Élections 2019: le choc populiste

À 10 mois des prochaines élections fédérales, le premier ministre Justin Trudeau a choisi sa cible : le populisme conservateur. Il ne sera pas le premier à s’en servir comme repoussoir pour dissuader les électeurs d’appuyer ses adversaires. Ses attaques ne peuvent toutefois servir de substitut à de vraies réponses aux préoccupations légitimes que se posent des citoyens sur l’environnement et l’immigration, des questions que ses ministres et lui esquivent trop souvent.

La montée du populisme de droite est une réalité qui se fait sentir en Europe, aux États-Unis et ici, au Canada. Le chef du nouveau Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, ne s’en prive pas, tout comme plusieurs leaders conservateurs provinciaux. L’Ontarien Doug Ford s’est d’ailleurs fait élire en usant de cette recette.

En entrevue au Devoir mardi, Justin Trudeau s’inquiétait de ce qu’il appelle cette « tendance à utiliser des politiques [faites] d’émotions, de solutions faciles, de division et de blâmes », des politiques qui misent « sur la peur ». Selon lui, il est possible de se faire élire sur de telles bases, mais une fois au pouvoir, il devient difficile de résoudre les vrais problèmes. « Les problèmes complexes n’ont que des solutions complexes », dit-il, et il veut le démontrer d’ici octobre 2019. Il pense d’ailleurs que l’expérience de Doug Ford fournira aux Ontariens matière à réflexion à cet égard.

Pour illustrer son propos, M. Trudeau cite sans relâche l’enjeu des changements climatiques. Les conservateurs critiquent sans arrêt les mesures prises par son gouvernement, mais ils ne proposent rien, aime-t-il souligner. Il rappelle que le chef conservateur fédéral, Andrew Scheer, a applaudi au retrait ontarien de la Bourse du carbone, la même à laquelle le Québec reste associé, et qu’il fait front commun avec les provinces conservatrices contre la taxe fédérale sur le carbone.

L’exemple des changements climatiques sert bien le premier ministre, car un large pan de la population voit la nécessité d’agir. Il dit qu’il veut bien débattre des moyens, mais que les conservateurs ne lui en donnent pas l’occasion. C’est oublier que d’autres Canadiens critiquent eux aussi ses politiques, mais pour d’autres raisons. Ils trouvent qu’il n’en fait pas assez et désapprouvent l’achat du pipeline TransMountain et l’aide financière offerte à l’industrie pétrolière. En fait, ils se sentent trahis, eux qui avaient cru à la promesse libérale d’un virage vert.

M. Trudeau dit peu de choses pour les amadouer, mais brandit volontiers la peur de l’inaction conservatrice. En d’autres mots, il joue sur les émotions, opposant au populisme de droite un populisme de gauche, ce dont il s’est défendu dans une entrevue au Toronto Star.

 
 

Cela est pourtant évident lorsqu’il parle d’immigration. M. Trudeau défend évidemment ses politiques, mais il n’offre pas de réponses rassurantes aux citoyens que la hausse soudaine de migrants irréguliers depuis deux ans inquiète ou qui se préoccupent de l’insuffisance des mesures d’intégration. Le premier ministre se dit pourtant prêt à débattre de ces deux sujets, sauf qu’il ne le fait pas et blâme encore les conservateurs.

Ces derniers, il est vrai, utilisent volontiers leurs questions en Chambre pour entretenir la confusion sur le système d’immigration et donner prise à une impression de crise. Trop souvent cependant, le gouvernement — et M. Trudeau en entrevue — répond en faisant la leçon sur le bon fonctionnement du système, les mérites et retombées positives de l’immigration, le tout fréquemment assorti d’attaques personnelles.

M. Trudeau ne s’en excuse pas et a montré au cours de ses multiples entrevues de fin d’année cette semaine qu’il ne se gênerait pas pour exploiter ce filon. Il est revenu sur la position d’Andrew Scheer sur le nouveau pacte onusien des migrations, l’accusant de propager des « faussetés » et de « jouer non seulement un jeu irresponsable, mais dangereux qui a la possibilité de briser ce consensus […] qui existait dans tous les partis, [à savoir] que l’immigration est une source de force ».

Le chef libéral veut répondre « fermement à ceux qui veulent utiliser les anxiétés des citoyens ». Mais à part mettre en garde ces citoyens, répond-il à leurs préoccupations légitimes, s’attaque-t-il aux sources possibles d’un ressentiment ? Pour préserver la confiance de la population en ses institutions, un gouvernement doit aussi être capable de cela.

12 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 20 décembre 2018 04 h 08

    «Vox...» (!)

    Misère! Heu!

