Québec solidaire: l’avenir ou le passé?

Depuis que les Québécois ont appris à mieux connaître la co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Mme Manon Massé, les préjugés à son endroit ont fait place à l’estime, et le parti a connu une montée sans précédent dans les sondages.

Pour QS, le succès devient un couteau à deux tranchants : d’un côté, il lui fournit plus de visibilité ; de l’autre, cela force ses porte-parole à défendre certains articles du programme jugés fondamentaux par les militants, mais qui sont loin d’avoir prouvé leur efficacité historique et encore moins leur popularité auprès des classes populaires.

Dans le programme daté d’août 2018, QS reconnaît quatre acteurs appelés à se partager la responsabilité du développement de l’économie du Québec de demain : le social et le communautaire à but non lucratif ; le secteur domestique (travail ménager) ; le secteur public (gouvernement) ; et le secteur privé auquel on entend laisser tout au plus « une certaine place, surtout aux PME ». Comme si le Québec pouvait survivre dans le monde d’aujourd’hui sans l’apport des grandes entreprises privées, moins nombreuses que les PME, certes, mais qui sont à l’origine de la plus grande partie des investissements, de l’innovation, des échanges internationaux et des emplois les mieux rémunérés.

QS présente encore aujourd’hui, en 2018, la nationalisation comme étant une solution d’avenir. Pourtant, l’histoire encore nous apprend qu’on ne peut pas attendre de la bureaucratie étatique qu’elle développe d’elle-même des sociétés performantes et innovatrices en dehors des secteurs monopolistiques, comme la production hydroélectrique chez nous.

Au chapitre de la vie personnelle et familiale, QS propose une foule de mesures généreuses en tenant pour acquis qu’elles seront financées en taxant la seule quatrième roue du coche, celle du secteur privé, puisque les trois autres ne paient pas d’impôt. Car le militant de QS se méfie de tout ce qui est privé, qu’il perçoit comme un exploiteur sans autre utilité que celle de payer des impôts et des charges sociales, en attendant de disparaître.

Parmi les mesures qu’il faudra financer avec l’argent du privé et des gens riches, mentionnons le transport en commun gratuit pour tous, la création d’un régime universel d’assistance juridique et un autre d’assurance médicaments, l’assurance parentale étendue même aux gens qui n’ont pas cotisé, l’éducation gratuite de la garderie à l’université, le remplacement du système actuel des retraites par un régime universel auquel même les personnes qui n’ont pas contribué auraient droit, le rapatriement du CELI et l’utilisation de deux tiers de l’épargne personnelle accumulée pour financer des projets verts choisis par l’État… Comme si Ottawa allait abandonner les REER et les CELI tout en maintenant sa propre partie de l’exonération fiscale !

Constatons d’ailleurs au passage que plusieurs des mesures proposées par QS ne sont envisageables que dans la République d’un Québec indépendant. Ce qui laisse un peu de temps pour voir venir.

Pour réaliser tous ces grands chantiers, encore faudra-t-il que le Québec attire et retienne les individus les plus entreprenants et les entreprises les plus dynamiques. Or, il n’y a rien en ce sens dans le programme. En fait, Québec solidaire se contente de reconnaître l’existence du secteur privé dans ce monde capitaliste et s’engage à lui soutirer le plus d’argent possible tout en lui plaçant le plus de bâtons dans les roues possible. De toute façon, à long terme, QS « vise la socialisation des activités économiques », version soft du bon vieux communisme chinois.

Autre caricature de l’interventionnisme des solidaires : on promet d’augmenter le taux des taxes foncières pour chaque maison supplémentaire possédée par un particulier, et on lui interdira carrément de détenir « trop » de maisons. La recette parfaite pour inciter ceux qui en ont les moyens à investir ailleurs, voire à déménager.

Québec solidaire, c’est aussi, bien sûr, une tonne de bonnes intentions plus réalistes sur le travail, l’égalité des sexes ou l’environnement. Des mesures mieux connues souvent empruntées aux autres formations politiques, dont le Parti québécois, qui possède déjà une longue feuille de route en matière de protection des travailleurs et des consommateurs.

Au cours du dernier mandat libéral, le PQ et QS ont joué un rôle complémentaire très positif dans la critique du gouvernement. Pour ces raisons, il est regrettable de constater que ce sont les deux partis du centre droit qui se disputent la première place pour le pouvoir alors que QS et le PQ s’entredéchirent sur la place publique.

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