Discours et petits fours à Davos

Comme chaque année à la même date, les riches et les puissants de ce monde se rencontrent à Davos, en Suisse, pour… pour quoi, au juste ?

À entendre les organisateurs, cette grand-messe annuelle vise à préparer l’avenir et à prévenir les crises en incitant les puissants à s’attaquer aux inégalités qui divisent le monde.

S’ajoute à cela, depuis peu, l’enjeu du réchauffement climatique. Des affiches ont même été placardées pour inviter les aimables convives qui doivent débourser 60 000 $US pour assister aux conférences à délaisser leurs jets privés et leurs limousines au profit du transport collectif. Quel sens de l’humour !

L’an dernier, Donald Trump est venu défendre sa politique de l’Amérique d’abord. En 2017, c’est le président chinois, Xi Jinping, qui avait profité de cette tribune pour vanter les mérites de la mondialisation, la sienne bien sûr, en réaction au protectionnisme américain.

Les deux hommes étant absents cette année, tout comme les présidents de la France et du Royaume-Uni retenus chez eux par les problèmes que l’on sait, il semble que les honneurs médiatiques de la première journée du forum reviennent au nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro, venu célébrer le début d’une ère de changement. Changement comme dans : moins d’État, moins de redistribution et plus de liberté pour le capital. Difficile de ne pas y voir un net recul pour ceux-là mêmes qui l’ont porté au pouvoir.

Notre premier ministre, François Legault, y sera aussi, d’abord pour se faire connaître, ensuite pour mousser la candidature du Québec comme lieu d’investissement. Car ce Forum économique mondial est avant tout l’occasion pour les dirigeants du monde capitaliste, y compris la Chine, de consolider leurs réseaux de contacts en vue d’accélérer leur propre développement.

Davos n’explique pas le succès des riches, mais il en est devenu la représentation. À elles seules, les vingt-six personnes les plus fortunées au monde posséderaient aujourd’hui autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la planète, peut-on lire dans le dernier rapport d’OXFAM. Bon nombre de ces milliardaires sont issus de la nouvelle économie qui, malgré le protectionnisme ambiant, ne connaît pas de frontières.

En dépit du peu de progrès enregistré dans la lutte contre la pauvreté, OXFAM se garde bien d’appeler à la révolution. Ce n’est pas son rôle. De toute façon, le risque est trop grand que la révolte des uns soit l’occasion pour les autres de concrétiser leurs ambitions totalitaires, comme ce fut si souvent le cas dans l’Histoire.

En revanche, l’ONG d’aide internationale plaide pour un resserrement de la fiscalité comme moyen de redistribuer la richesse et de bonifier la gamme de services publics. Ce à quoi résistent quand même bien des gouvernements qui, comme le Canada, tiennent un double discours.

Comment expliquer autrement l’aplaventrisme du gouvernement Trudeau et avant lui des conservateurs devant l’invasion des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), ces géants qui profitent de leur position dominante pour s’imposer et concentrer leurs revenus dans des paradis fiscaux ? À l’heure actuelle, seule l’Union européenne leur oppose une certaine résistance, avec plus ou moins de succès, il faut le préciser.

« Demander aux 1 % les plus riches de payer seulement 0,5 % d’impôt en plus sur leur fortune permettrait de récolter plus d’argent qu’il n’en faut pour assurer l’éducation des 262 millions d’enfants déscolarisés et de fournir les soins médicaux pouvant sauver la vie de 7 millions de personnes », soutient OXFAM. Simple ! Encore faudrait-il qu’une majorité de gouvernements le veuille.

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9 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 23 janvier 2019 00 h 59

    L'indignation s'impose.

    Je n'arrive pas à comprendre le refus des maîtres du monde de compromettre un tout petit peu de leur fortune, accumulée sur le dos des plus démunis de la terre, pour assurer une redistribution juste et équitable de la richesse.
    Ces bandits qui veulent tout accaparer et ne rien laisser pour le bon peuple souffrent d'amnésie. On dirait qu'ils ont oublié l'histoire de la Révolution française de 1789 et de la Révolution russe de 1917. Mais, attention: quand les pauvres auront assez et n'auront plus rien à perdre, ils vont se rebeller contre ces monstres sans ni coeur ni conscience.
    Plus importants encore, nos gouvernements qui appuient ces bandits sans même vouloir fermer les paradis fiscaux se comportent comme des proxénètes, qui travaillent toujours pour faire plaisir à leurs clients sans aucun souci pour les femmes qu'ils exploitent. Honte à nos gouvernements.

