Toute la vérité

L'enquête du comité des Comptes publics des Communes sur le scandale des commandites est presque close. L'exercice, s'il a été utile à certains égards, ne peut toutefois pas être considéré comme étant concluant. Le comité manquait de moyens et ses travaux se sont rapidement transformés en spectacle, toutes choses que la commission d'enquête du juge Gomery sur ce même sujet devrait savoir éviter.

Le bilan des travaux du comité des Comptes publics n'est pas totalement négatif. Les nombreuses séances du comité, la plupart télévisées, auront permis au public de voir et d'entendre plusieurs des acteurs de ce vaste scandale. De les voir et de les entendre chercher à se justifier avec, dans certains cas, une rare insolence. De les voir et de les entendre se contredire, démontrant ainsi la nécessité qu'il y a d'aller au fond des choses.

Les attentes à l'endroit des travaux du comité des Comptes publics étaient élevées. Tous, à commencer par le premier ministre Paul Martin, pensaient que les députés arriveraient à identifier les responsables et à établir la toile de fond de ce scandale. Naïvement, on a même cru que les députés sauraient mettre de côté toute partisanerie du fait que le nouveau premier ministre avait promis, dans le cadre de sa réforme démocratique, de laisser davantage de latitude aux députés. En l'espace de quelques jours, le naturel est revenu au galop. Les députés ministériels ont manoeuvré de façon à ne pas embêter le gouvernement tandis que l'opposition dénaturait certaines conclusions du rapport de la vérificatrice générale sur la gestion du programme de commandites pour mieux charger le gouvernement.

De tels comportements étaient inévitables. Les comités, dans le système parlementaire canadien, n'ont pas la même indépendance que les comités du Congrès aux États-Unis. Les députés ministériels sont tenus de défendre les points de vue du gouvernement. Au surplus, ce sont des comités dont la fonction consiste généralement à tenir des consultations publiques ou à étudier des projets de loi. L'exercice mené par le comité des Comptes publics doit être vu comme une expérience dont il faudra tirer des leçons si jamais on veut la renouveler.

À l'avenir, il faudra donner davantage de moyens aux comités chargés de mener de telles enquêtes. Les députés ont besoin d'être appuyés par des équipes de recherche aguerries pour les aider à se diriger. Dans le cas présent, ils ont travaillé à l'aveuglette, se lançant tête première dans l'audition de témoins. Résultat, les Gagliano et les Guité ont pu se tirer de leurs comparutions presque indemnes.

Pour des raisons électorales, tout cet exercice a été bâclé. Le gouvernement était pressé de se sortir d'un scandale où il s'enlisait de plus en plus profondément. Heureusement, le juge Gomery, à qui le premier ministre Martin a confié la direction d'une enquête publique, n'entend pas se laisser dicter un échéancier par le gouvernement. La célérité ne sera que l'un des cinq principes qui guideront son travail, a-t-il dit hier à l'occasion de sa première intervention publique. Les autres principes seront l'indépendance de la commission par rapport au gouvernement, l'équité envers les témoins, la minutie dans la recherche des faits et l'efficacité. On peut voir là une mise en garde du juge à l'endroit du gouvernement, auquel il dit de le laisser faire son travail à l'abri de toute pression.

L'enquête du juge Gomery prendra le temps requis pour aller au fond des choses. Dix-huit, vingt-quatre mois? Peu importe. Il faudra prendre le temps qu'il faut pour établir la vérité, toute la vérité. C'est ce que le public attend. Il y a droit.

bdescoteaux@ledevoir.ca