Emploi: bien des croûtes à manger

Il s’est créé 38 900 nouveaux emplois au Québec en 2018 et le taux de chômage a baissé à 5,5 % en moyenne annuelle, soit le taux le plus bas depuis 1976. Pour une rare fois il a été inférieur à ceux de l’Ontario (5,6 %) et de l’ensemble du Canada (5,8 %).

Il y a donc de quoi se réjouir. Ce qui est fait, alors passons aux choses sérieuses. Car ce taux cache quelques constats plus inquiétants. Par exemple, le fait que la population active du Québec et l’emploi croissent toujours plus lentement qu’en Ontario. Ainsi, il s’est créé 809 700 nouveaux emplois en Ontario (+12,6 %) et 408 000 au Québec (+10,6 %) depuis la dernière récession. Toutes proportions gardées, si le Québec avait connu la même performance que son voisin, ces deux petits points de différence auraient ajouté 73 600 emplois chez nous, soit l’équivalent de près de deux années de croissance semblables à celle qui vient de se terminer.

On dit que l’économie se porte mal, voire très, très mal en Alberta. C’est vrai, mais il n’empêche que là comme en Colombie-Britannique, le nombre net d’emplois s’est accru de 15,6 % depuis 2009, donc une fois et demie mieux que chez nous.

L’une des raisons qui expliquent que le taux de chômage du Québec soit aussi bas malgré une performance somme toute ordinaire au chapitre de la création d’emplois, c’est que la population vieillit plus vite qu’ailleurs et que les plus de 55 ans prennent leur retraite plus tôt. Ainsi, le pourcentage des 55 ans et plus toujours au travail n’était que de 32,6 % l’an dernier au Québec comparativement à 36,4 % en Ontario et 43 % en Alberta. De surcroît, ces dernières régions attirent et retiennent un plus grand nombre de nouveaux arrivants plus jeunes chaque année.

En conséquence, le ratio des Québécois de plus de 65 ans par rapport aux 15-64 ans qui était de 27 % en 2016 passera à plus de 42 % d’ici 20 ans ! C’est dire à quelle augmentation des coûts de santé et autres coûts sociaux les gens qui paient des impôts devront faire face.

Qui plus est, non seulement prenons-nous notre retraite plus tôt, mais pour les autres, la semaine de travail est moins longue que partout ailleurs sur le continent. Voilà qui devrait inciter tout gouvernement qui prétend vouloir s’attaquer à la pénurie de main-d’oeuvre à réfléchir avant d’agir.

En somme, si on peut se réjouir qu’un pourcentage élevé des gens qui cherchent un emploi en trouvent, il faut s’inquiéter du niveau de vie, de la quantité et de la qualité des services publics que nous pourrons nous offrir bientôt si nous ne parvenons pas à remplacer de façon adéquate les centaines de milliers de futurs retraités.

Outre l’immigration, il existe d’autres moyens de maintenir notre niveau de vie malgré le vieillissement de la population, mais aucun n’est simple et gratuit. Le premier consiste à allonger la vie au travail faute d’allonger une semaine déjà bien remplie. Pour cela, il faut améliorer les incitatifs à poursuivre au-delà de 60 ans et réduire les avantages à partir tôt partout dans les entreprises, publiques et privées.

Puis il y a le décrochage scolaire à combattre par tous les moyens, surtout chez nos garçons, qui succombent plus facilement à la tentation de prolonger l’adolescence. Et finalement, la productivité des entreprises, qui accuse encore un retard important par rapport à tous nos concurrents. Une démarche qui se traduirait aussi, concrètement, par des augmentations de salaire dans tous les secteurs. Pourquoi pas ?

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13 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 10 janvier 2019 01 h 12

    Mauvaise analyse

    «Ainsi, il s’est créé 809 700 nouveaux emplois en Ontario (+12,6 %) et 408 000 au Québec (+10,6 %) depuis la dernière récession. »

    Cette comparaison ne tient pas compte de l'évolution de la population. Au cours de la même période, soit de 2009 à 2018 ce que ne mentionne pas M. Sansfaçon, le taux d'emploi, un indicateur qui tient compte de l'évolution de la population (soit la proportion de la population âgée de 15 ans et plus qui est en emploi), est passé de 60,9 % à 60,9 % en Ontario, bref, a fait du sur place, tandis qu'il est passé de 59,6 % à 61,0 % au Québec, une hausse de 1,4 point de pourcentage, même si le vieillissement de la population y est beaucoup plus important. D'ailleurs, chez les 25 à 54 ans, le taux d'emploi de l'Ontario a augmenté de 2,0 points de pourcentage (de 79.5 % à 81,5 %), alors qu'il a augmenté au Québec de 4,3 points de pourcentage (de 80,3 % à 84,6 %, soit 3,1 points de pourcentage de plus qu'en Ontario).

