Projet Royalmount: une méga giga aberration

Le gigantisme du projet Royalmount, ce centre commercial version colosse que le promoteur privé Carbonleo veut faire pousser à l’intersection des autoroutes 15 et 40, à Mont-Royal, n’a d’égale que sa totale vacuité. Véritable anachronisme sur les plans du transport et de l’environnement, le projet de 1,7 milliard a obtenu dans les règles de l’art tous les permis nécessaires, franchi toutes les étapes d’approbation de la municipalité hôte, respecte le zonage des terrains où on prévoit de l’ériger. Il n’en demeure pas moins un total contresens urbanistique. C’est une catastrophe annoncée.

Que n’a-t-on besoin de jouer à la banlieue en pleine cité, avec des hôtels, 6 tours de bureaux, 200 commerces, 100 restaurants, un théâtre, un cinéma, un aquarium et un parc aquatique, à la manière d’un furoncle de type DIX30, le tout en pleine île de Montréal ? En comparaison avec les visées de Royalmount, le fiasco du réaménagement de Griffintown, quartier champignon développé lui aussi en fonction des intérêts d’un promoteur privé, prend presque les allures d’un franc succès. C’est tout dire.

Les tares associées au projet Royalmount ont été abondamment dénoncées lors des consultations menées par la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation de la Ville de Montréal : augmentation de la congestion routière dans un axe déjà saturé, absence d’une desserte structurée de transport collectif, concurrence exacerbée avec d’autres pôles commerciaux, dont ceux du centre Rockland, du centre-ville et de Laval.

La Commission concluait d’ailleurs cette semaine qu’il valait mieux prendre un « temps d’arrêt » sur ces ambitions récréotouristiques titanesques, et vérifier s’il n’y avait pas lieu, avant que les travaux de construction déjà commencés ne s’emballent, de rendre le projet mieux adapté aux besoins de la population montréalaise. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a décidé de ne pas brandir l’artillerie juridique avant qu’ait eu lieu une conversation, ce à quoi toutes les parties concernées semblent consentir. Il y a là de quoi se réjouir.

Cette question de savoir qui au juste un tel projet concerne est cruciale pour la suite des événements. Il faut d’emblée récuser cette idée folle selon laquelle le projet Royalmount ne concerne que la Ville de Mont-Royal et Carbonleo. D’autres l’ont souligné avec justesse : une municipalité d’à peine 21 000 habitants peut-elle imposer à une agglomération peuplée de deux millions de personnes un projet d’une telle ampleur, et ce, même si tout fut fait en tout respect des règles, procédures et lois ? En raison de son importance et de ses impacts potentiels, ce projet intéresse toute l’agglomération, ainsi que le gouvernement de François Legault, car la facture de la congestion routière sera assumée par tous les Québécois.

C’est ainsi que le ministre des Transports François Bonnardel laisse entendre, à bon droit, qu’il mettra un pied dans la danse s’il constate que Royalmount pourrait contribuer à aggraver la congestion automobile — c’est une certitude ! La ministre responsable de la région de Montréal, Chantal Rouleau, pourrait oser davantage que de tenir salon avec les parties concernées si le projet conserve ses allures d’aberration, même après la discussion. Quant à la mairesse de Montréal, qui sautille sur place en ne disant ni oui ni non au projet, elle détient à travers la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme des leviers pour assurer le respect des intérêts de l’agglomération tout entière. Elle pourrait aussi recourir aux tribunaux, mais ça ne nourrit pas les bonnes relations avec les voisins, on en convient.

Bon joueur, le maire de Mont-Royal, Philippe Roy, se dit disposé à entendre les inquiétudes et objections, mais il faudra plus que de l’écoute passive. Un moratoire s’impose pour forcer l’arrêt des travaux. Royalmount doit être reconfiguré à échelle humaine pour atteindre un certain niveau d’acceptabilité sociale. Si rien ne change, promoteur et municipalité auront démontré un terrible manque de vision et laissé la vacuité en héritage.


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