Un échec regrettable

Téo Taxi met fin à ses activités, sans pour autant déclarer faillite puisque la société mère Taxelco tient à conserver une partie des actifs. Ainsi, l’application cellulaire reste fonctionnelle et renvoie désormais à ses deux enseignes plus traditionnelles, Hochelaga et Diamond.

En trois années d’existence, Téo n’a jamais fait ses frais. Ce qui ne surprend pas quand on tente de faire sa place dans une industrie aussi mature que celle du taxi, prisonnière d’un carcan réglementaire d’un autre siècle et assiégée par la concurrence d’Uber, mais aussi de Car2go et de Communauto.

Fort de ses succès antérieurs en affaires, le fondateur, Alexandre Taillefer, était parvenu à convaincre des investisseurs publics et semi-publics comme le Fonds de solidarité que l’aventure méritait sa chance. Il avait raison sur bien des aspects : voitures électriques silencieuses et bien entretenues, chauffeurs courtois, application moderne pour mobiles, tarifs équivalents au taxi traditionnel… le projet répondait à un nombre suffisant de critères esthétiques, éthiques et pratiques pour prétendre au titre de solution de remplacement au taxi traditionnel autant qu’à Uber et ses chauffeurs amateurs.

Ce ne fut malheureusement pas assez à cause d’autres facteurs : des voitures trop coûteuses à l’achat ou trop peu autonomes, un nombre de véhicules et de chauffeurs insuffisants aux heures de forte demande et un temps d’attente excessif, des coûts de fonctionnement trop élevés dans les temps morts et des revenus horaires moyens trop bas au bout de la semaine… Autant d’obstacles qu’on avait sous-estimés au départ.

Le taxi est un service dont la demande se concentre à certaines heures du jour et de la semaine. Celui qui pourrait répondre à tous les appels en moins de cinq minutes aux heures de pointe aurait un énorme succès. Ce qui n’était visiblement pas le cas de Téo, dont les voitures étaient vides 70 % du temps et trop lentes à répondre le reste du temps. Il y a bien la Société québécoise du cannabis qui se permet de payer son personnel même en étant fermée trois jours sur sept, mais c’est une autre histoire…

 
 

Depuis hier circule l’analyse que les actionnaires partenaires dans cette aventure, la Caisse de dépôt, le Fonds de solidarité, Investissement Québec et quelques ministères, ont jeté l’éponge trop tôt ; qu’ils auraient dû suivre le plan de match de ce projet expérimental prévu pour exiger 250 millions de dollars d’investissements alors qu’on en était à 60 millions.

Va pour l’audace et l’expérimentation. Encore faut-il qu’un réel espoir de rentabilité pointe à l’horizon, ce qui n’était pas le cas. On aurait doublé le nombre de véhicules et de chauffeurs que les revenus à l’heure n’auraient quand même pas augmenté suffisamment pour atteindre la rentabilité.

Rappelons que Québec a aussi consacré 250 millions à l’industrie du taxi pour compenser la perte de valeur des permis détenus par les propriétaires depuis l’arrivée d’Uber. Un geste essentiellement politique qui n’a pas suffi pour réduire le nombre de permis en circulation. Quant à Uber, son service est plus populaire que jamais, surtout auprès des jeunes friands de nouveauté et d’efficacité à bon prix.

Quant à carrément interdire Uber comme l’industrie et la gauche le demandent encore, il est trop tard. De toute façon, ce n’est pas aux gouvernements de faire le tri parmi toutes les nouveautés qui se présentent dans une économie. À ce compte-là, il aurait aussi fallu interdire la vente en ligne pour protéger les centres commerciaux, empêcher l’arrivée de Wal-Mart pour aider Metro et interdire le cellulaire pour soutenir le téléphone filaire.

En revanche, c’est à l’État qu’il revient d’assurer une réglementation équitable pour tous, ce que les libéraux ont tardé à faire dans le cas d’Uber. Plusieurs grandes villes dans le monde où cette multinationale est implantée, comme New York, constatent aujourd’hui une augmentation de la congestion contrairement à la promesse initiale d’Uber.

