Revue de presse - Parizeau et Harper, même combat?

Stephen Harper, ci-devant chef du Parti conservateur du Canada, a, comme Jacques Parizeau, sa déclaration honteuse, affirmait John Ibbitson dans le Globe and Mail jeudi. Cette phrase ressemble justement à celle de l'ancien chef péquiste. Et les libéraux voudraient bien qu'elle lui colle à la peau. Qu'a-t-il dit? Tentant d'expliquer les faibles appuis obtenus par les libéraux dans l'Ouest, il avait déclaré: «Vous devez savoir qu'à l'ouest de Winnipeg, les circonscriptions qui ont voté libéral sont dominées par des gens qui sont ou bien des immigrants asiatiques récents, ou bien des gens qui viennent de l'est du Canada, des gens qui vivent dans des ghettos et qui ne sont pas intégrés à la société canadienne de l'Ouest.» Selon Ibbitson, qui tique particulièrement sur le mot «ghetto», il n'y a pas de différence entre cette déclaration et la fameuse phrase sur «l'argent et les votes ethniques».

M. Harper a refusé de s'excuser lorsqu'un libéral a lu la déclaration aux Communes, rapporte Ibbitson. Selon ce dernier, les propos de Harper sont empreints des «mythes fondateurs albertains», lesquels veulent d'abord que les Albertains ne doivent leur prospérité qu'à eux-mêmes, qu'à leurs «vertus personnelles et culturelles», et non à la chance qu'ils ont eue de se trouver successivement sur une terre extrêmement riche, puis sur une gigantesque nappe de pétrole. Autre part de mythe, dit Ibbitson: leur prospérité est «affreusement exploitée par les rapaces de l'Est».

Ces mythes, contrairement à ceux de l'Ontario, explique Ibbitson, n'ont pas été mis à l'épreuve de la diversité immigrante. «L'Alberta demeure beaucoup plus homogène d'un point de vue ethnique et culturel», dit Ibbitson. Et ce qu'a dit Harper est donc en partie juste. «Et à ce compte-là, Jacques Parizeau aussi avait raison» sur le plan sociologique, note Ibbitson. (Ce qui ne rend pas sa déclaration, dit Ibbitson, moins «malveillante, disgracieuse et possiblement antisémitisme pour autant», ce pourquoi «il a dû démissionner».)

Et Harper? Bien qu'il ait quitté la «petite coterie d'intellectuels albertains crypto-séparatistes dont il provient», il nous doit des explications, affirme Ibbitson. «Il doit nous dire par exemple ce qu'il pense vraiment de ce pays [...] et, puisqu'il est né et a grandi en Ontario, il doit nous révéler dans quel "ghetto" albertain il a habité.»

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«La commercialisation de tout se poursuit», écrivait le Globe and Mail hier dans un éditorial senti et, disons-le, remarquable. Ce qui conduit le Globe à un tel constat? Pendant trois jours le mois prochain, dans le baseball majeur, les trois coussins et les espaces de réchauffement pour les joueurs seront couverts de pubs pour le film Spider-Man 2. Bien sûr, fait remarquer l'éditorialiste, il n'y a pas de précédent ici: la Ligue nationale de hockey a déjà commercialisé à peu près tous les millimètres carrés qu'on peut trouver dans un aréna (et une soirée au hockey de la LNH représente aujourd'hui le summum de l'agression publicitaire). Les ligues de basketball aussi. Et le derby du Kentucky aussi. Et...

Mais le cas du baseball est à part, dit le Globe. «C'est le plus mythique des sports américains.» Le Globe reprend ainsi la phrase du chanteur Paul Simon: «Where have you gone, Jo DiMaggio?» Violer par la publicité l'espace du baseball, c'est s'introduire dans un «sanctuaire», ose même écrire le Globe, «rentabiliser l'équivalent d'un dîner en famille». Même si nous savons tous que le sport professionnel est devenu une industrie, c'est choquant.

