

      Avec regret, le peuple québécois prend conscience aujourd'hui qu'une peine même exemplaire et exhorbitante ne pourra satisfaire une communauté avide d'imposer sa propre justice. Mettre le couvercle sur la marmitte n'évite que bien temporairement le déversement.
      .

    • Jacques de Guise - Abonné 11 février 2019 17 h 14

      À Mme Lise Bélanger,

      Tellement bien dit.

      240 quelques pages, paraît-il, pour s'enfarger ainsi dans les fleurs du tapis. Faut le faire!!!

      Peut-être que ce béotien raciste de québécois n'est pas aussi responsable de la déliquescence sociale (dont on essaie par tous les moyens de le rendre responsable) et que d'autres, au dessus de tout soupçon, comme des institutions judiciaires, médiatiques, étatiques, auraient intérêt à se regarder dans le miroir, pour mesurer leur tellement précieuse contribution ..........à la fragilisation de notre démocratie et à la confiscation de l'emprise citoyenne sur la vie de sa Cité.

    • Pierre Fortin - Abonné 11 février 2019 18 h 13

      Ouf !

      Madame Bélanger, votre observation est très troublante, d'autant plus qu'elle est difficilement constestable.

      Il faut partager votre texe.