Réduction des GES: échec libéral, devoir caquiste

S’il nous fallait une preuve que le gouvernement québécois est mollasson et inefficace dans sa lutte contre les changements climatiques, nous venons d’en obtenir non pas une mais deux, coup sur coup.

Dans une entrevue accordée au Devoir et publiée jeudi, le président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval, demande au gouvernement québécois de montrer moins d’insouciance et de passivité à l’égard du péril climatique alors qu’« il faudrait qu’on bouge pour ne pas arriver dans un mur ».

Que le CPQ, qui représente des milliers d’entreprises, dont de grands émetteurs industriels de gaz à effet de serre comme les alumineries et les papetières, sente le besoin de rappeler à l’État son devoir d’accélérer la transition vers une économie verte grâce à la réglementation et à l’écofiscalité, c’est le monde à l’envers. C’est aussi le signe que quelque chose ne va pas au gouvernement. Selon Yves-Thomas Dorval, le premier ministre Philippe Couillard avait fait preuve de la même « myopie » il y a trois ans quand le patronat a tenté en vain de le convaincre de l’importance d’adopter une stratégie pour contrer les pénuries de main-d’oeuvre. En politique, on « repousse toujours les problèmes qui sont à long terme », fait-il observer.

Le président du CPQ n’est guère rassuré par le nouveau gouvernement caquiste, dont l’électorat considère toute nouvelle initiative environnementale « comme une affaire venant du Plateau Mont-Royal ».

À l’Assemblée nationale jeudi, la sémillante MarieChantal Chassé, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, a ajouté une autre preuve au dossier en déposant l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2016 et leur évolution depuis 1990. On y apprend que les émissions de GES ont très légèrement augmenté entre 2015 et 2016, ce qui signifie que nous ne nous sommes aucunement rapprochés de la cible de réduction de GES de 20 % d’ici 2020, par rapport à 1990. À la lumière des données de 2016, à trois ans de l’échéance donc, le Québec a parcouru moins de la moitié (9,1 %) du chemin. Depuis la publication du Plan d’action 2013-2020 par le gouvernement libéral, la réduction n’a pas dépassé deux points de pourcentage.

Tandis que le gouvernement Legault parle du troisième lien à Québec comme d’une chose acquise, il est à noter que les émissions de GES imputables aux transports, dont 80 % proviennent de la circulation routière, ont bondi de 22 % depuis 1990 ; c’est le secteur industriel qui a principalement contribué à la réduction.

Il y a fort à parier que le gouvernement caquiste s’appuiera sur ces données pour renoncer à l’objectif de 2020. On ne peut reprocher à François Legault de constater l’échec environnemental du gouvernement libéral et de considérer que cette cible soit hors de portée. Mais le premier ministre doit maintenir l’objectif ultime d’une réduction de 35 % d’ici 2030. Il devra aussi réaliser que des mesures énergiques et contraignantes seront nécessaires. Et que c’est, au premier chef, son électorat banlieusard et en région, fortement dépendant de l’automobile, qui sera mis à contribution.

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