Élections 2018: le miroir aux alouettes

Si les premiers jours de la campagne électorale sont annonciateurs de la suite, la Santé sera un terrain fertile pour dévoiler ses vraies couleurs et mener la course aux illusions. Le souque à la corde joué par la CAQ et le PLQ autour de la candidate vedette Gertrude Bourdon assoit d’abord un consensus : elle est maintenant révolue l’époque-lubie où l’on croyait qu’un médecin titulaire de la Santé allait comme par magie trouver la recette à un réseau surchargé, surmené et surdimensionné. Avec Danielle McCann comme coup de coeur de François Legault, et Gertrude Bourdon aux côtés de Philippe Couillard, voici venue la mode des « gestionnaires » desquelles on espère qu’elles effectueront une sortie de crise honorable. La tâche est titanesque.

Les débats entourant Gertrude Bourdon ont porté surtout sur son prétendu « opportunisme », la p.-d.g. du CHU de Québec-Université Laval ayant confirmé avoir d’abord « magasiné » du côté de la CAQ. Elle ne serait pas la première (ni la dernière, en ce chapitre électoral où certains programmes se chevauchent les uns les autres) à souffrir d’une tendance à l’hésitation qu’on peut aussi associer à du calcul politique.

Ce qui étonne bien davantage est le premier engagement de Mme Bourdon. Si d’aventure les libéraux formaient le prochain gouvernement, l’éventuelle ministre de la Santé affirme qu’elle « ne changerai[t] rien à la réforme Barrette » ! Bien sûr, le chef Philippe Couillard a brisé la tradition et dévoilé un morceau d’un conditionnel Conseil des ministres pour esquiver les attaques portant sur le grondant Gaétan Barrette. Mais n’était-ce pas aussi pour que les électeurs croient en un certain renouveau ? L’effet est doublement raté : Mme Bourdon se propulse en promettant une continuité qui nous inquiète. En outre, la promesse de M. Barrette aux commandes du Trésor, grand manitou possible d’une négociation future avec la fonction publique, l’Éducation et la Santé, est de nature à faire frémir.

Les travaux de la Santé sont colossaux, on en convient. La réforme idéale n’existe pas, on le sait. Mais la dernière en date, en raison de la manière de faire plus que du fond, a mis à mal la confiance des électeurs et aussi, voilà le véritable drame, des acteurs du réseau, quels qu’ils soient. Les brèches sont béantes. L’entente de rémunération des médecins spécialistes, que la CAQ promet de rouvrir, a grevé ce qu’il restait de vision optimiste. Désormais, sur l’autel de ces 2,2 milliards qui s’ajouteront au salaire des spécialistes d’ici 2022-2023, on peut se demander ce qui aurait pu être consacré à d’autres postes budgétaires de la Santé jugés cruciaux.

Un généreux coup de barre dans les soins à domicile, un secteur désigné par tous comme vital ? L’atteinte de la cible visée pour la population dotée d’un médecin de famille (cible : 85 % ; résultat : 76 %) ? Comme l’a montré un récent reportage du Devoir, il ne faut pas s’éloigner tellement d’un grand centre comme Montréal pour trouver, comme dans Beauharnois, en Montérégie, des milliers de Québécois sans médecin, et une circonscription qui peine à séduire de nouveaux médecins. Ou des ressources supplémentaires pour soulager ces maisons de la misère que sont devenus les CHSLD ?

Avec un vieillissement de la population qui s’accélère, les partis ont beau jeu de vouloir améliorer ces maisons de fin de vie qui portent aux yeux de tous la cote du pire. Le parti de François Legault pratique toutefois l’angélisme avec son concept de Maison des aînés. L’ex-libérale devenue caquiste Marguerite Blais, qu’on associe à sa connaissance fine des enjeux touchant les aînés, a bien tenté de rattraper le jeu en précisant que ces Maisons, des espaces verdoyants-bucoliques-dernier cri-climatisés présentés en vidéo par la CAQ, n’allaient aucunement dispenser le parti de bonifier dès maintenant les conditions matérielles et humaines des CHSLD, le tout au nom de la « dignité ». Hélas, l’illusion était déjà repérée.

Les vertus électoralistes de ces lieux de rêve sont détectables des milles à la ronde ; mais on a maintenant compris la somme faramineuse qu’il faudrait débourser pour atteindre un nombre de places sans doute sous-évalué par la CAQ, le tout en partenariat avec le privé et sur fond de pénurie de personnel, et en 2038 ! Il faut se méfier des miroirs aux alouettes. Si séduisants soient-ils, ils ne sont que tromperie.

11 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 27 août 2018 01 h 00

    La réforme idéale passe par une fiscalité juste et équitable.

    La réforme idéale passe par la fiscalité. Les citoyens acceptent mal la solidarité avec les pauvres, les aînés et les plus démunis, parce qu'ils ne comprennent pas que l'argent des contribuables est utilisé à verser des subventions, de la B.S. pour les riches et les entreprises privées.
    Si les pays scandinaves peuvent subvenir aux services sociaux de leurs citoyens avec les mêmes taxes que nous payons ici à nos gouvernements, je ne comprends pas pourquoi on ne peut pas faire mieux.
    Ce n'est pas seulement en santé et en éducation que ces services laissent beaucoup à désirer. Nous avons aussi un manque criant en logements abordables, en services à domicile pour nos aînés, en aide urgent à 30% de nos familles qui vivent sous le seuil de la pauvreté. Il faudrait exiger de nos élus un compte détaillé qui explique où s'envole notre argent?
    De plus, l'idée farfelue de la CAQ d'établir des maisons d'aînés en model PPP, (déjà discréditer à cause de la collusion et de la corruption des entrepreneurs) n'est rien d'autre qu'une façon détournée d'ouvrir ce service public à la privatisation pour faire plaisir aux vautours qui veulent des profits sur le dos des gens les plus vulnérables de la société.
    N'y a-t-il pas fin à la cupidité des riches qui veulent tout accaparer et ne rien laisser au bon peuple? C'est vraiment honteux!

