France-Québec: tout à l’économie

Après sa visite où il a été reçu avec tous les égards par le président Emmanuel Macron et le premier ministre Édouard Philippe et lors de laquelle il a pu s’adresser à un aréopage de p.-d.g. d’importantes sociétés françaises, François Legault est aux anges. Dans l’air du temps, son message « résolument économique » fut remarquablement bien accueilli.

On dit que le courant est passé entre le premier ministre québécois, ex-homme d’affaires, et le président français, ex-banquier d’affaires. Ils parlaient la même langue, celle des « deal makers », pour reprendre l’expression de François Legault.

On souligne souvent que la France, pour la valeur des échanges commerciaux avec le Québec, se situe au troisième rang des pays d’Europe, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni. Or, au chapitre des exportations québécoises, c’est la France qui coiffe les deux autres pays ; ce sont les importations qui font la différence. Le Québec représente aussi près de la moitié des échanges commerciaux entre le Canada et la France. Autrement dit, toutes proportions gardées, les échanges commerciaux entre la France et le Québec sont deux fois plus importants qu’entre la France et le reste du Canada. On peut constater que la relation politique privilégiée Québec-France, mais aussi « stratégique et structurelle », peut aussi se répercuter un tant soit peu sur le plan économique.

François Legault veut doubler en cinq ans les exportations du Québec vers la France — elles s’élèvent à 1,7 milliard, ce qui est relativement modeste — mais aussi attirer des investissements français. Ce n’est pas la première fois qu’un premier ministre québécois, de passage à Paris, parle d’accroître les échanges commerciaux entre la France et le Québec, déclarations qui furent suivies par des résultats mitigés. Mais il faut constater que les temps sont sans doute mûrs pour un approfondissement de ces relations économiques. Maintenant que l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne se déploie, du moins en partie, et que le nouvel accord avec les États-Unis et le Mexique est signé, le Québec peut devenir la porte d’entrée du marché nord-américain pour les entreprises françaises, comme l’a signalé François Legault. On l’a déjà dit avant, mais ça peut maintenant devenir une réalité.

Mais il y a davantage : la perception du Québec en France a changé. Le Québec est in, il est hot, pour parler comme là-bas, il a des airs de modernité — de postmodernité, diront certains. Les ploucs colonisés qu’il fallait aider pour qu’ils se libèrent — ce qu’ils ont refusé de faire — forment aujourd’hui une société entreprenante, à l’efficacité et à la souplesse toutes nord-américaines, qui parle la langue du commerce, celle dont l’usage renforce la Francophonie, a déjà affirmé Macron, qui prône le « plurilinguisme ». Bref, le Québec, nord-américain et bilingue, est incroyablement moderne, pense-t-on.

Mais Emmanuel Macron a aussi déjà dit que la langue française était le « ciment le plus ferme » de la relation entre la France et le Québec. Il faut se le rappeler. François Legault a précisé que « l’impulsion économique » qu’il veut donner ne se fera pas au détriment de la place de la culture et de la langue dans la relation. Il faudra qu’il le démontre concrètement.

Il faut déplorer que le premier ministre québécois n’ait pas abordé avec le président — du moins publiquement — les difficultés qu’éprouvent les industries culturelles face à la concurrence des GAFA et Netflix de ce monde, alors que la France, faisant cavalier seul en Europe, s’apprête à légiférer pour taxer les revenus des services numériques. Il y a tout un chantier à lancer dans la Francophonie pour la défense des expressions culturelles — la musique, les médias, le cinéma, etc. Ça aussi, c’est économique.

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4 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 25 janvier 2019 05 h 12

    La langue de Molière d’hier à aujourd’hui

    « Deal makers », dit monsieur Legault.

    C’est très français comme expression.

  • Jean Lapointe - Abonné 25 janvier 2019 07 h 44

    Macron,Legault et l'économie.

    « Il y a tout un chantier à lancer dans la Francophonie pour la défense des expressions culturelles — la musique, les médias, le cinéma, etc. Ça aussi, c’est économique.» (Robert Dutrisac)

    On dirait bien que Macron et Legault n'en ont que pour l'économie.J'ai comme l'impression qu'ils ne voient pas à mettre l'économie au service des populations mais qu'ils visent plutôt à mettre les populations au service de l'économie.Ils ont l'air de considérer l'économie comme une fin en soi au lieu de la considérer comme un moyen devant favoriser le mieux-vivre de tout le monde.

    Il n' y a donc pas de quoi se réjouir.

  • Jacques Dupé - Inscrit 25 janvier 2019 08 h 32

    Thanks for translating


    Le Québec est in, il est hot, ça veut dire quoi ce charabia ?

  • Serge Lamarche - Abonné 25 janvier 2019 20 h 37

    Faire compétition

    Les produits français de langue comme la télé et le cinéma doivent faire meilleure compétition avec les produits anglais. On est inondé de films et télé anglaises mais de peu de ces produits français. En plus, certains de nos talents frappes pour l'équipe anglaise. Tiens, Valérian qui est fait en anglais. C'est les anglais qui rigolent. Une chance qu'Astérix est encore français d'abord!