Éducation sexuelle: la foi dans l’ignorance

Des parents catholiques refusent que leurs enfants assistent aux cours d’éducation sexuelle donnés au primaire à raison de cinq heures par année scolaire. Ils voudraient se charger eux-mêmes d’enseigner la sexualité à leurs enfants selon leurs préceptes religieux.

Dans un manuel lancé lundi, l’abbé Robert Gendreau, le directeur du service de pastorale liturgique de l’Archevêché de Montréal, et le Dr Raouf Ayas écrivent que le programme d’éducation sexuelle peut être une « agression » contre les enfants parce qu’il les expose à certains sujets à un trop jeune âge. Le programme nuit au sain développement de l’enfant en forçant sa « pudeur naturelle » alors qu’il « vit une période de latence de 6 à 12 ans » et qu’il « serait comme sexuellement endormi », selon les auteurs, qui affirment s’appuyer sur les avis des « psychologues les plus crédibles ». Permettons-nous d’en douter. Les parents sont appelés à conclure avec l’école des « ententes spéciales » — une forme d’accommodements religieux — afin d’enseigner la matière dans une perspective catholique et expurgée de son contenu jugé inconvenant.

L’Archevêché de Montréal s’est associé au mouvement en relayant l’annonce de la sortie du manuel et une invitation à une conférence que doivent livrer les auteurs mercredi prochain. Mais, dans un communiqué diffusé jeudi, l’archevêché, non sans hypocrisie, soutenait qu’il ne s’agissait nullement d’une caution.

Il faut dire que les autorités catholiques sont bien mal placées pour faire la leçon en la matière. Au moment où il se mêle ainsi d’éducation sexuelle, l’Archevêché de Montréal a dû réagir à la condamnation, mardi, de son prêtre Brian Boucher, qui a agressé sexuellement un enfant de choeur de 13 ans. Ça ne s’invente pas.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a confirmé que les exemptions au cours d’éducation sexuelle ne seront permises qu’exceptionnellement, pour un enfant, par exemple, qui a vécu un traumatisme important.

Comme lui, nous croyons qu’il s’agit d’un apprentissage essentiel. Les enfants ont besoin d’informations objectives à une époque où ils ont malheureusement accès par Internet à une foule de contenus de nature sexuelle.

Rien n’empêche les parents catholiques d’enseigner à leurs enfants la doctrine de l’Église en matière de sexualité et d’amour afin d’aller plus loin que le simple bagage factuel fourni par l’école. Mais l’ignorance, imposée pour des motifs religieux, est archaïque ; elle est une bien piètre réponse dans le contexte actuel.

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