Prestations-cadeaux

L'annonce était attendue, elle est venue une semaine avant le déclenchement des élections. Ottawa ajoute cinq semaines de prestations aux 45 semaines auxquelles les travailleurs saisonniers ont présentement droit. Jadis, un certain Duplessis donnait des frigos, aujourd'hui, Paul Martin donne «du chômage». Où est le progrès ?

Il y a deux semaines, travailleurs, élus et commerçants de la Haute-Côte-Nord sont sortis dans la rue pour revendiquer qu'Ottawa bonifie le régime d'assurance-emploi, dont la réforme de 1996 est venue réduire les avantages. L'actuel premier ministre, Paul Martin, alors ministre des Finances, était sans doute celui qui attendait le plus de cette réforme, qui devait lui fournir la marge de manoeuvre suffisante pour venir à bout du déficit chronique du gouvernement et, plus tard, dégager des excédents fantastiques, année après année.

Pour encourager, voire forcer les chômeurs fréquents à travailler plus longtemps, Ottawa avait resserré les critères d'admission au régime et réduit la période des prestations. Ce faisant, il a créé ce fameux «trou noir» qui sépare la fin des prestations du début de la nouvelle saison de pêche, de construction, de tourisme ou autre.

En annonçant qu'il allongeait de cinq semaines la durée des prestations dans une année pour les travailleurs saisonniers de certaines régions encore indéterminées, Ottawa est venu satisfaire à une des demandes répétées des habitants des régions ressources, mais seulement de celles dont le taux de chômage est supérieur à 10 %.

Il va sans dire que ces modifications introduites à la hâte, sous forme de «projets pilotes» et par simple décret, soulageront temporairement des milliers de chômeurs saisonniers. Le malheur, c'est qu'elles n'amélioreront en rien les compétences des individus concernés, pas plus qu'elles ne s'attaqueront au problème du travail saisonnier, trop souvent de très courte durée.

Le sous-développement des régions est une question complexe, cela s'entend. Voilà bien pourquoi il faut faire plus que verser quelques semaines de prestations supplémentaires à des chômeurs, dont la majeure partie du revenu annuel provient déjà de l'assurance-emploi, pour trouver des réponses.

Depuis l'entrée en vigueur de la réforme, plusieurs études ont montré que, si le nouveau régime coûtait moins cher que l'ancien — ce qui n'est pas un mal —, en revanche, il passait souvent à côté de ses objectifs initiaux d'incitation à travailler plus longtemps, à accepter d'autres emplois, à chercher dans un autre domaine ou à parfaire la formation professionnelle. Dans certains cas, l'assurance-emploi réformée provoquerait même des résultats tout à fait contraires à ceux qui étaient poursuivis.

Après bientôt dix ans d'existence, le temps est venu pour Ottawa de revoir ce régime rapiécé sous la pression des uns et des autres, auquel on a greffé des responsabilités aussi variées que la lutte au déficit, les congés parentaux, les congés de maladie ou de compassion. Toutes choses, en somme, qui n'ont rien à voir avec l'adaptation de la main-d'oeuvre aux changements économiques.

À trop vouloir élargir son mandat, Ottawa a détourné l'assurance-emploi de ses objectifs initiaux, et ce ne sont certainement pas des projets pilotes conçus à la hâte, dans le but de séduire l'électorat de certains coins de pays où les libéraux tirent de l'arrière, qui corrigeront les failles du régime.
2 commentaires
  • Gaston Beauchesne - Inscrit 12 mai 2004 10 h 27

    Une annonce incomplète et surtout immorale

    Paul Martin a lui-même condamné les travailleuses et les travailleurs à manger leur pain noir et à vivre le trou noir en privant plus de la moité des chômeurs de leur droit à toucher des prestations.

    Maintenant, le travailleur est à la merci de son patron et n'a plus de liberté de s'en libérer sous peine de pénalité. Mais il est très condamnable que Paul Martin procède au vu et au su de tout le monde à une manoeuvre électorale dégradante sou prétexte de projets-pilote qui ne tiendront pas la route plus d'un an.

    Il sera étonnant (on peut le prévoir) que les Canadians et des Québécois lui fassent encore confiance. Après le scandale des armes à feu, celui des commandites, celui de l'Assurance-emploi, le nouveau de ce matin à propos des dons pour le Sida qui ne sont qu'une mise en scène avec l'artiste Bono, le vol du référendum de 1995, etc... il y aura celui de la réélection des libéraux par une majorité inconsciente.