    • Lina Trudel - Abonnée 27 août 2018 07 h 54

      Analyse très juste qui mirite d'être largement diffusée.

    • André Joyal - Abonné 27 août 2018 08 h 47

      Une analyse «très juste» écrit Mme Trudel? J'aimerais des précisions. Est-ce que, selon Mme Alexan, 30% des familles québécoises vivent sous le seuil de pauvreté? Ce qui serait faux, ou 30% des familles, considérées comme étant pauvres, ont besoin d'une aide urgente (à domicile) ? Vous n'êtes pas claire ce matin Mme Alexan.

    • Cyril Dionne - Abonné 27 août 2018 10 h 39

      Les pays scandinaves ne sont pas populeux et vu leurs extrémités nordiques, pas beaucoup de gens y immigrent légalement ou illégalement. C’est pour cela qu’ils peuvent subvenir présentement aux services sociaux de leurs citoyens. Et la plupart des services sont payés par l’exploitation des énergies fossiles. De cela, on n’en parle pas beaucoup. Ici, c’est n’est pas la même situation où l’immigration augmente de façon presque exponentielle et la population vieillie.

      Les miracles n’existent pas, que ce soit en religion ou en politique. On ne peut pas être pour tout et tous et en même temps. Les Québécois ont déjà atteint leur limite au niveau de la taxation. Le socialisme, même s’il se veut pur et vertueux, n’engendre pas les paradis terrestres. Les gouvernements n’existent que par les contribuables. Il faudrait expliquer cela à nos kamarades de Québec solidaire.

      L’idée de la CAQ d'établir des maisons d'aînés en model PPP est tout simplement ridicule. C’est beau d’avoir une vision mais c’est le « maintenant » qui presse et non pas, « on verra ». Je ne sais pas si c’est juste moi, mais lorsque j’ai visionné la vidéo de la CAQ, cela me rappelait un certain film avec Charlton Heston, le Soleil vert qui a pour thème la surpopulation et l’euthanasie.

      En parlant de gouvernement usé, les libéraux devraient être congédiés après leurs années d’imposition d’austérité. Lorsqu’ils se vantent de leur prouesse économique, c’est parce que l’économie américaine va bien qu’ils ont pu se maintenir hors de l’eau. En plus, ils ont donné gratuitement la C series à Boeing et ont perdu plusieurs fleurons québécois. Mais avec la fin de l’ALÉNA, les journées ensoleillées risquent de prendre fin très abruptement avec 80% des exportations québécoises qui vont vers les États-Unis présentement.

  • Yves Côté - Abonné 27 août 2018 04 h 06

    Triste combat...

    "François Couillard", "Philippe Legault" : morne affrontement politique par une même et décevante absence d'idées novatrices...

    • Yves Côté - Abonné 27 août 2018 08 h 02

      Oups...
      Il manque quelques mots à ma première phrase.
      On devrait lire "François Couillard", "Philippe Legault", c'est du pareil au même...

      Merci de votre compréhension !

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 27 août 2018 04 h 17

    « Élections 2018: le miroir aux alouettes » (Marie-Andrée Chouinard)

    En effet, élections ! pièges à cons !

    Le crédo étant : Qu'importe mes promesses, pourvu que je remporte le scrutin

    Ainsi, encore avons-nous droit au refrain des «lendemains qui chantent», alors que Blanc bonnet et Bonnet blanc complotent pour privatiser la santé et les maisons de retraite (C'est M. Savoie qui doit être content)

  • Serge Pelletier - Abonné 27 août 2018 06 h 14

    Encore des niaiseries...

    Du n’importe quoi, n’importe comment, pour n’importe qui.
    Que c’est beau l’irresponsabilité des passés, actuels et futurs députés/ministres.

    En fait, à les attendre, c’est aussi fou que les diamants du Canada d’un certain Jacques Cartier qui furent présenté à la Cour de François 1er.

  • Bernard Terreault - Abonné 27 août 2018 07 h 56

    Pas de miracle

    J'ai beau être partisan du PQ, je ne crois pas qu'aucun parti puisse faire des miracles, surtout pas la CAQ ou QS avec leurs promesses irréalisables. Avec (1) le vieilisement de la population et (2) le développement accéléré de nouvelles et coûteuses techniques de traitement, il faudrait que le budget des gouvernements y passe presque au complet pour satisfaire tout le monde -- à moins que médecins, infirmières, techniciens et autres acceptent de travailler quasi bénévolement et que les firmes qui ont développé ces techniques renoncent à leurs profits ! La seule chose qui pourra améliorer (mais pas régler à 100%) la situation sera un changement généralisé de style de vie pour améliorer la santé générale (nourriture saine, exercice physique et mental, sommeil régulier, etc.).