Les défis de François Legault

Les sondages qui prévoyaient un gouvernement minoritaire ont été déjoués. Profitant de l’actuel mode de scrutin uninominal à un tour, la Coalition avenir Québec a remporté 74 sièges, soit 59 % du total, avec 38 % des voix. Cette réalité est importante : François Legault doit avant tout rechercher le bien commun, être le premier ministre de tous les Québécois et pas seulement celui des électeurs caquistes.

Lors de son baptême de feu devant les journalistes à titre de premier ministre désigné, François Legault a envoyé, au lendemain de sa victoire, des signaux encourageants. Il a affirmé que le défi qui se présentait à lui consistait à rassembler la population, à faire en sorte que ceux qui n’ont pas voté pour la CAQ se retrouvent aussi dans le projet caquiste. Il a même annoncé son intention de collaborer avec les partis d’opposition. Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire, mais au moins, la volonté semble y être.

En énonçant ses priorités à court terme, le premier ministre caquiste a mis de l’eau dans son vin au sujet de la maternelle 4 ans. Retirer les enfants de 4 ans des centres de la petite enfance (CPE) et des garderies subventionnées, comme le veut le programme électoral de la CAQ, pour les envoyer dans un réseau de maternelles dont l’implantation rapide apparaît irréaliste n’est pas le meilleur exemple d’une allocation optimale des ressources de l’État. Pratico-pratique, il se limitera à assurer le dépistage en bas âge des enfants qui pourraient éprouver des difficultés d’apprentissage, où qu’ils se trouvent. Les CPE, qui accueillent 20 % des enfants de quatre ans, seront mis à contribution, a-t-il laissé entendre. C’est le bon sens.

En matière d’immigration, François Legault a voulu calmer le jeu tout en maintenant sa volonté d’abaisser à 40 000 le nombre d’immigrants admis annuellement. Il a évité de parler d’expulsion, soulignant que son gouvernement entend « montrer que le Québec est inclusif ». Et comme le seuil d’immigration dépend des besoins en main-d’oeuvre et qu’il existe un lien direct entre l’intégration en emploi des immigrants et leur intégration tout court, on peut comprendre qu’un tel seuil n’est pas coulé dans le béton.

Autre sujet litigieux, le remplacement des commissions scolaires et de leurs élus par des centres de services n’est pas dans ses plans immédiats. François Legault, qui s’est engagé à maintenir le Secrétariat des relations avec les Québécois d’expression anglaise, une instance créée par le gouvernement Couillard, devra nous dire comment, en abolissant les commissions scolaires, il entend préserver les droits constitutionnels de cette minorité. Il faut saluer sa volonté d’y accorder un minimum de réflexion.

C’est en matière d’environnement que la vacuité de la CAQ est criante. À une question sur le sujet mardi, François Legault a cité son projet d’exportation d’électricité pour remplacer les centrales nucléaires de nos voisins et évoqué des mesures de protection de l’environnement sans les préciser. C’est bien court et bien vague. Les trois autres partis disposaient de plateformes environnementales étoffées. S’il est vrai qu’il veut représenter aussi les électeurs qui n’ont pas voté pour la CAQ, il aurait intérêt à s’inspirer de ces propositions, d’autant plus que sur le plan économique, la cause de l’environnement se défend très bien.

Sa volonté de collaborer avec les partis d’opposition sera mise à l’épreuve avec l’introduction d’un mode de scrutin proportionnel. Même si son parti a largement bénéficié lundi du système électoral actuel, François Legault a réitéré son engagement de présenter, d’ici octobre 2019, un projet de loi en ce sens, engagement couché par écrit dans une lettre signée en mai dernier par la CAQ, le Parti québécois, Québec solidaire et le Parti vert. Or nul doute que le projet nécessitera une bonne dose d’abnégation de la part de ses députés.

Maintenant qu’il est à la tête du gouvernement, François Legault doit se débarrasser des scories populistes qui, censées attirer une frange de l’électorat, émaillaient son programme électoral et reconsidérer les propositions malavisées dont l’application serait contre-productive ou difficile, voire impossible. Un parti nouvellement élu doit certes chercher à respecter ses engagements, mais il doit également éviter de s’enfoncer aveuglément dans l’erreur.

« Je suis un gars pragmatique », a-t-il clamé dans ses nouveaux habits de premier ministre. Étiqueté à droite par les progressistes, François Legault, écartelé entre son fonds social-démocrate et les reliquats de la droite adéquiste, doit justement faire preuve de pragmatisme et gouverner au centre pour l’ensemble des Québécois.

