Banques centrales: l’incertitude à demeure

Tout porte à croire que la Réserve fédérale américaine (FED) augmentera son taux directeur d’un quart de point de pourcentage aujourd’hui. Si tel est le cas, son président, Jerome Powell, qui a été nommé par Donald Trump, subira les foudres de ce dernier comme à chacune des hausses récentes décrétées par la Fed.

Pour le président américain, il ne faut pas que la banque centrale vienne ralentir l’élan de croissance provoqué par les baisses d’impôt accordées en début d’année. Or, sous l’angle de la Fed, c’est précisément parce que l’économie américaine connaît une forte croissance et un niveau d’emploi élevé que le temps est venu de relever les taux à un niveau plus neutre. Si elle attend trop, l’inflation s’installera à demeure.

Ces interventions intempestives du président américain pour influencer la banque centrale nuisent à son indépendance. Traditionnellement, les gouvernements utilisent les outils fiscaux à leur disposition pour stimuler la croissance, mais laissent à la banque centrale le soin d’appliquer la politique monétaire pour faciliter le crédit ou le resserrer, selon la conjoncture. Cette fois-ci, à cause de l’intervention menaçante de M. Trump, si la Fed choisit de ne pas augmenter les taux comme la plupart des économistes le prévoient, il sera difficile de conclure à une décision objective de la Fed et non à une réaction purement politique.

Au Canada, notre propre banque centrale vient de reporter, il y a deux semaines, le moment d’une nouvelle hausse du taux directeur à cause de l’incertitude suscitée par la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et de la chute du prix du pétrole.

Mardi, Ottawa annonçait une aide de plus de 1,6 milliard sous diverses formes à l’industrie pétrolière de l’Ouest, laquelle aide s’ajoute aux 4,5 milliards pour l’étatisation du pipeline Trans Mountain, aux 7 à 8 milliards qui seront nécessaires pour en doubler la capacité et aux centaines de millions qui devraient venir d’ici là pour des locomotives et des citernes de transport. Tout cela pour une province riche qui accumule les déficits parce qu’elle refuse d’imposer son monde à un niveau raisonnable. Une province victime de sa dépendance aux hydrocarbures et de son imprévoyance. Tout cela alors que l’économie tourne encore à plein régime, mais pas pour longtemps.

Voilà d’ailleurs ce que le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, craint le plus : un ralentissement de l’économie mondiale causé par la guerre entre les États-Unis et la Chine doublé d’une hausse générale des prix qui suivrait inévitablement l’imposition par M. Trump de tarifs de 25 % sur les importations chinoises, en sus des 10 % annoncés plus tôt cette année.

Dans une entrevue accordée en début de semaine au Globe and Mail, M. Poloz évoque ce scénario dramatique qui placerait les gouvernements et les banques centrales devant un choix déchirant : à quoi accorder la priorité ? À combattre l’augmentation généralisée des prix ou la décroissance de l’activité économique et son lot d’effets destructeurs ? Impossible de hausser les taux de peur d’amplifier le ralentissement, mais impossible aussi de les réduire de crainte d’alimenter l’inflation et du même coup l’endettement des ménages et des entreprises.

Alors, on attend. On attend de connaître la décision de la Fed ce matin ; on attend de savoir ce que fera M. Trump ; on attend les réactions du gouvernement chinois ; on attend de voir comment évolueront la demande et le prix du pétrole à l’échelle mondiale ; on attend les prochaines décisions de la Banque du Canada et le dénouement des contradictions jusqu’ici bien mal assumées du gouvernement Trudeau et de l’opposition conservatrice. On attend.

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