Opération dépistage

La Coalition avenir Québec a fait du dépistage précoce des troubles d’apprentissage et de développement chez les tout-petits l’un des fers de lance de sa campagne électorale. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le parti de François Legault joue de cohérence : le projet de règlement déposé cette semaine contraignant toutes les garderies à constituer un « dossier éducatif » colligeant des informations sur le développement des tout-petits permettra de suivre l’évolution des enfants, et ce, dès leur entrée dans les services éducatifs. Il s’agit d’une fabuleuse idée.

Un second volet du projet de règlement prévoit en toute logique de déterminer quels seront les « éléments obligatoires » que contiendront les programmes éducatifs de tous les services à la petite enfance. Au Devoir, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, ne fait aucun mystère des deux objectifs poursuivis : observer de manière « plus assidue les apprentissages des enfants » et offrir un « programme de meilleure qualité ».

Les experts et la science ont démontré de manière non équivoque que nombre des difficultés rencontrées lors du parcours scolaire peuvent être détectées entre les murs d’une garderie, d’un CPE, d’une prématernelle. Retard moteur, difficultés de concentration, capacités — ou incapacités — langagières, troubles de comportement : autant d’indices semés çà et là qui peuvent, dès l’âge le plus tendre, fournir un avant-goût des embûches du futur. Les dépister le plus tôt possible sous-entend bien sûr une intervention précoce.

La CAQ n’a évidemment pas inventé cette volonté nommée ailleurs d’« agir tôt », mais elle a certes l’audace d’allier de manière claire les univers de la petite enfance et de l’éducation, consacrant l’idée que le cursus d’apprentissage ne commence pas seulement au seuil de la petite école. Elle innove aussi en instituant l’idée que ce journal des observations, rempli par les éducatrices et présenté deux fois l’an aux parents, suivra l’enfant dans tout son développement scolaire ensuite. La mine d’informations précieuses dont disposeraient les équipes-écoles à l’arrivée au préscolaire ! Plusieurs garderies s’adonnent déjà à la préparation de ces journaux de bord, mais Québec souhaite maintenant en faire une obligation.

Mathieu Lacombe affirme tenir à ce point à ce projet qu’il est prêt à « prendre les moyens » nécessaires pour soutenir les éducatrices afin d’éviter une surcharge que craignent les syndicats. Si cette opération dépistage est menée de manière efficace, on peut espérer qu’au bout de la chaîne, la tâche s’allégera d’une autre manière : en réduisant le bassin des élèves en difficulté.

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