Le retour des Gandhi

À la surprise générale, le Parti du Congrès dirigé par Sonia Gandhi a remporté les élections législatives en Inde, renvoyant ainsi dans l'opposition le porte-étendard du nationalisme hindou, le Bharatiya Janata Party (BJT) de l'ex-premier ministre Atal Behari Vajpayee. Pour ce dernier, le revers est d'autant plus cinglant qu'il avait décidé de déclencher les élections des mois avant le terme de son mandat. Vajpayee souhaitait capitaliser sur la popularité récoltée dans la foulée des négociations amorcées avec le Pakistan pour trouver une issue pacifique au conflit du Cachemire, ainsi que sur la forte croissance économique du pays.

Si la victoire du parti fondé par Jawaharlal Nehru est assurée, il n'est pas encore certain que ce sera à Sonia Gandhi que reviendra le poste de premier ministre. Cela est probable, plus que plausible, mais... En raison du découpage électoral, Sonia Gandhi et la direction du Parti du Congrès sont condamnées à négocier avec d'autres partis la formation d'un gouvernement de coalition propre à leur assurer la majorité absolue.

Or les partis invités à les rejoindre, soit les partis de gauche et communiste, refusent pour l'instant d'accorder leur confiance à la patronne du Parti du Congrès. Leur motif se résume en un mot: son origine. Le fait que Sonia Gandhi est née en Italie, qu'elle a grandi à l'étranger, constitue une raison suffisante aux yeux de ces partis pour lui refuser le siège de premier ministre.

Pourtant, si on en croit les observateurs de la scène indienne, cette victoire du Parti du Congrès est d'abord et avant tout la victoire de Sonia Gandhi. Ici, on loue l'immense travail qu'elle a accompli sur le terrain. Là, on note que le vote massif des femmes a évité au Parti du Congrès son maintien dans l'opposition. Enfin, on observe que les efforts qu'elle a déployés pour donner à son parti une certaine cohérence ont eu un effet certain.

Du changement de gouvernement, on s'attend à ce que les pauvres — ils sont près de 300 millions — soient parmi les principaux bénéficiaires. Les divers responsables du Parti du Congrès ont souligné à plusieurs reprises qu'il fallait améliorer coûte que coûte les conditions de vie de ces millions d'Indiens qui vivent encore avec moins de un dollar par jour. Ensuite? Beaucoup moins conservateur que le BJT de Vajpayee, le parti de Gandhi devrait rapidement imposer des mécanismes de prévention susceptibles de freiner la forte progression du virus du sida constatée au cours des récentes années. Enfin, il faut s'attendre à ce qu'un arrêt net de l'introduction de la culture hindoue dans toutes les sphères de la société soit commandé par le futur gouvernement, notamment à l'école.

Sur le plan international, on parie que l'élection d'un parti moins nationaliste que le BJT devrait permettre une accélération des pourparlers avec le Pakistan. De cela, il faut se réjouir.