Isabelle Charest et le hidjab: retour de la controverse

À sa première sortie, la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a buté contre la question du hidjab alors même que le gouvernement Legault s’apprête à déposer un projet de loi sur la laïcité qui interdit aux employés de l’État en position d’autorité de porter des signes religieux.

Les « valeurs religieuses » portées par le hidjab ne correspondent pas à ses valeurs, a indiqué, mardi, la ministre après qu’un journaliste lui eut demandé de livrer son « opinion personnelle » sur le sujet. Les femmes ne devraient pas porter ce voile, a-t-elle poursuivi maladroitement, parce qu’il est synonyme d’« oppression ».

Or une ministre n’a pas à livrer son opinion personnelle, car son opinion, c’est celle de la ministre. Elle était manifestement mal préparée.

Même dans un État rigoureusement laïc, la liberté de pratiquer et d’afficher sa religion est garantie. Des femmes choisissent librement de porter le voile et on ne peut présumer qu’elles sont opprimées. Rectifiant le tir, mercredi, la ministre a dit qu’elle respectait leur choix.

En affirmant que le hidjab est un instrument d’oppression des femmes, Isabelle Charest n’a cependant rien dit de bien original. De fait, dans plusieurs avis et mémoires, le Conseil du statut de la femme (CSF) ne dit pas autre chose. « Le voile est un symbole de l’intégrisme musulman même si, en Occident, il n’est pas nécessairement l’expression d’une foi religieuse comme telle, car il “marque […] surtout [pour les femmes qui le portent] leur résistance à l’Occident, leur donne un pouvoir politique, exprime leurs difficultés d’intégration et aussi la peur d’être exclue du cercle familial […]” », écrivait le CSF. En outre, toutes les grandes religions monothéistes ont une vision « infériorisante » de la femme et légitiment les inégalités entre les sexes, estime l’organisme.

Il faut dire que la question du voile divise profondément les féministes. Plusieurs d’entre elles, notamment à la Fédération des femmes du Québec, s’opposent, au nom de la diversité, du multiculturalisme et des droits des musulmanes, à toute interdiction visant les signes religieux.

Certes, Isabelle Charest a bien des croûtes à manger. Mais au moins, la nouvelle ministre de la Condition féminine, contrairement à ses prédecesseures libérales, Stéphanie Vallée et Lise Thériault, n’a aucune honte à se dire féministe. La triple médaillée olympique, qui a fait son chemin dans un monde dominé par les hommes, a-t-elle précisé, prend à coeur l’égalité entre les sexes, mais il lui faudra faire preuve de nuances.

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54 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 7 février 2019 04 h 00

    «On veut du bonbon, par des «bonnets de curé»!

    On veut un «éditorial». Misère!

    JHS Baril

    • Cyril Dionne - Abonné 7 février 2019 09 h 11

      Bien d'accord avec vous Mme Nobert. Les « valeurs religieuses », qu'est-ce que ça mange en hiver? Les certitudes, les dogmes et doctrines que nous ne pouvons pas débattre n’ont pas leur place dans notre société. On veut nous imposer des valeurs archaïques qui ont semé misère et désolation partout où elles prirent pied parce que notre monarchie constitutionnelle commence avec le préambule que le Canada a été créé par un ami imaginaire (dieu). Pardieu, pas chez nous dans notre république en devenir.

      Les éditoriaux du Devoir deviennent de plus en plus islamo-gauchiste. Isabelle Charest a raison. L’égalité homme/femme n’est pas seulement un concept nébuleux, mais bien une réalité que les femmes veulent vivre au quotidien. Et cela dépasse la parité homme/femme à l’Assemblée puisqu’il s’agit de protéger les droits inaliénables de celles qui sont les plus démunies en société.

    • Ghisline Larose - Abonnée 8 février 2019 00 h 42

      Est-ce vraiment un choix?

      Si c'est vraiment un choix comme plusieurs le prétendent , Quelqu'un se pose la question à savoir pourquoi ce sont les femmes qui le portent?
      Pourquoi donc les hommes ne font-ils jamais ce *choix*?
      Et pourquoi donc de très petites filles le portent, mais jamais leur petit frère?

  • Nadia Alexan - Abonnée 7 février 2019 04 h 58

    Le hijab est un symbole politique d'un prosélytisme éhonté.