    Quand on peut garrocher les millions par centaines pour arracher des votes, il est certain que le reste suivra tant et aussi longtemps qu'on n'aura pas circonscrit la tenue des élections à date fixe et empêché un gouvernement de modifier des règles sans législation à quelques jours des élections.

    Gaston Beauchesne

  • Jeannot Vachon - Inscrit 13 mai 2004 22 h 56

    De l'impôt déguisé soutiré aux petits travailleurs

    Subventionner les travailleurs saisonniers a du sens, mais ce sont les gagne-petit qui paient la note alors que les contribuables aisés s'en tirent en majeure partie. Quand on parle d'assurance, n'est-il pas injuste que des assurés soient sûrs d'être gagnants alors que pour d'autres c'est exactement l'inverse et ils sont obligés de cotiser ?

    En réalité le gouvernement vole les travailleurs à faible revenu de 2 façons. D'abord il recueille trop d'argent des cotisations, ce qui en fait un impôt déguisé. Ensuite il oblige ces travailleurs à subventionner les industries saisonnières et les régions pauvres du pays. Avec le chômage on subventionne aussi des congés parentaux qui ne sont pas un risque à assurer mais une décision planifiée. Il pourra se greffer de nombreux projets similaires dans le futur puisque la caisse d'assurance-chômage a des surplus.

    Ces causes sont nobles, j'en conviens, mais pourquoi les petits travailleurs doivent-ils en porter le poids ? Parce que ce sont des gens proches de leur classe sociale qui en profitent ?

    Cet impôt spécial coûte aussi cher à un travailleur à 40,000 qu'à un médecin qui en gagne 200,000. Celui qui gagne 20,000 par an est sur le seuil de la pauvreté. Même s'il doit faire vivre une femme et 2 enfants et qu'il gagne 10 fois moins que ce médecin, il devra cotiser un montant égal à 50% de la cotisation de celui-là, non pas pour un coût d'assurance, mais pour une faible partie d'asssurance et une majeure partie d'impôt spécial à verser en subventions à différents groupes. Pourquoi ce fardeau fiscal n'est-il pas réparti équitablement à l'ensemble de la population en fonction des revenus de chacun ?

    Pour qu'il y ait équité, il faudrait 2 sortes d'assurance-emploi, une pour les cotiseurs stables et une autre pour les récidivistes du chômage ou pour ceux qui profitent de telles subventions déguisées. L'une qu'on pourrait appeler l'assurance emploi saisonnier coûterait plus cher en primes et rapporterait moins en prestations et ce serait l'inverse pour l'assurance emploi régulière.

    On parle toujours que le privé gère mieux ses affaires que le gouvernement. Celui qui fait plusieurs réclamations s'apperçoit vite que sa prime augmente de façon exponentielle. Le privé ne facture pas les uns pour subventionner les autres. À risque égal, prime égale, mais si le risque augmente pour un groupe, c'est ce groupe qui paie et non l'ensemble des clients.

    Si j'ai une sécurité d'emploi, pourquoi je paierais aussi cher mais à l'année longue qu'un travailleur saisonnier qui sera régulièrement en chômage 8 mois sur 12 ?

    Si le gouvernement tient à soutenir les régions pauvres et les industries saisonnières, qu'il en fasse partager le poids à tous les contribuables. Ceux qui profitent de ce systême doivent s'attendre à payer doublement autant en primes qu'en prestations. S'ils ont choisi de vivre dans une région pauvre ou de travailler dans une industrie pauvre, ils doivent en assumer les conséquences, plutôt que de profiter du climat électoral pour faire du bruit et essayer d'en soutirer un peu plus, non pas du gouvernement, mais des gagne-petits qui à la fin paient la facture.

    Avec cette solution on en arriverait à l'inverse de ce qui se passe actuellement. Le gouvernement, via l'ensemble des impôts perçus, couvrirait les pertes encourues par l'assurance emploi saisonnier, alors que l'autre serait autonome, ni en surplus ni déficitaire, du moins sur un long terme.

    De plus, avec les économies réalisées et le capital d'assurance rapatrié vers son but initial, le gouvernement pourrait offrir des conditions plus avantageuses, en termes de stabilité du revenu pour les emplois saisonniers, plutôt que de cochonner les chômeurs avec des règles impossibles comme il l'a fait depuis plusieurs années.


    Jeannot Vachon
    Comptable
    Québec