Il faut donc intervenir à la fois sur l’offre de service de taxi en assouplissant la réglementation et en autorisant la tarification variable. Mais il faut aussi s’assurer que tous les acteurs sont soumis aux mêmes exigences et paient les mêmes taxes et impôts. Et si l’objectif est aussi de réduire le nombre de voitures au centre-ville, le meilleur moyen consiste encore à réduire la demande en augmentant les tarifs par une taxe spéciale comme dans l’industrie hôtelière, ou, mieux, en imposant un péage pour tous les véhicules qui circulent au centre-ville. Mais restons calmes, cela ne se produira pas !
 

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26 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 30 janvier 2019 01 h 19

    C'est la socialisation des pertes et la privatisation des profits!

    Je suis outrée par toutes ses entreprises privées qui profitent de la largesse de l'état en matière de subventions en millions, sans-gêne, et puis elles ferment leurs portes comme si rien n'y était.
    Il ne fallait pas laisser rentrer la compagnie Uber chez nous. Cette multinationale, sans conscience, qui ne paye pas sa juste part d'impôts.
    À quand une loi qui va réglementer toutes ces multinationales qui se comporte avec arrogance en se pensant au-dessus de nos lois?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 30 janvier 2019 13 h 22

      @ NA et si...chacun ou chacune d'entre nous...se relisait avant d'envoyer un commentaire au Devoir.
      Bien sûr...que ça enlève une part de spontanéité...mais la langue française, notre langue, mérite beaucoup mieux.
      J'ai choisi votre commentaire... tout en sachant que plusieurs d'entre nous vous lisent quotidiennement. Donc,
      je fais d'une pierre (caillou)...deux coups ...ou plus.

      exemples: "ses" entreprises privées... qui se "comporte"avec arrogance...

    • André Joyal - Abonné 30 janvier 2019 17 h 37

      @Sévigny: vous devriez savoir que Mme Alexan est d'origine égyptienne (copte).Le français n'est pas, beaucoup s'en faudrait, sa langue d'usage habituel. Alors, il faut appprécier ses efforts et tolérer les fautes que vous signalez.

    • Nadia Alexan - Abonnée 30 janvier 2019 23 h 55

      Vous avez raison, madame Sévigny. Il fallait que je fasse attention à mon orthographe. Mon éducation était en anglais. J'ai fait un effort monumental pour pouvoir écrire en français. Et comme vous, je suis outrée quand je lis un commentaire plein de fautes en anglais.

  • Serge Pelletier - Abonné 30 janvier 2019 04 h 53

    Coûts minimes. Hé oui!

    Est-ce que les 60 millions ont été engloutis en pure perte. Est-ce réellement 60 millions. Il faudrait de cette "perte" déduire les salaires versés, les coûts d'achats des divers équipement et les diverses factures d'électricité, les coûts de location des locaux, etc.
    Pire, comme il s'agit de salaires horaires, les employés ont droit aux prestations de chômage (environ 55% des 600$/semaine - 40hx15$ pour la majorité d'entre-eux).

    Effectivement cela était d'un grand risque. Mais 60 millions sur trois ans, ce n'est pas "la mer à boire". Bon cela n'a pas fonctionné. C'est dommage. Les autos étaient propres, les chauffeurs polis, etc. Cela faisait différent avec certaines pratiques dans le taxi.

    De plus, jamais il fut question de spécilisation comme il s'est produit dans l'achat et revente des "pockets" comme dans l'industrie classique du taxi. Spéculations que le GV-Q a récompensé par un dédommage de plus de 250 millions de $ aux spéculateurs brailleurs qui ne veulent aucune concurrence... Démommagements qui étaient sensé faire quoi déjà, et qui n'a rien fait de concret sauf enrichir certains spéculateurs. Pire, ces 250$ millions n'ont eu aucune impact sur l'économie du travail - ce qui est tout le contraire de l'Affaire Téo Taxi.