    Je laisse à M. Sansfaçon le plaisir de calculer combien il y aurait d'emplois de plus en Ontario si cette province avait connu la même hausse de son taux d'emploi que le Québec, ou même si elle avait le même en tenant ompte de la structure d'âge de sa population.

    • Clermont Domingue - Abonné 10 janvier 2019 22 h 26

      Qui a les bons chiffres et qui fait la meilleure analyse?

      Il me semble que monsieur Sansfaçon décrit bien la situation présente et celle qui nous attend dans les prochaines années.Toutefois, je ne crois pas que la comparaison avec l"Ontario soit utile et je ne pense pas que les solutions de l'éditorialiste soient applicables.

      Après la guerre de 39-45, les USA ont permis à l'Europe de se reconstruire grâce au Plan Marshall (des millions de millions de dollars ont été débloqués)
      En 2008 et après,les USA et l"Europe ont débloqué des milliards de dollars et d'euros pour sauver les systèmes banquaires.

      Il faut maintenant un Plan Vert de centaines de milliards de dollars pour réaliser la transition énergétique.L'argent ne doit pas nous empêcher de sauver notre planète.

      En trente ans,les Chinois sont sortis du Tiers Monde pour devenir la deuxième puissance du monde. Ils ont su rendre financièrement possible ce qui est physiquement réalisable.Nous pouvons sauver la planète. C'est une question de volonté et non une question d'argent.

      Le Plan Vert créera des millions d'emplois.

  • Nadia Alexan - Abonnée 10 janvier 2019 01 h 17

    LE TRAVAIL N'EST NI UNE FIN, NI UNE VALEUR!

    Je ne suis pas d'accord avec vous du tout, monsieur Sansfaçon. Vous dites qu'il «faut améliorer les incitatifs à poursuivre au-delà de 60 ans et réduire les avantages à partir tôt partout dans les entreprises, publiques et privées.» Êtes-vous capable de comprendre qu'une personne qui fait un travail difficile, comme l'enseignement au secondaire, par exemple, à hâte de prendre sa retraite le plus vite possible? Par contre, vous suggérez qu'il soit obligé de garder son travail faute de perdre ses avantages? Il faut se mettre dans la peau des autres pour pouvoir comprendre la difficulté dans laquelle beaucoup de gens âgés se retrouvent.
    Un des atouts pour la convivialité et la joie de vivre des Québécois est le fait qu'ils travaillent pour vivre, pas l'inverse. Augmenter les heures de travail veut dire que l'on réduit le temps que l'on passe avec sa famille et ses enfants. Sacrifier sa vie pour son travail, c'est confondre la fin et les moyens.
    Je suis d'accord qu'il faut tout faire pour inciter les jeunes à poursuivre leurs études. L'éducation et le passeport pour vivre bien.

  • Mario Jodoin - Abonné 10 janvier 2019 01 h 30

    Ajout

    Il faut aussi savoir que M. Sansfaçon a fait commencer sa comparaison en 2009, une année de récession, récession qui a été bien plus forte en Ontario qu'au Québec. Si on regarde les données à partir de 2007, le taux d'emploi en Ontario a diminué de 2,5 points de pourcentage, soit de 63,4 % à 60,9 %, tandis que celui du Québec a augmenté de 0,1 point, soit de 60,9 % à 61,0 %. Notons aussi que 2018 est la première année où le taux d'emploi du Québec surpasse celui de l'Ontario. Il semble donc que le Québec a mangé ses croutes...

  • Raynald Blais - Abonné 10 janvier 2019 05 h 29

    La malade arbitraire

    La population vieillit; il faut repousser l’âge de la retraite.
    La semaine de travail est moins longue; il faut augmenter la productivité.
    À soupeser ces solutions, on dirait que ce n’est pas la production de biens et de services qui est malade, mais la population elle-même : elle est vieillissante; elle est sous-productive.

    De toute façon, cet angle d’analyse du problème de pénurie de main-d’œuvre au Québec, digne d’un néomalthusien, sera difficile à défendre. C’est le genre de solutions qui soulève les passions un peu partout dans le monde parce que les problèmes de main-d’œuvre, pénurie ou chômage, sont liés à un laisser-faire de la production plutôt qu’à un laisser-faire des travailleurs. Et tout le monde le sait sans pouvoir le dire.