    • Serge Lamarche - Abonné 23 janvier 2019 16 h 25

      Faut pas pousser. Bill Gates est un des plus riches et dépense des fortunes pour le bien de l'humanité.
      Le problème des riches est qu'ils ont la permission de le devenir. À un moment donné, le profit excessif devrait être interdit. Car le profit est une taxe sur les usagers. L'argent s'écoule trop facilement dans la poche des riches.

  • Claude Bariteau - Abonné 23 janvier 2019 07 h 53

    Les GAFA sont des ions à l'état libre qui pilonnent les États souverains qui révèlent par leurs passe-droits leur subordination.

    Le même constat peut être fait avec les multinationales productrices de pétrole qui polluent la planète.

    On peut ajouter les abris fiscaux qui permettent de détourner de l’assiette fiscale des revenus tirés d’activités économiques dont plusieurs sont issues d’arrangements illicites.

    Les propriétaires de plusieurs de ces entreprises font partie des riches de ce monde parce qu’ils pilonnent les États et les incitent à composer avec un ordre macro-économique et ultra-politique qui leur échappe.

    Le Canada joue de la flûte à bec dans cet orchestre debout sur un strapontin à l’arrière-scène. Quant à M. Legault, il est dans la salle pour admirer un spectacle et se faire lobbyiste dans les coulisses.

    Ce n’est pas à Davos que seront secouées les colonnes du temple capitaliste. C’est hors de Davos que ça se passera et c’est déjà en cours. L’histoire est un champ de bataille, comme l’a signalé Enzo Traverso (La Découverte-Poche) et la bataille contre l’ordre supra-planétaire actuel qui, tel un empire déterritorialisé, assure sa prégnance par des contrôles raffinés des démocraties parlementaires, est le lot des années à venir.

    Or, de cet empire tentaculaire s’est consolidé une révolution planétaire asservissant les zones agricoles pour engendrer des villes gigantesques dans lesquelles les Européens sont devenus des modèles de consommation reproduits où le capitalisme rayonne.

    Pour se maintenir, ce modèle doit « civiliser » le contrôle exercé par les détenteurs de l’ordre supra-planétaire, ce qui implique des alliances pour mettre en place une arme citoyenne pour faire émerger un ordre qui la reproduit.

    Davos n’existe que pour nourrir l’ordre supra-planétaire et contrer sa déchéance. M. Legault l’apprendra-t-il ? J’en doute parce qu'il aime les petits fours comme les lobbyistes.

    • Clermont Domingue - Abonné 23 janvier 2019 08 h 39

      Merci, tout est dit. Je n'ai plus besoin d'intervenir, vous le faites mieux que moi. Continuez.

      Votre conclusion est déprimante. Elle est malhereusement vraie.

  • Clermont Domingue - Abonné 23 janvier 2019 08 h 33

    On est vraiment dans la merde...

    François appelle les jeunes à changer le monde. S'y mettront-ils? Pourront-ils le faire dans la paix?

  • Jacques Morissette - Abonné 23 janvier 2019 08 h 39

    Cette rencontre, est-ce vraiment pour lutter contre les inégalités ou se regarder le nombril et ce qu'il faudrait faire pour améliorer son éclat?

    Très judicieux votre texte cher monsieur. Il n'y a rien à ajouter.

    Mais, n'empêche... ce matin à Gravel le matin, on disait qu'à cette réunion, il y a près de 1500 jets privés. Remplis de chasseurs de bonnes affaires et qui se rencontrent, paraît-il, pour lutter contre les inégalités. À $60000 US pour assister à ces conférences, pas sûr qu'ils seront beaucoup parmi eux qui doivent subir ces inégalités? Et puis, des conférences, est-ce pour endoctriner, embobiner ou échanger vraiment?

  • Sylvain Auclair - Abonné 23 janvier 2019 10 h 54

    « les présidents de la France et du Royaume-Uni...»

    Si le Royaume-Uni avait un président, il me semble qu'il serait alors une république et que le nom de Royaume-Uni lui siérait assez mal...

    Et, de grâce, n'écrivez pas non plus «chef d'État». Mme May ou M. Trudeau ne sont pas des chefs d'État, mais des chefs de gouvernement. La reine est le chef de ces deux États.

    • Serge Lamarche - Abonné 23 janvier 2019 16 h 28

      Un chef de gouvernement est un chef d'état. La sémantique n'est pas une vérité en soi, quoique bonne pour l'humour.