    Passons, ici, les histoires d'horreurs des cadeaux politiques aux uns et aux autres... Cimenterie dysfonctionnelle, les moulins à vent qui ne servent à rien sauf à nous faire gonfler les factures d'H-Q, l'Affaire Gaspésia, l'Affaire CGI, l'Affaire SNC-Lavelin, les sociétés péri-gouvernementales qui sont des dortoirs pour amis et petits amis des amis (Recyc-Québec en est un exemple frappant - tout comme le Fond Vert).

    Conséquemment, un petit 60 millions sur trois ans pour avoir donner du travail généralement attribué à des petits travailleurs, ce n'est si scandaleux que cela...

    • Denis Marseille - Inscrit 30 janvier 2019 07 h 42

      Votre commentaire est truffé d'imprécision! 15$ @ 40 heures-semaine sur 50 semaines fait un revenu de 30000$. Le taux d'imposition à 30000$ n'est pas de 55%. Désolé.

    • Danielle Houle - Abonnée 30 janvier 2019 09 h 31

      Monsieur Pelletier,
      Faisons un petit calcul de maths: 60 millions divisé par 450 chauffeurs, divisé par trois ans. La réponse: 45,000$ par année par chauffeur. Alors qu'en réalité les chauffeurs gagnaient 40 heures X $15 par semaine ce qui égale environ $30,000. On aurait été aussi bien de leur donner directement ce $60 millions aux "petits travailleurs" plutôt que de remplir les goussets de Taillefer et des banques prêteuses.

      Louis Hone

    • Denis Carrier - Abonné 30 janvier 2019 11 h 29

      Vous avez raison, surtout lorsque l'on considère les milliards disparus, Dieu sait où, du Fonds vert sous les libéraux.

    • Serge Lamarche - Abonné 30 janvier 2019 20 h 16

      Voilà de bons arguments en faveur du bien-être social.

  • Denis Marseille - Inscrit 30 janvier 2019 05 h 36

    Bof, the magic dragon...

    Peut-être aurait-il du se concentrer sur son entreprise au lieu de présider la campagne du PLQ... Deux faillites en moins de quatre mois! Le dragon bat de l'aile... Ira-t-il brailler à TLMP en concluant avec «Bye», cette fois...

  • Benoit Léger - Abonné 30 janvier 2019 06 h 08

    Grande inquiétude

    Les analystes de la Caisse de dépôt qui ont jugé viable le modèle d'affaire de Téo taxi sont-ils les mêmes que ceux du REM?

    • Serge Pelletier - Abonné 30 janvier 2019 11 h 38

      OUI, même gang. Exactement la même gang.

    • Nadia Alexan - Abonnée 30 janvier 2019 13 h 15

      Bravo. Une très bonne question, monsieur Benoit Léger!

    • Bernard Terreault - Abonné 30 janvier 2019 13 h 25

      Sâpré bonne remarque !

  • Bernard Terreault - Abonné 30 janvier 2019 07 h 53

    Plus généralement

    Je suis bien sceptique quand l'État intervient dans l'économie pour favoriser tel entrepreneur au dépens des autres. Combien de fonds publics, de nos taxes et impôts, ont été gaspillés? Je veux payer des impôts! Mais que ça serve à l'éducation, à la santé, à la voirie, aux CPE, aux handicapés physiques et mentaux, et même à l'aide internationale aux plus mal pris, mais pas à des entrepreneurs beaux parleurs au dépens des autres. J'ai été sceptique dès le début, ce Taillefer touche-à-tout est comme un père irresponsable qui engendre un bébé par année mais n'a pas d'argent pour payer les couches.

    • Serge Pelletier - Abonné 30 janvier 2019 11 h 59

      Mais lui au moins, il ne nous fait pas la morale sur les coûts hebdomadaire de la nourriture. Il a manqué son "coup" sur ce projet, il est actuellement voué aux gims éternelles... D'autant plus qu'il s'est mêlé à la politique comme étant un "chum" de Couillard...

      En fait, c'est tout le système qui en a fait un "héros". Radio-Canada le propulsant en orbite, avec un programme pour idiots patentés du nom de LES DRAGONS. Certains en sont tellement enflé de la tête qu'ils écrrivent leur autobiographie en l'intitulant du style "Moi Dragon Gaétan Frigon"...