De la marge pour tous!

Est-ce la fin de l’époque où tout parti nouvellement élu pouvait justifier le non-respect de ses engagements en prétextant la découverte d’un trou financier béant laissé par le gouvernement sortant ?

En concluant que les « hypothèses » utilisées et « les prévisions » élaborées par le ministère des Finances étaient « plausibles », la vérificatrice générale, Mme Guylaine Leclerc, ajoute beaucoup de crédibilité au rapport préélectoral sur l’état des finances publiques présenté hier par le gouvernement Couillard.

C’est la première fois qu’un gouvernement se livre à un tel exercice au Québec. Il fait suite à l’adoption d’une loi présentée par les libéraux en 2015, précisément pour mettre fin à l’éternelle controverse qui accompagne l’élection d’un nouveau gouvernement.

Il n’est pas dit que cela suffira pour convaincre l’opposition puisque toutes les données du rapport ont été compilées par les fonctionnaires des Finances et non pas par ceux de la Vérificatrice générale. Le rôle de celle-ci se borne donc à évaluer la validité des hypothèses et des renseignements fournis, point. Toutefois, le seul fait qu’elle ait eu accès à toutes les données nécessaires à son travail et qu’elle se soit dite satisfaite a pour conséquence qu’il sera très difficile aux partis d’opposition de contester le cadre financier du Parti libéral.

    

Cela étant dit, l’exercice pourrait aussi servir de munitions aux autres partis puisqu’il présente un portrait pour le moins positif de la situation actuelle et future. En ce début de campagne électorale, les finances du Québec affichent le meilleur bilan des deux dernières décennies et offrent une très bonne perspective pour le court et le moyen terme.

Au chapitre des revenus, le rapport prévoit une croissance plus élevée de presque un milliard par année en comparaison à ce qui était annoncé dans le dernier budget Leitão. Grâce à la bonne performance de l’économie et au taux de chômage peu élevé, le prochain gouvernement pourrait ne pas avoir à puiser dans les réserves accumulées depuis trois ans pour boucler son budget, et ce, même après avoir versé chaque année entre 2,5 et 3,5 milliards au Fonds des générations pour le remboursement de la dette.

Malgré cela, compte tenu des dépenses d’infrastructures qui ne diminueront pas de sitôt, la dette totale du Québec continuera d’augmenter tout en diminuant en proportion du PIB pour passer de 51 % à 42 % entre 2017 et 2023.

La conjoncture économique étant incertaine, notamment à cause de la guerre commerciale entre les États-Unis et le reste de la planète, le cadre financier inclut des provisions pour imprévus d’un demi-milliard annuellement qui s’ajouteront aux excédents budgétaires générés par une prévision de revenus de taxes et d’impôts supérieure à celle des dépenses.

Si l’argent de ces excédents annuels n’est pas dépensé — comme c’est le cas des 6,2 milliards accumulés depuis trois ans —, il ira à la réserve de stabilisation qui pourrait atteindre 8,6 milliards dans quatre ans. Et ce, malgré une augmentation annuelle des dépenses de plus ou moins 4 % en moyenne en santé et en éducation.

C’est ici que la politique entre en jeu avec toute sa couleur électoraliste. S’il est difficile d’accuser le PLQ d’avoir mal géré les finances publiques du Québec, il est facile de lui reprocher d’avoir réalisé « l’exploit » sur le dos des enfants, de leurs parents, des vieux et des malades. Et pour corriger la situation, quoi de mieux que de promettre « un réinvestissement massif », pour reprendre l’expression en vogue, dans les réseaux de la santé et de l’éducation, les services de garde, l’environnement, les cônes orange, sans oublier, bien sûr, les baisses d’impôt.

Si le Parti libéral croyait se mettre à l’abri de la critique en préparant un cadre budgétaire excédentaire, il vient surtout de fournir des milliards théoriques à ses adversaires qu’on ne pourra pas accuser de faire des promesses irréalistes. Avant même de toucher aux dépenses prévues déjà passablement élevées par rapport à la dernière décennie, ou aux milliards du Fonds des générations, chaque parti disposera d’une marge de manoeuvre (toujours théorique) accumulée de plus de 11 milliards d’ici 2023 en additionnant les excédents budgétaires et les provisions pour prudence, si elles ne sont pas utilisées.

Avec un tel portrait de la situation à quelques jours du déclenchement de la campagne électorale, c’est la question des priorités qui retient l’attention. C’est à cela que tous les partis doivent maintenant consacrer leurs efforts sans démagogie.

2 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 21 août 2018 10 h 11

    Le Projet REM: un éléphant blanc pour les contribuables!

    L'équilibre budgétaire du PLQ a été accompli sur le dos des plus vulnérables, tel que les enfants, les aînés et les malades, comme vous le dites bien dans votre éditorial.
    Par contre, les choix politiques du PLQ et de la CAQ laissent beaucoup à désirer et demeurent du pareil au même. Les deux formations politiques préconisent le même principe de «privatisations» de nos services publics et la réduction de l'État.
    Par exemple, le projet REM, en matière de transport en commun, n'augure rien de bon: ni la réduction des effets de serre ni le dépannage de transport pour les usagés, ni la création d'emploies. Ce projet est conçu pour faire un profit énorme de 8% au moins, pour la Caise de dépôt. Ce sont les contribuables et les usagers qui seront responsables de verser de leurs poches pour cet éléphant blanc, ce fiasco, tel que l'aéroport Mirabel. Nous avons le temps, encore, pour élire un gouvernement responsable qui va se débarrasser de ce projet mal conçu.

  • Mario Jodoin - Abonné 21 août 2018 13 h 10

    Précisions sur la réserve de stabilisation

    «Si l’argent de ces excédents annuels n’est pas dépensé — comme c’est le cas des 6,2 milliards accumulés depuis trois ans —, il ira à la réserve de stabilisation qui pourrait atteindre 8,6 milliards dans quatre ans.»

    En entrevue à RDI économie, Mme Leclerc a précisé que la réserve de stabilisation n'est qu'une écriture (même pas) comptable et non pas un fonds comme tel, comme l'était la caisse de l'assurance-emploi qui a atteint plus de 50 milliards, alors que cette somme avait en fait servi à faire diminuer la dette (ou à faire diminuer les déficits et faire augmenter les surplus) et n'était nulle part. Donc cette réserve est en fait déjà dépensée, utilisée pour réduire les besoins annuels d'emprunts et la dette.

    Bref, quand et si on utilise cette réserve, cela a un impact direct sur la dette. Ce n'est, comme elle l'explique bien, qu'un compteur des surplus antérieurs qui justifie de façon «morale» le fait de faire des déficits par la suite, une morale instituée par la Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations. Il n'y adonc en fait aucune marge de manoeuvre réelle là. Cette loi est vraiment une mystification en termes de transparence et de démocratie. Même les analystes ont de la difficulté à comprendre ses effets.