13 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 octobre 2018 00 h 17

    Vox populi, vox Dei

    Toutes les suggestions de M.Dutrisac sont empreintes de sagesse.

    Mais les engagements de la CAQ, aussi mal avisés soient-elles, correspondent à la volonté populaire.

    En se faisant l’avocat du diable, ne peut-on pas dire que M.Legault contribuerait au cynisme de très nombreux électeurs en abandonnant, aussitôt élu, les mesures-phares de son programme électoral.

    La vérité est que le peuple a voté pour un programme électoral stupide. Je souhaite, au contraire, qu’il apprenne à la dure l’importance de faire des choix éclairés le jour du scrutin.

  • Denis Paquette - Abonné 3 octobre 2018 03 h 34

    faire parti du monde quel défi et peut être n'en sommes nous qu'au début

    Une chose est sur le Québec ne sera pas plus facile a administrer qu'il ne l'était par le passé, ne dit-on pas que le monde toujours se complexifie,si hier il était un terrain de jeux pour ambitieux , qu'est-il devenu depuis , aller seulement faire un tour au jardin botaniquet au stade , ou dans le vieux montreal, vous comprendrez si montreal est devenu une métropole, qu'est devenu le québec

  • Daniel Gagnon - Abonné 3 octobre 2018 05 h 17

    Déficit d'attention

    L’enjeu est le suivant: avant, le gouvernement était au centre de tout. Aujourd’hui, c’est le désabusement qui est la vedette! Ce taux de participation minimal, abyssal, est si fou, le plus bas depuis 90 ans, qu’on se demande ce que les électeurs peuvent bien avoir dans la tête.
    On dirait bien que tout le monde s’en fout! Le Québec s’en va à vau-l’eau, et rien ne semble alarmer la population. C’est un peu comme les changements climatiques : tornades, tsunamis, ouragans monstrueux, inondations comme Noé lui-même n’en a jamais vu dans son arche, rien ne fait bouger l’électeur. Il dort chez lui, ankylosé, abasourdi, écœuré!

  • Jean-Marc Simard - Abonné 3 octobre 2018 06 h 17

    Le Québec est inclusif certes, mais...

    Certes le Québec est inclusif et son économie a besoin d'une main d'oeuvre étrangère...Mais être inclusif ne signifie pas ouvrir les portes de nos frontières en faisant de l'accueil un «free for all» en accueillant des immigrants dont la rigidité religieuse et/ou idéologique est néfaste à la réalisation du véritable but de l'immigration, soit de servir de main d'oeuvre de soutien économique... Faire la sélection pour s'assurer que les nouveaux arrivants respectent les valeurs de la population qui accueille ne veut pas dire que cette même population n'est pas inclusive...Au contraire...Cela signifie que ces valeurs doivent être protégées car elles font partie de son identité...Or une certaine classe d'immigrants n'ont que faire des valeurs de la population qui accueille, mais veulent imposer les leurs...Ce ne sont plus des immigrants économiques mais des envahisseurs idéologiques...Ce sont ces immigrants-là qui sèment le trouble partout en Europe,,, Pour éviter que ce trouble grandisse au Québec, il faut faire un choix judicieux parmi les populations qui veulent immigrer au Québec, pour améliorer leur condition économique...Et il y en dans tous les pays...Alors prenons bien soin de bien choisir ceux qui parmi eux acceptent de respecter les valeurs judéo-chrétiennes du Québec que l'on retrouve dans le slogan de la révolution française: soit l'égalité, la liberté et la fraternité...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 3 octobre 2018 07 h 12

    … lego !?!

    « Il a affirmé que le défi qui se présentait à lui consistait à rassembler la population, à faire en sorte que ceux qui n’ont pas voté pour la CAQ se retrouvent aussi dans le projet caquiste. « (Robert Dutrisac, Le Devoir)

    Bien sûr que certes, mais la population a-t-elle le choix de se retrouver, volontairement ou selon, audit Projet caquiste ?

    De plus, lors de sa première sortie de presse (hier), on-dirait que le PM désigné, venant possiblement de réaliser l’immensité de sa tâche, s’est adressé avec prudence (hésitation ?) sur quelques priorités (économie, éducation, santé) qu’il entend, maintenant, développer avec son équipe « pour » le Québec !

    Que l’on soit d’accord, ou selon, avec son « nationalisme non-indépendentiste » et son « fond social-démocrate », il est à souhaiter que son pragmatisme annoncé (principal défi ?), demeurant dynamique et transparent, encourage le Québec à grandir avec sagesse plutôt qu’avec des jeux de …

    … lego !?! - 3 oct 2018 -