    JHS Baril

  • Hélène Gervais - Abonnée 20 décembre 2018 06 h 34

    seigneur ....

    que votre texte est mal écrit, je ne vous reconnais plus

  • Marc Therrien - Abonné 20 décembre 2018 07 h 47

    L'incroyable Justin Trudeau


    Justin Trudeau tire sa puissance du fait que le peuple préfère rester dans la caverne aux images plutôt que de choisir de vivre en pleine lumière, la réalité en face. Là où une image vaut mille mots et où le regard de l’autre est plus que jamais tyrannisant parce que «ce qui compte, c’est la perception», il vaut mieux garder le sourire même quand ça ne va pas et donner à penser que la situation est meilleure que ce qu’on en dit. Peut-être même qu’en changeant ses pensées pessimistes pour des pensées plus optimistes, on verra le monde changer pour le mieux dans ce qui lui est possible. Justin Trudeau correspond au stéréotype des motivateurs étatsuniens et des adeptes de la pensée positive puissante: «Fake it until you make it». Il est celui qui peut pousser plus loin cette idée qui a marqué sa génération à savoir qu’il n’y a que le présent qui est. On ne peut plus rien pour hier qui n’est déjà plus. Demain n’est pas encore là. C’est dans le présent qu’on se souvient et qu’on imagine l’avenir. Il n’y a pas d’avenir dans le passé révolu où nous étions absents de toute façon et le futur se construit au jour le jour à partir de nos décisions et actions qui créent le réel.

    Mais, en même temps, il exerce une certaine forme de courage en incarnant l’optimisme combattant ainsi cette tendance qui fait qu’on trouve que les penseurs pessimistes sont plus intelligents ou intellectuellement captivants que les optimistes qui sont souvent réduits à être des naïfs imbéciles comme on peut le lire dans «The Rational optimist» de Matt Ridley dont j’aime bien ce passage où il cite John Stuart Mill qui observait le même phénomène il y a 150 ans et que je traduis librement : «J’ai observé que ce n’est pas l’homme qui a de l’espoir quand les autres désespèrent qui est admiré et pris pour sage, mais plutôt celui qui désespère alors que la majorité continue de cultiver l’espoir.»

    Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 20 décembre 2018 07 h 59

    On n'en veut pas de la taxe sur le carbone

    Oui, dans le pays au nord du 45e parallèle, les gens veulent des changements profonds et non pas cométiques qui s’exprime dans une vision à court, moyen et long terme. Il faudra un jour parler de l’immigration légale et illégale et sortir de notre torpeur angélique. L’immigration a ses bons et mauvais côtés. Mais c’est un sujet tabou au pays du multiculturalisme malsain qui ne parle que la langue de « Doug Ford », l’anglais.

    Le populisme de gauche exprimé par Justin Trudeau et ses scribes n’est pas ce que les gens veulent. On le voit au Québec ce populisme de gauche crasse avec des partis comme Québec solidaire. Cette pensée enfantine que nous vivons dans un état postnational, eh bien, ils auraient dû consulter la population avant d’émettre de telles sornettes.

    Mais la cerise sur le sundae est bien la politique libérale envers les changements climatiques. D’un côté, on veut être plus VERTueux que les vertueux en proposant une taxe sur le carbone comme si c’était la réponse à tout. Ces taxes sont supposément censées nous aider à atteindre les cibles qu’on s’était fixé à COP21, mais elles servent plutôt à financer l’industrie pétrolière sous la forme de pipelines et d’autres aides connexes. Au Québec, les taxes collectées servent à payer pour les services sociaux. Une taxe est une taxe et toutes les taxes carbones ne pourront pas empêcher la production des milliards de tonnes de GES. Il faudrait fermer boutique et retourner au temps de nos grands-parents et vivre comme les pauvres des pays en voie de développement ou même pire.

    L’élection de Donald Trump, de Bolsonaro et le BREXIT, sont tous des messages clairs et précis aux souliers cirés des régions métropolitaines qui vivent dans leur propre bulle. Les gens ne veulent pas de ce mondialisme débridé et de ces mesures draconiennes climatiques qui ne sont pas appliquées à ces gens qui gravitent dans l’air raréfié des riches voleurs de ce monde. Ceux qui n’écoutent pas le font à leur risque et péril.

  • François Beaulne - Abonné 20 décembre 2018 08 h 41

    Trudeau est son propre adversaire

    Aux prochaines élections le pire adversaire de Trudeau sera sa superficialité, son manque d'idées, son arrogance et son incohérence, caractéristiques qu'il aura sciemment nourries depuis le début de son mandat. Quatre ans c'est court. Son approche selfie érigée en culte de la personalité, son obsession de faire du multiculturalisme une religion, son double langage en matière d'environnement, l'arrogance avec laquelle il a évacué du revers de la main les timides propositions de révision constituionnelles du Premier ministre Couillard, l'empressement avec lequel il a sermoné François Legault sur l'immigration et la laicité, avant même qu'il ne soit assermenté premier ministre, sa valse-hésitation entre la défense des droits humains, les ventes d'armes et les expédients commerciaux au plan international, la signature d'ententes commerciales en catimini, sans véritables débats ni à la Chambre des Communes ni à l'Assemblée Nationale, sans compter sa prestation théâtrale désastreuse en Inde, reviendroint le hanter.
    Les commentateurs de l'actualité politique, qui se font de plus en plus pamphletaires et blogueurs plutôt qu'informateurs et analystes objectifs de l'actualité, auraient avantage à exposer les cafouillages, contradictions, tournages en rond et faiblesses du personnage lui-même, plutôt que de pointer principalement la montée du 'populisme', Maxime Bernier ou qui que ce soit d'autre pour expliquer les défis de Trudeau aux prochaines élections.