Une aide coûteuse

L’énoncé économique d’automne du nouveau gouvernement du Québec réserve presque autant d’argent frais aux entreprises qu’aux particuliers d’ici 2023, soit 1,6 milliard de dollars contre 1,7 milliard. Ce qui s’ajoute aux nombreux programmes d’aide dont le Québec est le champion canadien.

La nouvelle dépense prend la forme d’une déduction fiscale de 100 % des nouveaux investissements dès la première année, et de 30 % supplémentaires l’année suivante. Si le plan fonctionne, Québec espère que cela ajoutera 6 milliards d’investissements à ce qui était déjà prévu.

Ceux qui ont suivi l’énoncé fédéral, il y a deux semaines, auront compris que l’annonce du Québec est un copier-coller bonifié pour répondre aux baisses d’impôts du président américain et aux intentions exprimées par le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford.

En matière de ratio de contribution de l’État aux nouveaux investissements (1,6 milliard/6 milliards, et presque le double quand on additionne la contribution du fédéral), la mesure est très coûteuse.

Ce qui la rend si onéreuse, c’est le fait qu’elle s’applique à tous les futurs investissements, y compris ceux qui auraient été réalisés de toute façon. Elle ne sera en vigueur que jusqu’en 2024, à moins qu’on « oublie » de l’annuler sous la pression des milieux d’affaires.

En plus de cette mesure tout de même préférable à de simples baisses d’impôt qui ne profitent qu’aux actionnaires, le gouvernement prolonge d’une année l’adhésion à cet autre programme temporaire de rabais d’électricité accordés à des projets d’investissements industriels majeurs et aux producteurs en serre. On ne précise pas si les producteurs de cannabis pourront en profiter, alors il faut croire que c’est le cas.

Seront aussi admissibles à un rabais d’électricité temporaire de 20 % les nouveaux projets réalisés en régions éloignées desservies par des réseaux autonomes alimentés au mazout ou au gaz. Et si le projet inclut des méthodes de production qui réduisent les émissions de CO₂ (ce qui ne constitue malheureusement pas une condition initiale), le prix sera encore plus bas.

Tout en réitérant l’intention du Québec de maintenir sa participation au marché du carbone, duquel l’Ontario s’est retiré, l’énoncé économique s’engage à en étudier l’impact sur la compétitivité des entreprises. Il faut savoir que plusieurs d’entre elles devront se résoudre à acheter à grands frais des crédits de la Californie pour compenser leur incapacité à réduire leurs émissions de CO₂. Donc, attendons-nous à un autre programme de subventions aux cimenteries et autres grands pollueurs pour que le Québec respecte, sur papier, la cible de 2030.

2 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 4 décembre 2018 08 h 35

    ENTREPRISES... À DÉVELOPPEMENT DE PROXIMITÉ ET DURABLE

    Encore et encore l'$$$ des citoyens investit dans le pareil au même « économique » d'un autre siècle.
    Coudon, nos éluEs ne sont-ils pas entourés de personnes avec une vision élargie sur ce qui se fait le mieux ici et là concernant le développement de proximité et durable?
    C'est sinistre.

  • François Beaulé - Abonné 4 décembre 2018 08 h 52

    Bourse du carbone : au Canada, seul le Québec y participe

    La participation à la bourse du carbone est-elle vraiment une bonne affaire pour le Québec ? Ne vaudrait-il pas mieux une écofiscalité, des taxes sur le carbone qui restent au Québec au lieu d'aller enrichir les Californiens ?

    Ce débat n'a pas été fait.