Timide gouvernement

Deux fois cette semaine, Paul Martin est monté sur les tribunes pour faire des annonces liées à la politique étrangère canadienne. Il faudrait être naïf pour ne pas voir là un calcul électoral. Autrefois réservé aux milieux spécialisés, le sujet intéresse de plus en plus le grand public. Le premier ministre l'a compris.

Que ce soit sous l'effet de la mondialisation ou de la menace terroriste, la place du Canada dans le monde est devenue un important sujet de préoccupation pour beaucoup de Canadiens. Il y a un an, ils étaient des dizaines de milliers à descendre dans les rues pour s'opposer à la guerre en Irak. Loin de diminuer, leur sensibilité aux questions internationales s'est depuis accrue alors que les tensions ne cessent d'augmenter au Moyen-Orient.

On ne reprochera pas aux politiciens de faire des questions internationales un enjeu électoral. Loin de là. Force est toutefois de constater que c'est avec prudence qu'ils s'avancent sur ce terrain. La règle, du moins dans le cas de M. Martin, apparaît simple. Prendre position, oui, mais sans déroger au large consensus auquel on se réfère en parlant de la tradition canadienne.

Toutes les annonces faites cette semaine par M. Martin avaient des intentions vertueuses, aussi bien son projet de constituer un G20 qui réunirait les chefs d'État et de gouvernement d'une vingtaine de pays industrialisés et de pays en émergence que son engagement à soutenir financièrement la lutte contre le sida dans les pays en développement. Il n'a reçu, bien sûr, qu'applaudissements.

Ce G20 pour chefs d'État est une bonne idée qui mérite d'être mise à l'épreuve. Dans sa composition, le Conseil de sécurité des Nations unies n'est plus représentatif des grands équilibres internationaux. En attendant une réforme improbable, même à moyen terme, de cette instance, il faut trouver d'autres forums qui faciliteront le dialogue. De même, on ne peut que trouver heureux que le Canada s'engage plus avant sur la voie de la solidarité avec les pays en développement à travers les programmes des Nations unies.

Le message qu'aura voulu donner le premier ministre à travers ces annonces est que l'action internationale de son gouvernement s'inscrit on ne peut plus dans la tradition canadienne, qui valorise le multilatéralisme par opposition à l'unilatéralisme américain. Le Canada continuera à jouer les «bons gars» sur la scène internationale, à jouer les facilitateurs, nous dit-il.

L'attitude qu'adopte le premier ministre correspond à un courant majoritaire au Canada, qui appuie une présence active sur la scène internationale, à la condition qu'elle soit sans risques. C'est d'ailleurs ce que reprochait au premier ministre il y a quelques jours un groupe d'une trentaine d'anciens diplomates canadiens dans une lettre où ils soulignaient la passivité de son gouvernement devant la dégradation du conflit israélo-palestinien. À la veille d'élections où tous les votes compteront, il y a fort à parier que M. Martin ne relèvera pas le reproche qui lui est fait.

Les Canadiens ne veulent pas non plus que leur implication internationale leur coûte trop cher. Le chanteur Bono le rappelait diplomatiquement hier à Ottawa. S'il accueillait positivement la contribution canadienne que venait d'annoncer M. Martin au fonds de lutte contre le sida, il invitait ce dernier à en faire plus, rappelant que c'est l'ancien premier ministre Pearson qui avait proposé que les pays riches consacrent 0,7 % de leur PIB à l'aide au développement. Loin de s'approcher de cet objectif, le Canada s'en est éloigné sous le gouvernement Chrétien. On ne se surprendra pas que M. Martin n'ait pas donné de réponse à son ami Bono, qui doit trouver les engagements des Canadiens bien timides.

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