Remaniement ministériel: la nouvelle donne

Le premier ministre Justin Trudeau ne s’en est pas caché : le contexte politique a changé et son gouvernement doit en prendre acte, d’où le remaniement important de son cabinet mercredi. La situation internationale est mouvante, les relations commerciales avec les États-Unis exigent de diversifier nos marchés, l’élection du gouvernement conservateur de Doug Ford en Ontario et la poussée des conservateurs en Alberta brouillent les cartes au pays. À quinze mois, jour pour jour, du prochain scrutin fédéral, le premier ministre Trudeau a décidé de s’armer sur trois fronts.

En matière de commerce, il laisse à la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, le soin de poursuivre la renégociation de l’ALENA, mais dépêche Jim Carr, qui était aux Ressources naturelles, à la tête d’un nouveau ministère de la Diversification du commerce international, en plus de confier la promotion des exportations à la nouvelle ministre des Petites Entreprises, Mary Ng.

Pour faire face à ce qu’il appelle la « nouvelle configuration » de la scène provinciale, M. Trudeau n’assumera plus la responsabilité des relations intergouvernementales. Il passe le témoin à un politicien aguerri et rude négociateur, son vieil ami Dominic LeBlanc. Il reviendra à ce dernier de faire tomber les barrières au commerce interprovincial et de résoudre les différends qui émergent dans plusieurs dossiers, dont ceux de l’environnement et de la migration irrégulière. Mais M. LeBlanc a été clair à sa sortie : son mandat est d’assurer la réalisation des engagements libéraux, pas de reculer.

Il est évident toutefois que le gouvernement a d’abord et avant tout l’Ontario dans sa mire, la prochaine élection risquant fort de s’y jouer en 2019. Trois des cinq nouveaux ministres nommés mercredi y sont députés.

L’objectif n’est visiblement pas l’apaisement du nouveau gouvernement Ford, qui s’oppose farouchement au plan canadien sur les changements climatiques et à la taxe fédérale sur le carbone et critique vertement Ottawa pour sa gestion de la migration irrégulière. Pour lui répondre dans ce dossier, M. Trudeau a nommé nul autre que l’ancien chef de police de Toronto, le député Bill Blair. Or le ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, responsable du dossier de la migration irrégulière, était la bête noire des frères Ford lorsqu’ils siégeaient au conseil municipal et que le défunt maire Rob Ford avait été pris à consommer de la cocaïne.

Les libéraux fédéraux ne veulent pas calmer les conservateurs ontariens dans le dossier des migrants parce qu’ils leur servent d’épouvantail pour contrer les conservateurs fédéraux. M. Trudeau ne s’en est d’ailleurs pas privé mercredi en affirmant que « les conservateurs misent encore une fois sur la peur et la division pour promouvoir leur programme politique ».

Ce chassé-croisé ontarien à forte saveur électorale a des répercussions au Québec, première porte d’entrée de cette migration irrégulière. M. Trudeau a choisi un autre ministre unilingue anglophone pour compléter son « équipe forte et rassurante ». Qui alors rassurera ces Québécois que l’afflux de migrants préoccupe ? Il a refusé de répondre.

Il sait pourtant devoir garder ses assises au Québec pour conserver le pouvoir. Il a nommé le Montréalais Pablo Rodriguez à la tête du ministère du Patrimoine, Mélanie Joly étant rétrogradée, et il a promu le ministre François-Philippe Champagne à la tête du ministère de l’Infrastructure et des Collectivités, où il gagnera en visibilité en mettant en oeuvre une des plus importantes promesses libérales de 2015, celle d’investir dans les infrastructures.

Il faudra toutefois d’autres gestes pour conclure que la campagne 2019 a vraiment démarré au Québec, alors qu’elle est bien lancée en Ontario.

3 commentaires
  • Charles Talon - Abonné 19 juillet 2018 07 h 36

    Trudeau

    Cet ado attardé n'est certes pas le PM rêvé en cette période de turbulences du paquebot américain à la dérive... Les dirigeants "sérieux " ne semblent pas être du bon côté... Et M. Couillard qui prévoit une récession mondiale... Quel visionnaire! Lui qui avance de vingt ans la commande de wagons de métro pour sauver les emplois de La Pocatière... Il suffisait d'y penser... Misère.

    Charles Talon

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 19 juillet 2018 07 h 56

    Je ne saisis pas cette phrase :

    «Les libéraux fédéraux ne veulent pas calmer les conservateurs ontariens dans le dossier des migrants parce qu’ils leur servent d’épouvantail pour contrer les conservateurs fédéraux.»

    Si le dossier des migrants a aidé la cause des conservateurs ontariens au provincial, ne va-t-il pas faire pareil au fédéral?

    Trudeau est en train de faire la même erreur que Couillard avec sa campagne de peur à l'encontre de la CAQ.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 juillet 2018 18 h 20

      Le dossier des migrants illégaux va aider les conservateurs à la prochaine élection. Même les Néo-Canadiens ne sont pas contents que des gens viennent ici en trichant alors qu'eux, ils ont du remuer ciel et terre pendant des années pour avoir l'opportunité de venir immigrer au Canada. Les "liberals federals" essaient d'inventer des épouvantails surtout dans la région de Toronto pour se faire élire. Désolé, mais avec un adolescent comme chef, c'est fini pour les lendemains ensoleillés aux licornes bleues et les déficits de 30 milliards ou plus. On a besoin de quelqu’un de mature et solide pour négocier avec les Américains.