    La ministre, Isabelle Charest, a certainement raison d'appeler un chat, un chat. Effectivement, ce voile exprime l'infériorité et l'oppression de la femme par un symbole politique qui n'a rien à faire avec la religion. C'est le porte-étendard de l'islam politique, intégriste et totalitaire. C'est l'instrument, par excellence, d'un prosélytisme envahissant et éhonté.
    Voici ce que l'islamologue, Soheib Bencheikh, l’ancien mufti de Marseille avaient à dire sur cette question épineuse: «Bien sûr, il faut accorder les libertés à tout le monde, notamment s’il s’agit de la liberté de conscience. Mais est-ce que le voile, la burqa, le niqab est un problème de conscience et de spiritualité ? Ne s’agit-il pas plutôt de l’étendard avant-gardiste d’une idéologie conquérante qui utilise les libertés offertes en Occident — laïcité, liberté religieuse, etc. — comme un cheval de Troie pour s’imposer peu à peu ? » https://www.ledevoir.com/politique/canada/483568/islam-la-modernite-ou-la-marginalite

    • Serge Lamarche - Abonné 7 février 2019 15 h 47

      Que pensez-vous des turbans de Sikh?

  • Yvon Montoya - Inscrit 7 février 2019 06 h 19

    C’est compliqué ce problème fondamentalement issu de la France avec son histoire politique qu’est la laïcité. Le rêve américain tant désiré par Charlie Chaplin et autres millions d’immigrants est parti en fumée. Tocqueville se retourne dans sa tombe. Cette affaire fera souffrir la communauté arabe-musulmans non seulement elle mais les humanistes se disant qu’on se trompe de cibles. Rien n’y fera parce que les snipers seront là pour tirer sur cette cible avec moult commentaires. Il est toujours fascinant même si cela fait terriblement peur que la haine reste le sentiment le plus facilement partageable. C’est le cas de le dire mais l’Occident patrie des Lumières a perdu la raison.

    • Louise Melançon - Abonnée 7 février 2019 09 h 01

      Il ne s’agit pas de haine, il s’agit d’un pouvoir politique qui veut s’imposer par l’intermédiaire de la religion, et d’une religion intégriste qui opprime les femmes. Les féministes qui ne dénoncent pas cela, au nom de la liberté individuelle, ralentissent pour le moins... l’avancée des femmes. Affirmer cela, ce n’est pas de la haine, ce n’est pas de l’islamophobie.

    • Serge Lamarche - Abonné 7 février 2019 15 h 48

      Un mot: turban.

  • Françoise Labelle - Abonnée 7 février 2019 06 h 20

    Débat à côté de la question

    «Même dans un État rigoureusement laïc, la liberté de pratiquer et d’afficher sa religion est garantie. »
    Mais certainement pas au service de l'État, ce qui inclut l'école. Par respect pour le citoyen, parce que cet «affichage» selon vos termes, c'est de la pub. Ailleurs, vous avez le droit de faire la promotion de votre cause.

    La clause Bouchard «en position d'autorité» est absurde. Je pense que Taylor l'a constaté et s'en est dissocié. Tout fonctionnaire traitant votre dossier est en position d'autorité.

    Qu'est-ce qu'une religion, au fait? Si c'est une spiritualité, pourquoi ce fétichisme matériel? On s'apprête encore une fois à donner des droits à une entité non définie. La sciento, le Pont de vie de Prévost, ce sont des religions? On flotte dans l'éther. Voir «Ces groupes religieux qui ne paient ni taxes ni impôts», Src, janvier 2017.

  • Eric Ricard - Abonné 7 février 2019 06 h 51

    Liberté de paroles

    Je crois que Mme Charest a le droit d'exprimer ses opinions personnelles. Tenter de museler la ministre est honteux. Le débat est toujours sain et souvent fait progresser les réflexions.

    Ceux qui prétendent porter des signes religieux volontairement, devraient donc être capable de l'enlever volontairement. Un enseignant ou une enseignante qui porte des signes religieux en présences d'élèves fait du prosélytisme. L'affichage est du prosélytisme. Donc, les enseignants qui refusent volontairement de retirer leurs signes religieux en présence d'élèves, font du prosélytisme volontairement et en toute connaissance de cause. Le débat il est sur cette question, pas à savoir si une ministre a le droit d'exprimer ses opinions.

    • Louise Melançon - Abonnée 7 février 2019 09 h 07

      Je suis d’accord avec vous... La ministre de la condition féminine est là pour dénoncer ce qui promeut ou encourage un pouvoir sur les femmes au détriment de leur liberté, de leur émancipation... Les femmes musulmanes qui portent un voile comme un étendard ne peuvent se prétendre féministes.

    • Serge Lamarche - Abonné 7 février 2019 15 h 55

      Si elles portent le voile comme sur la tête alors? C'est bon.
      Les sikh portent un turban.
      Les papes portent un mitre.
      Les cowboys portent un ten-gallons.
      Les québécois pure laine portent une tuque.
      Chapeau au sujet du chapeau. Une discussion qui se rapproche du nombre d'anges capables de danser sur une aiguille.