Décentralisation: racolage des régions

C’est une figure imposée : à chaque élection québécoise, les partis s’évertuent à promettre d’accorder davantage de pouvoir aux régions à la faveur d’une « décentralisation ».

Mardi, le chef libéral, Philippe Couillard, a annoncé son intention de décentraliser la prise de décisions de trois ministères dans autant de régions. Des employés du secteur des mines « ainsi que la haute direction qui y est associée » du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles seraient transférés dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue, tandis que la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean accueillerait des fonctionnaires du secteur des forêts. La Gaspésie obtiendrait des décideurs en matière de pêches et les îles de la Madeleine, en mariculture.

Venant d’un gouvernement qui a procédé à diverses compressions qui ont mené à une plus grande centralisation de l’État et à un affaiblissement systématique des structures régionales, il y a lieu d’être dubitatif.

Dès son arrivée au pouvoir, Philippe Couillard a biffé le terme « Régions » du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire. Versatile, il nous dit aujourd’hui qu’il nommerait un ministre des Régions.

Son couperet s’est abattu sur les régions administratives : abolition des conseils régionaux des élus (CRE) et des agences régionales de santé et de services sociaux, réduction de moitié des budgets de centres locaux de développement (CLD), absorbés depuis, pour la plupart, par les MRC. Le gouvernement Couillard a fermé les bureaux régionaux du ministère de l’Éducation et de celui de l’Immigration (dans ce dernier cas, il vient de rétablir des « antennes »).

C’est à Québec qu’il a installé le siège social de la Société du Plan Nord, créée en 2015, au lieu de Baie-Comeau ou Sept-Îles, comme le prévoyait le gouvernement Charest. De même, il a choisi la capitale pour accueillir le Secrétariat aux affaires maritimes plutôt que Rimouski, où se trouvent déjà l’Institut maritime du Québec et l’Institut des sciences de la mer.

Il faudrait maintenant croire que le chef libéral a eu une forme d’illumination qui l’amènerait à reconnaître ses erreurs.

La vérité, c’est que cette décentralisation n’est pas chose simple. Elle suscite une forte résistance des mandarins, de cette « haute direction » dont a parlé Philippe Couillard. Est-ce à dire que le chef libéral a l’intention de forcer la main à la sous-ministre aux Mines ou au sous-ministre adjoint aux Pêches pour qu’ils déménagent en région ? Permettons-nous d’en douter.

7 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 6 septembre 2018 01 h 39

    À part quelques zones

    suffisamment peuplées (Québec, le centre du Québec...) la plupart des régions du Québec ne sont pas viables parce que justement trop peu peuplées. Personne semble comprendre cela, particulièrement en campagne électorale. Des politiques «volontaristes»à la petite semaine et pour le temps d'une campagne électorale n'y changeront rien. Nos régions resteront des quasi déserts où organiser des services restera toujours un casse-tête et où le développement restera en gros tributaire des aléas du mono quelque chose (culture, industrie... qui la forêt, qui la pêche saisonnière, qui un barrage le temps de le construire, qui une mine le temps de l'épuiser ou le temps de la bonne valeur du minerai...). Rien de plus que la belle époque des Pays d'en Haut et du curé Labelle. Seul le temps et l'afflux de population (peut-être les changement climatiques y feront quelques chose après tout avec le réchauffement si pas mortel pour la terre avant.) Seule une occupation significative du territoire permet aux «régions» de vivre et de prospérer à long terme. La «région» ce n'est pas la «religion», ça vit difficilement d'illusion et de miracles.

  • Gilles Théberge - Abonné 6 septembre 2018 07 h 48

    C’est fou comme Couillard a l’air déconnecté...

    Beaucoup plus pertinente est la proposition du parti Québécois de redonner aux régions et à leurs gouvernements régionaux pour ne pas dire locaux, les pouvoirs d’agir dans chacun de leur milieux.

    C’est beaucoup plus pertinent que la carotte, sortie du sac à malice de Couillard.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 6 septembre 2018 16 h 43


      Les stratèges du PLQ savent bien que l'électorat régional leur échappe; sans leur vote le parti de pourra continuer à s'agripper et s'accrocher au pouvoir. Ainsi, Monsieurl Couillard est dans la course au scoop, pour satisfaire la curiosité du public. Est-il fiable et sûr ... a-t-il le courage de dire non pas ce qui convient, mais ce qui est vrai?