    Alors quoi d’autre qu’une augmentation de l’exploitation du travail peut résoudre le problème de pénurie? L’angle de la lutte aux changements climatiques nous offre de nouvelles solutions pour y arriver : S’attaquer au gaspillage de main-d’œuvre engendré par la production de biens et de services futiles et superfétatoires. Ainsi une revalorisation des travailleurs dans la production de biens et de services utiles s’ajouterait aux efforts à faire pour sauver les espèces, dont la nôtre.

  • Claude Bariteau - Abonné 10 janvier 2019 06 h 56

    Il faut plus

    À l'immigration comme solution prônée par les entrepreneurs et dernièrement la CSN, votre texte propose trois voies importantes : 1) la durée du travail; 2) la formation de jeunes; et 2) une hausse de productivité. Une quatrième est la création d'emplois payants qui inciteront les jeunes tenté/e/s par l'émigration à demeurer au Québec, un dossier peu documenté mais ô combien important.

    Historiquement, le Québec a connu des périodes d'émigration. L'une d'elles s'est étendue de 1840 jusqu'à la Première Guerre mondiale. Diverses mesures (implantation d'entreprises américaines, immigration ciblée et création de nouvelles villes et paroisses) ont contré une émigration vers les États-Unis associée à l'importance donnée à l'Ontario et à l'Ouest pour l'essor économique du Dominion of Canada.

    Après le Crash de 1929, la Deuxième Guerre mondiale assura une hausse d'activités industrielles. La Révolution tranquille créa des conditions propices à une percée dans plusieurs secteurs. La « souveraineté-association » et la « souveraineté partenariat voulaient créer un cadre favorable pour poursuivre sur cette lancée.

    Leur rejet supporté par le Canada favorisa l’essor de l’Ontario et de l’ouest avec l’exploitation des réserves de sables bitumineux. Conséquemment l’économie du Québec stagna un rebond à la suite de l’ALE et de l’ALÉNA à la suite de la hausse du dollar.

    Les données évoquées dans votre texte reflètent ce contexte. Par contre, les solutions que vous préconisez et la mienne impliquent un réalignement majeur. Celui-ci ne peut advenir qu’avec une mainmise du Québec sur son développement économique avec une vision d'ensemble actuellement absente après la mise au pas du Québec dans le Canada par le PLQ.

    Ce réalignement s'activera par un contrôle politique des Québécois et des Québécoises, toutes origines confondues, sur leur avenir. C'est un enjeu politique incontournable qui ressort clairement des essais antérieurs.

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 10 janvier 2019 07 h 40

      L'augmentation du contrôle politique des québécoises et québécois sur leur avenir les placera encore devant de cruels dilemmes: comment les résoudrons-nous? Exemple. Peut-être pour la première fois de leur vie, le plein emploi actuel permet à plusieurs personnes d'avoir enfin un emploi à l'année, situation qu'elles n'ont jamais vécue auparavant. Que leur dirons-nous? Que subiront-elles si l'économie de marché les amènent encore une fois au chômage? Les abandonnerons-nous? Le travail rémunéré demeurera-t-il encore longtemps le premier facteur d'intégration sociale? À quel partage nous prêterons-nous? Qui bousculerons-nous?

    • Claude Bariteau - Abonné 10 janvier 2019 12 h 08

      M. Lusignan, vous présumez que le contrôle politique par les citoyens et les citoyennes aurait comme résultat des politiques contraires à leurs intérêts ausquels seuls les diigeants canadiens peuvent répondre. Voilà qui m'étonne de vous, encore plus ce que vous leur direz.

      S'ils contrôlent, ils prendront des décisions qui répondent à leurs intérêts et je vois mal qu'ils prônent le chômage et mettent de l'avant des politiques qui aillent à l'encontre de l'intégration sociale et au partage des richesses.

      Il est vrai, par contre que seront bousculés les avantages des dirigeants canadiens et leurs alliés au Québec et l'état actuel de l'économie du Québec.

      En découlera une approche différente de l'économie sans pour autant élaguer des entreprises qui acceptent d'opérer au Québec selon les politiques misent de l'avant par l'État québécois pour l'ensemble des citoyens et des citoyennes.

      Cela dit, il ne s'agit avec eux de la dictature du prolétariat mais d'un pouvoir entre les mains des citoyens et des citoyennes au travers d'une représentation de partis qui acceptent de coopérer entre eux comme c'est le cas, par exemple, dans les pays nordiques.