Remaniement à l’environnement: problème de fond

MarieChantal Chassé n’était pas dans son élément à l’Environnement, a dit François Legault. En voilà une qui ne redeviendra pas ministre de sitôt.

Le problème de Mme Chassé ne réside pas vraiment dans sa maîtrise plus ou moins aguerrie des dossiers environnementaux. L’histoire de la politique regorge d’hommes et de femmes qui ont dû apprendre « sur le tas » les moindres aspects des responsabilités qui leur étaient confiées. Leur réussite dépendait autant de leur vivacité d’esprit que de leurs aptitudes de gestionnaires, de leaders et de communicateurs. C’est sur ce dernier point que MarieChantal Chassé a échoué. Ses rares impromptus de presse et interventions à l’Assemblée nationale étaient d’une gênante insignifiance. Les médias sont durs, dira le premier ministre Legault. Le cycle de l’information continue exerce une pression constante sur les élus, et ainsi de suite. Ces nuances ne dispensent pas les politiciens modernes de faire preuve d’un minimum de talent de communicateur. Il en va de leurs responsabilités de bien expliquer au public leurs intentions et leurs projets de société.

Le nouveau ministre de l’Environnement, Benoit Charette, est certes plus expérimenté et plus à l’aise devant les médias que ne l’est Mme Chassé. Mais qu’en est-il de la substance ? Parce que la politique n’est pas seulement une affaire d’image. La nomination de M. Charette annonce-t-elle un changement de cap du gouvernement Legault en matière d’environnement ? Rien n’est moins sûr. Le premier ministre Legault a souligné que la lutte contre les changements climatiques représente « un immense défi », en opposant cet objectif à un autre : la réduction des écarts de richesse entre le Québec et d’autres provinces voisines.

Il est tout à fait légitime de vouloir réduire la dépendance du Québec à la péréquation, mais il n’y a pas lieu de dépeindre la lutte contre les changements climatiques comme un frein à la prospérité du Québec. Cette opposition malencontreuse entre environnement et économie n’a plus sa raison d’être. Au contraire, la décarbonisation de l’économie est une occasion à saisir pour bâtir de nouvelles filières et de nouvelles entreprises plus vertes.

Pour ce faire, le gouvernement Legault devra offrir une vision unifiée et cohérente en matière d’environnement. Mettre l’économie avant l’environnement, comme il l’a promis en campagne, est une solution trop simple à un problème qui préoccupe l’ensemble des Québécois.

30 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 10 janvier 2019 02 h 08

    Les voeux pieux ne suffisent plus.

    Vous avez raison, monsieur Myles. La politique du gouvernement Legault en matière de l'environnement manque de substance et de cohérence. Je ne penserais pas que ce gouvernement a compris l'urgence d'agir pour éliminer les effets de serre. Déjà, M. Legault propose l'élargissement ou le prolongement d'autoroutes dans la région montréalaise, soutient la construction d'un troisième lien à Québec et a exprimé des réserves quant à la nécessité de construire une nouvelle ligne de métro à Montréal. C'est le contraire de ce qu'il faut faire pour réduire les GES, car au Québec, 42 % des émissions proviennent de nos voitures et des camions de marchandises. C'est la raison pour laquelle il faut miser sur le transport en commun pour résoudre ce problème.
    De plus, la décision d'ouvrir le parc national du Mont-Tremblant aux motoneiges n'est pas exactement propice à une réduction des effets de serre.
    Si monsieur Legault est sérieux quand il dit qu'il a entendu la préoccupation des Québécois pour l'environnement, il va falloir faire plus que les voeux pieux et la langue du bois pour contrer les changements climatiques.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 10 janvier 2019 12 h 22

      En 2015, Legault et la CAQ se sont dits en faveur d'Énergie Est. En 2016, la CAQ et le PLQ n'ont pas voulu se pronoincer contre le projet Énergie Est à l'Assemblée nationale.

  • Marc O. Rainville - Abonné 10 janvier 2019 02 h 14

    Chassée

    “(...) d’une rare insignifiance...” Le consensus semble aller dans ce sens au sein de la classe médiaco-politique. La dame dont on parle ainsi n’aura pas eu droit à la lune de miel auquel le reste de ce jeune gouvernement a pu goûter. L’éditorialiste enfonce le clou en bêlant sur le même thème avec le reste de ses pairs. Dommage. Pour le premier éditorial portant sur l’environnement dans la longue histoire du Devoir, on aurait espéré mieux. Mais quels sont les fait, voyons !? Alerté par le propre chef de cabinet, un ex lobbyiste de l’industrie pétrolière, de la ministre récalcitrantre, le Premier ministre interromp ses vacances pour mettre à la porte cette surdouée qui entend proposer un plan clair de relance de son ministère.
    Toute cette conjuration autour de la personnalité de MarieChantal Chassé relève autant de la mysoginie la plus crasse que de la poudre aux yeux jetée à la face de la population.