      Ce sera à nous de répondre le 1er octobre.

      Sur le seuil des migrants une seule question devrait nous guider. À combien ce chiffre le nombre qu'il nous soit possible de réussir leur intégration : c'est-à-dire, une intégration à notre langue, notre culture et par la suite aux emplois disponibles selon leurs antécédents.

  • Bernard Plante - Abonné 6 septembre 2018 09 h 01

    Comme toujours...

    Couillard dit simplement le contraire de ce qu'il fait. C'est sa marque de commerce.

    • Jean-François Trottier - Abonné 6 septembre 2018 10 h 30

      Un peu pire tout de même dans ce cas. Les fonctionnaires vont le fusiller d'avoir été assez dingue pour faire une promesse pareille, parce que ça légitimise une idée absolument farfelue.
      C'est pas les ministères qu'il faut décentraliser, c'est leur pouvoir! Et c'est cette promesse tout à fait censée de Lisée que Couillaard a voulu torpiller. Lisée venait d'en parler la veille! C'est-y assez pour vous ça ?

      Faut qu'il soit absolument désespéré, non ?

      Non. Il sait bien qu'il va gagner.
      Il sait surtout qu'il doit créer un brouillard de promesses pour noyer celles des autres partis. Combien de promesses de Couillard ont été des copié-collé d'une autre, faite par un autre parti dans les jours précédents ?
      Au moins 8... en 13 jours de campagne! Il suit la ligne des marketeux à la lettre, et n'attaque QUE notre cerveau reptilien.
      Il dit très sciemment n'importe quoi.

      C'est pas mal pire que mentir ça. C'est faire le clown.

      Serait temps que les journalistes sérieux lui posent des questions, tant sur le détail que sur la stratégie que ça suppose.
      La chronicité dans ses promesses est absolument fascinante.

      Je dois le dire, ce gars ne mérite pas d'être député, ni seulement de faire de la politique.

  • Gaston Bourdages - Abonné 6 septembre 2018 09 h 34

    À lire à lui seul le mot « racolage »....

    ...monsieur Dutrisac, j'ai sourcillé et une certaine crainte, soudaine, m'a visité. Monsieur Dutrisac va-t-il nous entretenir de prostitution ? Un des dictionnaires consultés m'a, avec un gros bémol, rassuré lorsque j'y lis : « Racoler : attirer par tout moyen » Puissiez-vous remarquer que les mots « à tout prix » me ramènent quasiment à la Commission Charbonneau. ( Quel esprit pervers que le mien ! )
    Je n'ai la compétence pour m'exprimer sur la « décentralisation » Votre pertinent éditorial m'a, par contre, invité à réfléchir sur les promesses électorales, tous partis confondus. Je me suis fait cette image. Je vois, j'entends et je regarde des babines qui racolent. La campagne électorale se termine. Un parti est au pouvoir. Le temps passe et à un moment donné,le « bon peuple », racolé, fait un ménage dans ses « armoires » de campagne électorale. Dépité, déçu, frustré, attiré par le cynisme, le même « bon peuple » annonce sa vente de garage. Un seul item en vente : des bottines de toutes pointures et dimensions, courtes, longues,de moult couleurs, de fabrication diverse. Bref de très belles bottines flambant neuves portant la marque « Racolage », création du monde politique.
    Puissent les bottines suivre les babines ! La confiance se gagne, même racolée, elle se perd.. Plus encore. Lorsque vos bottines, parti élu,suivent les babines, vous nous fournissez un excellent, superbe et souhaité moyen de laisser poirauter le cynisme dans le vestibule.
    Les élections terminées et un temps de pouvoir passé, je souhaite porter des bottines usagées.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux au Bas Saint-Laurent.

  • Jacques Morissette - Abonné 6 septembre 2018 09 h 53

    Pure stratégie électoraliste.

    Philippe Couillard est un amateur de pêche. Il tend probablement sa ligne appâtée aux régions pour ajouter aux électeurs acquis d'avance de Montréal, histoire de gagner les élections d'octobre. On appelle ça stratégie!