Et c'est un signe des temps. En effet, le sport n'est pas la seule sphère de notre société à avoir été «corrompue par l'argent». La culture aussi a son lot «de placements de produit», notamment les téléromans. Le Globe ajoute ici cet incroyable exemple: le dernier roman The Bulgari Connection, de l'auteure britannique Fay Weldon, qui porte sur le monde des joailliers, a été commandité par un producteur de bijoux! «Nous écoutons des acteurs et des athlètes parler en public de maladies dont ils sont atteints pour découvrir ensuite qu'ils ont été payés par des compagnies pharmaceutiques pour le faire. Les publicitaires embauchent maintenant des gens pour aller discuter de leurs produits dans les bars. La vie n'est plus maintenant que ce qui se produit entre deux messages publicitaires.» Et, comme le Globe aurait pu l'ajouter, nous sommes tous en puissance des vedettes d'un pénible Truman Show, ce film américain dans lequel Jim Carey joue un personnage plongé à son insu dans une émission de téléréalité truffée de pub.

Peut-être que le sport, avec ses rituels, ses hymnes nationaux, ses chansons, ses traditions, a entretenu pendant des décennies l'illusion que tout cela n'était pas qu'industrie et rapports commerciaux. «Mais il serait surprenant que le baseball professionnel ait envie d'imiter l'approche du dramaturge Bertolt Brecht, qui veut que l'auditoire s'aperçoive que le théâtre n'est qu'illusion.» Non, il le fait parce «qu'il y a de l'argent à gagner et que tout le monde le fait de toute façon». Il est certes un peu tard, convient le Globe, «mais tout cela mérite bien une complainte». Le Globe conclut en citant Fay Vincent, un ancien commissaire du baseball: «C'est inévitable, mais c'est affreux.»

Or on apprenait hier que, devant la colère de plusieurs fans, similaire à celle du Globe, le baseball majeur a finalement reculé et n'acceptera pas de publicité dans son sanctuaire. «Les fans ont dit No Logo», pouvait-on lire hier dans un site Internet. Notez que cette précision est commanditée par Jean Dion.

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Toronto est en train de devenir «l'entrepôt des sans-abri du Canada» («the «homeless depot of Canada»). Cette formule vient d'un conseiller de la Ville-reine, reprise par la chroniqueuse Sue-Ann Levy, du Toronto Sun. Levy se plaint de ceci: «Alors que la ville a eu du mal à boucler son budget de 7,5 milliards le mois dernier, elle s'apprête à ouvrir 390 lits dans des foyers pour personnes sans abri.» Selon Levy, ces lits, dont le coût par nuit est en moyenne de 54 $ chacun, reviendront à concentrer les sans-abri «dans des entrepôts», ce qui contribuera à perpétuer leur «cycle de dépendance». Levy déplore le fait que la ville y consacrera 6,1 millions alors que le fédéral versera 9,3 millions. Toronto compte déjà 4228 lits dispersés dans les foyers de la ville.

Levy trouve que les sans-logis seront trop bien traités. Deux des six nouveaux foyers qui ouvriront leurs portes offriront des programmes spéciaux pour femmes et jeunes qui ont des problèmes d'alcool. «Dans le cas des femmes, elles pourraient obtenir un verre de vin à chaque heure.» Les jeunes, pour leur part, pourront obtenir des cigarettes gratuites, «mais pas d'alcool». Levy s'indigne: «Holy smoke! Au lieu de perpétuer leurs dépendances, pourquoi ne pas demander à ces sans-abri de ramasser les déchets dans cette ville!»

Élément de contexte: à Toronto, après l'ère de Mel Lastman (le maire qui avait serré la main d'un Hell's Angel et fait une blague raciste avant de se rendre en Afrique), qui a suivi la fusion, la gauche a pris le pouvoir. Levy affirme ceci: «Il semble qu'il n'y ait plus d'imputabilité à l'hôtel de ville. Avec les gauchistes au pouvoir, tout est permis, ou presque.»

Le maire David Miller «et ses camarades» soulignent l'importance du logement social, dit Levy. La chroniqueuse commente: «Si la ville est dans une situation financière si précaire qu'elle n'arrive pas à réparer les nids-de-poule et encore moins à refaire les artères de la ville, nos dollars, puisqu'ils sont si rares, ne devraient-ils pas être consacrés au logement permanent plutôt qu'à de simples abris?» En effet, les foyers ont pour effet pernicieux, dit le conseiller municipal Doug Holiday, cité par Levy, «de faire en sorte que Toronto devienne un aimant toujours plus puissant pour les sans-logis». Selon Holiday, «plus la quantité de lits disponibles est grande, plus ils viendront s'établir à Toronto».