CHSLD: maltraitance institutionnelle

Dans son rapport annuel d’activités 2017-2018, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, déplore, comme l’avait fait sa prédécesseure, la situation qui prévaut dans de nombreux centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) où les résidents ne reçoivent pas les soins et les services dont ils ont besoin. Mais alors que Raymonde Saint-Germain critiquait les compressions qui avaient lésé ces personnes vulnérables, Marie Rinfret pointe plutôt vers une organisation déficiente, des ratios, qui ne tiennent pas compte de la lourdeur des cas et la pénurie de personnel. Les compressions aveugles sont peut-être chose du passé, mais l’incurie est aujourd’hui cautionnée par les gestionnaires.

On savait déjà que le personnel des CHSLD peinait à suffire à la tâche. Les pingres ratios personnel-résidents entraînent une surcharge de travail qui, elle, accroît l’absentéisme. Ce cercle vicieux est désormais aggravé par la pénurie de main-d’oeuvre. Résultat : les équipes de travail sont incomplètes, ce qui commande une réorganisation des soins visant leur réduction. La situation « s’apparente à de la maltraitance » au sens de la Loi visant à lutter contre la maltraitance envers les aînés, juge la protectrice du citoyen.

Or cette maltraitance est désormais intégrée dans l’organisation des CHSLD, balisée par des pratiques qu’édictent les administrations. L’incapacité de former des équipes complètes est un phénomène tellement fréquent que « des CHSLD ont élaboré des directives écrites guidant les décisions du personnel de soins quant à la réorganisation des tâches et au report ou à l’annulation de certains soins ou services », relève Marie Rinfret, ce qui enfreint la Loi sur les services de santé ainsi que les orientations ministérielles.

Parallèlement à cette maltraitance institutionnelle émergent d’autres modèles. Notre journaliste Isabelle Porter rapportait l’expérience d’un CHSLD qui sort de l’ordinaire et dont la ministre Marguerite Blais veut s’inspirer pour l’implantation des futures Maisons des aînés, une promesse caquiste. Un modèle à l’échelle humaine qui requiert du personnel syndiqué une certaine polyvalence, mais qui repose aussi sur des ratios beaucoup moins élevés.

Le gouvernement Legault projette de récupérer un milliard par an en réduisant l’excessive rémunération des médecins. Nous savons déjà à quoi cet argent peut servir : aux soins et au soutien des personnes vulnérables dans les CHSLD, mais aussi dans les résidences privées et à domicile.

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