Soif de pétrole sale

Le premier ministre François Legault ne s’est pas montré des plus diplomatiques avec ses homologues des autres provinces en déclarant qu’il ne se sentait « pas du tout gêné de refuser de l’énergie sale » alors que le Québec, lui, a de l’énergie propre à écouler à bon prix.

Sur le fond, il a toutefois raison : il n’y a pas ici d’acceptabilité sociale pour un projet d’oléoduc comme celui d’Énergie Est, un projet que TransCanada a abandonné non seulement parce qu’il était rejeté par les Québécois, mais parce que sa viabilité économique était loin d’être assurée.

Or, du pétrole sale sous forme d’essence, les Québécois n’en ont jamais autant consommé. Selon le rapport intitulé État de l’énergie au Québec 2019 que vient de rendre public la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, les Québécois ont consommé 33 % plus d’essence en 2017 qu’en 1990 et 5 % de plus entre 2013 et 2017. Ce sont évidemment les véhicules énergivores comme les VUS et les camions légers qui ont causé cette augmentation, leurs ventes ayant progressé de 246 % entre 1990 et 2017.

Auparavant, les raffineries du Québec s’approvisionnaient en pétrole conventionnel en provenance d’Algérie, notamment, mais aujourd’hui, le pétrole vient surtout de l’Alberta et des États-Unis. En 2017, plus de 80 % du pétrole vient de ces sources, selon le rapport 2018 de l’Office national de l’énergie cité par Radio-Canada. Ce changement vient de l’inversion, en 2015, du flux pétrolier du pipeline 9B d’Enbridge. Or, le pétrole des sables bitumineux albertain et le pétrole de schiste américain sont plus « sales », pour reprendre le vocabulaire du premier ministre, que le pétrole conventionnel.

Craignant la grogne des propriétaires de  pick-up, François Legault refuse d’envisager de hausser les droits d’immatriculation sur les véhicules énergivores utilisés par des particuliers. En région, ce sont les véhicules de prédilection, comme le montre le rapport de HEC Montréal, et on estime qu’une telle mesure frapperait plus durement les « ruraux », qui n’ont pas accès à des transports collectifs dignes de ce nom, contrairement aux « urbains ».

La véritable lutte contre les changements climatiques se fera ailleurs, en vendant de l’électricité pour remplacer le gaz et le charbon aux États-Unis. Surtout, évitons de déplaire à des « gilets jaunes » potentiels et de nuire à la popularité du gouvernement : quand il est question d’énergie sale au Québec, François Legault est tout sauf énergique.

30 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 18 décembre 2018 04 h 43

    Surpris?


    Quand la main droite ignore ce que fait la main gauche. Bien révélateur et triste que tout cela. Ainsi va un gouvernement populiste. Et c'est loin d'être fini!

    M.L.

  • Éric Desjardins - Abonné 18 décembre 2018 06 h 13

    et si le ridicule tuait, je serais mort en vous lisant

    Intéressant de vous lire, mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Un jour ou l'autre faudra y venir, et cesser l'usage de ces camions utilitaires et autre energivores. Faudra aussi cesser la publicité de ces camions durant notamment les émissions de sport qui bassinent l'imaginaire des jeunes et moins jeunes à l'idée de puissance et de liberté que leur confèrent la possession de ces véhicules. Comme on l'a fait jadis pour la cigarette! Le plus ridicule ce matin en lisant votre article c'est cette publicité qui apparaît en pleine lecture montrant un animateur de talk show à l'américaine qui interview un gros camion GMC. Même en lisant Le Devoir on se fait assaillir, alors que l'on devrai faire la hyper promotion du transport en commun, de l'usage des taxis, de la location d'auto et de l'auto partage! M'enfin, comme on est parti, ce n'est pas demain la veille que l'on va voir cette tendance se renverser.

    • Walter Bertacchi - Abonné 18 décembre 2018 08 h 58

      En ce qui concerne la publicité je suis d'accord avec vous M. Desjardins et vous n'êtes pas le seul à le penser. Et comme on ne peut pas changer tout ça d'un seul coup, ça serait une bonne occasion de demander au journal Le Devoir d'être un leader en terme de promotion verte dans ses pages. Le Devoir est mon quotidien favori pour ses articles de fond, son indépendance journalistique et aussi par les commentaires de ses lecteurs que je ne manque jamais de lire car ils sont souvent informatifs et éclairants. Il est très difficile pour un quotidien papier et/ou électronique de se passer complètement de publicité cependant est-il possible qu'il fasse un choix judicieux de la publicité apparaissant dans ses pages tout en ne compromettant pas sa santé financière ? Je crois que c'est un défi que le Devoir peut relever. Alors encourageons le en ce sens et soyons nombreux à lui faire parvenir cette demande.