    • Sylvain Parent - Abonné 10 janvier 2019 11 h 23

      Monsieur Rainville,
      Il faut avouer que ce que l'on a vu de Mme Chassé dans les médias et à l'AN, durant son bref passage à l'environnement, ne semble aucunement soutenir qu'elle serait une surdouée (quelle que soit la définition que vous donnez à ce terme)... Sur quels faits vous basez-vous pour affirmer une telle chose? D'où tenez-vous qu'elle ait voulu proposer une relance du MDDELCC? Relance qui aurait choqué l'industrie pétrolière??? Comme vous dites, quels sont les faits, voyons?

  • Michel Lebel - Abonné 10 janvier 2019 06 h 03

    Pas une priorité!


    François Legault a comme priorité le développement économique, les affaires. Il l'a dit et redit souvent. Aucun miracle ne doit donc être attendu côté environnement, ce dernier n'étant pas une priorité. C'est aussi simple que cela! Et ceci, peu importe le ministre en poste.

    M.L.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 janvier 2019 21 h 36

      Vous me faites penser aux gens qui veulent plus de services mais en payant moins d'impôt. C'est vouloir aller au ciel sans mourir. Il y a même un parti politique qui suggère que tout devrait être gratuit. J'imagine qu'on est plus riche qu'on le pense.

      Si on diminue la croissance économique pour faire plaisir aux prêtres de l'autel de la sainte rectitude écologique, nous allons être beaucoup plus pauvre et donc, il y aura encore moins d'argent pour les programmes sociaux. Vous savez le 20% de la population québécoise qui paie 80% des impôts, eh bien, ne sera plus capable d'en donner plus.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 10 janvier 2019 07 h 14

    Fin d'une longue tradition?

    La nomination de madame Massé à l'environnement et au développement durable.... poursuit une longue tradition gouvernementale, celle de pourvoir le ministère de l'environnement avec le plus faible ministre possible. Il aurait fallu y nommer le meilleur ministre pour le plus difficile dossier qui soit! Madame Massé aurait eu quelques rudiments en environnement qu'elle aurait pu mieux patiner, mais malheureusement pour celle, elle héritait d'un dossier à propos duquel la CAQ n'a guère informé la population en campagne électorale. Autrement dit, elle n'avait «aucune cassette» à faire entendre à des journalistes de plus en plus spécialisés sur ce thème, aux environnementalistes et à la population bien consciente des défis. Mme Massé aurait dû refuser un poste qui n'aurait jamais dû lui être offert. Elle s'est brûlée et a été brûlée. Espérons qu'on lui redonne quelque chose de mieux!

    • Daniel Grant - Abonné 10 janvier 2019 08 h 52

      Ou peut-être que Mme Chassé a été écartée pcq elle avait un plan trop sérieux ou ambitieux pour ses collègues de la CAQ obnubilés par le pétrole et qui ne peuvent pas comprendre que l’économie du futur est dans l’environnement et que notre Prospérité et compétitivité est dans un avenir sans pétrole et que les investisseurs du futur cherchent des endroits où il est rassurant d’investir dans les énergies renouvelables.

    • Michel Lebel - Abonné 10 janvier 2019 09 h 03


      J'ajouterai: un flagrant manque de jugement du premier ministre en choisissant Mme Chassé comme ministre. Il montrait ainsi aussi son ignorance et son désintérêt pour l'environnement. Il faut en prendre acte.

      M.L.

    • Marc O. Rainville - Abonné 10 janvier 2019 09 h 39

      N’importe quoi. Vous faites preuve envers la ministre renvoyée du même mépris que ce que l’on entend sur la cassette des spins doctors du gouvernement et des médias. On a montré la porte à cette gestionnaire surdouée parce qu’elle avait mis le doigt sur toutes les failles qui affligent le Ministère de l’Environnement.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 janvier 2019 21 h 41

      Surdoué M. Rainville? Elle n'était même pas de répondre à une question d'un journaliste qui lui donnait la réponse dans sa question, et ceci, à maintes reprises.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 10 janvier 2019 07 h 56

    … VIVABLE !

    « Pour ce faire, le gouvernement Legault devra offrir une vision unifiée et cohérente en matière d’environnement. Mettre l’économie avant l’environnement … . » (Brian Myles, Le Devoir)

    Bien sûr que certes, mais COMMENT et POURQUOI ?

    En effet, la Beauté de l’Environnement, reposant sur sa diversité et ses différences, nécessite moins une « vision unifiée et cohérente » que celle pro-active et active dynamique et écologique !

    De cette Beauté, résidera un Environnement humain …

    … VIVABLE ! - 10 jan 2019 -