Fin de campagne: coups bas

François Legault a réussi à faire sortir de sa réserve Philippe Couillard, lui qui s’était engagé en début de campagne électorale à éviter de lancer de basses attaques à l’endroit de ses adversaires, promettant plutôt de se maintenir à la hauteur des idées. « Je vais dire comme on dit dans les établissements scolaires : c’est-tu moi qui ai commencé ? » s’est défendu le chef libéral.

En cette fin de campagne, nous en sommes donc rendus à d’infantiles chicaneries de cours d’école avec des arguments comme « Celui qui l’dit, celui qui l’est ».

Non sans perfidie, le chef caquiste a amorcé les hostilités en formulant l’hypothèse, du haut de sa science de comptable, que les « impôts latents » qui figuraient dans les états financiers personnels du chef libéral pouvaient avoir un lien avec des actifs que celui-ci détenait à l’étranger, ce qui s’est révélé parfaitement faux. Mais le chef caquiste est parvenu ainsi à rappeler aux électeurs que le neurochirurgien avait placé son pactole amassé en Arabie saoudite dans un paradis fiscal à l’île de Jersey.

Comme la fin pour lui semble justifier les moyens, François Legault s’est trouvé à révéler que le député libéral de Chomedey, Guy Ouellette, était la source de la Coalition avenir Québec dans l’affaire des fonds d’intervention économique régionaux (FIER), de triste mémoire, et des louches tractations entre Pietro Perrino, un organisateur libéral nommé au Conseil exécutif, et l’entrepreneur Luigi Corretti. Ainsi, l’ex-première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, n’est pas la seule victime des indiscrétions de François Legault.

Affirmant qu’il ne se laissera pas « manger la laine sur le dos », Philippe Couillard a répliqué en critiquant le silence de la CAQ sur l’accaparement des terres agricoles, silence qu’il explique par les liens entre François Legault et Charles Sirois. L’entrepreneur a cofondé la société Pangea qui a acquis 6000 hectares de terres pour les exploiter, sous forme de franchises, avec des agriculteurs, des transactions, soupçonne-t-on, qui ont contribué à la flambée des prix des terres agricoles. Or, bien qu’il ait promis de faire amende honorable dans un deuxième mandat, le chef libéral n’a rien fait pour freiner la rapide expansion de cette entreprise.

Ces attaques nous éloignent des véritables enjeux de la campagne : l’éducation, la santé, l’économie, la justice sociale et plus globalement, l’avenir de la nation. Triviales et mesquines, elles témoignent surtout de l’absence de vision des protagonistes.

13 commentaires
  • Walter Bertacchi - Abonné 28 septembre 2018 06 h 27

    Un oubli majeur

    '' l’éducation, la santé, l’économie, la justice sociale et plus globalement, l’avenir de la nation ''
    Vous avez oublié l'environnement M. Dutrisac. Sans un environnement sain (l'humanité est en voie de basculer dans le gouffre), votre liste de véritables enjeux va partir en fumée. Cependant, bien d'accord avec vous sur ces chicaneries de cours d'école...
    Bonne journée,
    WB

    • Yves Mercure - Abonné 28 septembre 2018 11 h 12

      Qui pose les questions?
      La poutre est là, bien visible : même les journalistes du Devoir se commettent désormais dans le sensationnaliste par des questions qui cherchent la bête saugrenue, mal embouchée, hypocrite et la basse partisanerie. Il faut dire que les candidats s'y prêtent volontiers quand ils ont le manche du couteau en main. Par ailleurs, chaque jour voit la lame se retourner. Pour que les vrais enjeux restent au-dessus de la mêlée, les journalistes doivent se garder de trop soulever la boue face aux ventilateurs partisans.

  • Michel Lebel - Abonné 28 septembre 2018 09 h 19

    Danger!


    François Legault, par son comportement, son manque de connaissance de base, et ses indiscrétions, a tout simplement montré qu'il n'est pas apte à être premier ministre. S'il le devient mardi prochain, le Québec doit s'attendre à des jours plutôt difficiles. Un brouillon et un incompétent inconséquent dirigera la province.

    M.L.

    • Claude Gélinas - Abonné 28 septembre 2018 11 h 19

      Que dire également de son refus de se livrer aux grandes entrevues de la Presse, du Journal de Montréal et du Devoir comme l'ont fait les chefs des autres partis. Ce qui en dit long sur la profondeur de ses convictions et sur le bien fondé de son argumentaire.

  • André Joyal - Abonné 28 septembre 2018 09 h 59

    Le suspense :n encore une douzaine d'heures...

    ...et on saura la position que prendra notre journal. Une prédiction: il n'en prendra pas, n'osant pas nous inviter à voter PQ. Oui, Le Devoir nous laissera «libres» de choisir pour qui voter. Pourquoi? En vertu du fait que...«Triviales et mesquines, elles témoignent surtout de l’absence de vision des protagonistes.»

    Il est vrai, qu'à se chapitre, le PQ, avec ses micro-promesses quotidiennes, a fait preuve d'absence de vision. Je n'y vois pas, toutefois, de raisons pour voter pour l'un ou l'autre des autres partis. Chose certaine, je n'irai pas dormir sans vérifier si j'ai raison ou pas de croire que mon journal ne se prononcera pas. Une surprise agréable me ferait mieux dormir...

    • Claude Gélinas - Abonné 28 septembre 2018 11 h 21

      La réponse à votre interrogation est apparue ce matin. Demain, le journal se prononcera sur la formation qu'il privilégie: PQ ou QS ?

    • André Joyal - Abonné 28 septembre 2018 13 h 09

      M. Gélinas! Il y a deux jours, en édtorial, M.Sansfaçon a éliminé QS au grand dam de qui vous savez (son nom commence par M)... LOL

  • Patrick Boulanger - Abonné 28 septembre 2018 11 h 05

    Bizarre

    « Ces attaques nous éloignent des véritables enjeux de la campagne : l’éducation, la santé, l’économie, la justice sociale et plus globalement, l’avenir de la nation. »?

    Et l'environnement, n'est-ce pas également un des « véritables » enjeux de la campagne? Durant toute l'année Le Devoir nous sensibilise à la question de l'environnement avec sa couverture de l'actualité et il n'en fait pas un véritable enjeu lors des élections 2018. Cela me semble pour le moins bizarre!

  • Patrick Boulanger - Abonné 28 septembre 2018 11 h 05

    Bizarre

    « Ces attaques nous éloignent des véritables enjeux de la campagne : l’éducation, la santé, l’économie, la justice sociale et plus globalement, l’avenir de la nation. »?

    Et l'environnement, n'est-ce pas également un des « véritables » enjeux de la campagne? Durant toute l'année Le Devoir nous sensibilise à la question de l'environnement avec sa couverture de l'actualité et il n'en fait pas un véritable enjeu lors des élections 2018. Cela me semble pour le moins bizarre!