    • Gilles Gagné - Abonné 18 décembre 2018 10 h 36

      Commentaire intéressant. Vous attirez mon attention ce matin M. Desjardins sur cette publicité que vous écrivez avoir eu en lisant, j'ai été consulté AdBlock qui "roule" en arrière plan sur mon ordinateur et je constate que 12 publicités ont été bloquées sur cette page du Devoir. Il semble que pour survivre financièrement il devient essentiel de tenir des discours contradictoires.

    • Louise Collette - Abonnée 18 décembre 2018 13 h 33

      Cette publicité, il y en a pour tous les goûts, est agressante pour ne dire que ça, tellement, que je note bien de qui il s'agit et je m'assure de ne pas acheter ce produit. Pas moyen d'avoir la paix, impossible de lire des articles de journaux sur le net sans se faire inonder de publicité. Le Devoir n'y échappe pas, c'est regrettable.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 18 décembre 2018 15 h 53

      C'est, encore une fois, la preuve évidente que finalement l'argent (publicités) l'emporte toujours sur la raison!

  • François Beaulé - Abonné 18 décembre 2018 06 h 35

    Vendre de l'électricité aux Américains pour réduire les émissions de GES ?

    Pour que cela ait un sens, il faudrait que les Américains réduisent leur consommation de combustibles fossiles, ce que leur pays ne s'est pas engagé à faire. La consommation d'énergie est à la hausse au Québec, elle l'est encore plus aux États-Unis. Produire de l'énergie verte, c'est bien. Mais il faut une diminution radicale de la combustion des combustibles pour lutter contre les changements climatiques.

    Par ailleurs, si la hausse de la consommation de l'essence à été de 33 % au Québec entre 1990 et 2017, la hausse des émissions des véhicules lourds, alimentés au carburant diesel, a été de 171 % de 1990 à 2016. Et la hausse de la consommation de kérosène par les avions servant au transport des voyageurs a été de 112%. Les automobilistes ne sont donc pas les seuls à devoir modifier leurs habitudes.

    • Raymond Labelle - Abonné 18 décembre 2018 11 h 06

      La raison pour laquelle l'exportation d'électricité vers les EU a diminué est essentiellement dû au fait que l'on y a trouvé des formes moins coûteuses (en argent à court terme, si on fait abstraction des questions environnementales), surtout les gaz de schiste.

      De toute façon, peu importe la raison, ces exportations diminuent et HQ a de la misère à y vendre son électricité.

      De plus, FL invoque la difficulté et la baisse de ces exportations comme une des raisons pour justifier le retrait des projets des éoliennes. Il a raison sur ce dernier point, mais se contredit complètement lorsqu'il parle d'augmenter l'exportation d'électricité aux EU.

    • Raymond Labelle - Abonné 18 décembre 2018 13 h 13

      HQ a de la misère à exporter son électricité. Raison de plus pour entreprendre un grand chantier d'élecrification des transports au Québec - comme le moteur-roue entre Québec et Montréal, une belle technologie québécoise applicable au transport collectif.

  • Françoise Labelle - Abonnée 18 décembre 2018 07 h 16

    Le pétrole vient...

    Le Québec se nourissait du pétrole de la mer du Nord dans les années 90, de celui de l'Algérie (Total Desmarais) dans les années 2000 et maintenant du schiste et un peu de l'Alberta mais cette décision nous échappe. Je ne serais pas étonnée d'apprendre qu'elle fait partie de la politique des pétrolières pour nous prouver que nous dépendons plus de l'Alberta que du Vénézuela.

    Vous avez bien raison sur le manque d'énergie du gouvernement précédent et de sa présente copie en ce qui concerne les politiques pour limiter la consommation pétrolière. Le châr, c'est l'homme. Comme aurait pu le dire Buffon.

    Mais le pétrole albertain est sale et il n'y a rien à cacher là, à moins d'être très hypocrite. Ou diplomate, si vous voulez.
    Les 340 milles milliards (= billion en anglais) gallons de boue toxique répartie sur 97milles carrés (cf. Financial Post) n'attendent qu'un déluge ou un incendie pour causer des dommages environnementaux à la mesure de notre incurie.
    Je dis «notre» parce que l'Alberta aura besoin de péréquation pour nettoyer ça. Mais on appellera ça autrement. Comme l'achat du pipeline et les subventions annuelles de 3,3 milliards.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 18 décembre 2018 15 h 58

      Et surtout ne pas oublier que pour UN litre de pétrole bitumineux, il faut HUIT litres d'eau. Un jour il faudra bien se faire une raison et choisir: le pétrole ou l'eau? Lequel est le plus important?

  • Daniel Grant - Abonné 18 décembre 2018 08 h 17

    Énergie sale et péréquation

    Énergies Sales, ce n’est pas moins diplomatique que l’ouest qui nous traite d’assistés sociaux quand on sait que les plus gros assistés sociaux corporatifs sont les pétrolières de l'ouest.

    Les usagés consomment plus d’essence pcq qu’il n’y a pas de volonté politique pour changer le statu quo sauf quelques programmes rikiki (seules 2 provinces sur 10 ont un incitatif pour acheter un VE et $8000 ce n’est pas assez pour avoir un prix compétitif)

    Je me demande combien les raffineries de pétrole, Gaz métro et les bagnoles à pollution reçoivent en incitatifs pour nous polluer; en tout cas ils ne paient pas leurs taxes de vidanges qu’ils nous laissent dans l’environnement et les coûts de santé publique, ce qui est énormément plus que les petits $8000 pour VE)

    Les solutions existent aujourd’hui pour passer à la mobilité 100% électrique.

    Si on avait écouté Edison nous serions aujourd’hui plus près de la téléportation et du tapis volant que de gaspiller de l’énergie pour mouvoir une auto de 1700 kg qui transporter un humain de 150kg.

    La honte du QC c’est de ne pas se servir du surplus d’électricité pour devenir chef de file dans le domaine de la mobilité électrique

    Plus de VE se branche sur HQ plus cet argent revient dans notre économie et serviront à "nos" écoles et hôpitaux au lieu de celles du Texas.

    Oui il y a trop de pick-up utilisés pour aller chercher une douzaine de clous à finition à la quincaillerie du coin, mais c’est seulement pcq les Marchands de doute entravent la progression du VE.

    Et HQ est mieux de ne pas trop se faire d’illusion avec une énergie propre qui dépend de grand réseau pour la distribuer, pcq l’avenir est aux micro-réseaux autonomes d’énergie solaire et éolienne. HQ devrait se concentrer sur le stockage d'électricité propre et fournir les Tesla, BYD, VE et les micro-réseaux.

    • Raymond Labelle - Abonné 18 décembre 2018 11 h 10

      "La honte du QC c’est de ne pas se servir du surplus d’électricité pour devenir chef de file dans le domaine de la mobilité électrique" Oui.

    • Pierre Raymond - Abonné 18 décembre 2018 11 h 59

      Monsieur Grant, moi j'entrevois l'équation suivante.

      Hydro-Québec dépense une fortune dans la construction de lignes de transport d'électricité vers l'ontario et les U.S.A. pendant qu'on tente d'électrifier au maximum le transport des individus au Québec. Et un jour, les résidents du Québec se feront dire qu'on doit augmenter les tarifs d'électricité afin de limiter leur consommation car il n'y a plus de grandes réserves au point où il faudra " peut-être " construire de nouveaux barrages. Je n'ai même pas l'impression d'être pessimiste.

      Quand on n'a plus confiance... on n'a plus confiance !!!

    • Serge Lamarche - Abonné 18 décembre 2018 16 h 53

      Edison n'était pas le bon exemple. C'est Tesla qui a vraiment mis l'électricité sur la carte.

    • Denis Carrier - Abonné 18 décembre 2018 21 h 18

      D'accord avec vous, OUI à la voiture électrique et le plus tôt possible. Qu'on se le dise.

    • Daniel Grant - Abonné 19 décembre 2018 20 h 49

      @Serge Lamarche
      Oui mais sans rien enlever à Nicolas Tesla qui était visionnaire avec le Courant Alternatif, c’est à Edison que je pense quand je vois la borne de recharge rapide Tesla (Niveau 3) me donner hier en voyage à Drummondville 800 km/par heure de recharge, je n’ai même pas le temps de m’asseoir pour manger au restaurant que ma Tesla3 est déjà pleine. C’est possible par la recharge de DC à DC (Edison) alors que la recharge AC à DC (niveau 2) à la maison me donne environ 40 km/heure de recharge.
      Je ne suis pas électricien mais je pense que les bornes rapides peuvent atteindre de telles vitesses de recharge plus efficacement à partir du courant direct DC.

      Thomas Edison disait en 1931
      « Je mettrais mon argent sur le soleil et l’énergie solaire.
      Quelle source de puissance!
      J’espère que nous n’aurons pas à attendre l’épuisement du pétrole et le charbon avant de s’y mettre » excusez ma traduction.

    • Daniel Grant - Abonné 19 décembre 2018 21 h 00

      @Monsieur Pierre Raymond
      Je pense qu’on ne pourra plus justifier le coût énorme des nouveaux gros barrages vue les coût d’énergie solaire et éolienne qui baissent continuellement, même l’Arabie Saoudite remplace le gaz naturel par l’énergie solaire pour faire fonctionner leurs puits de forage (voir IRENA.ORG), c’est plus économique et ne dépend pas de subventions.
      Et avec les micro-réseaux autonomes nous allons dépendre de moins en moins de grandes centrales.