Visa de touriste: une loterie

À entendre les messages d’ouverture et d’accueil du premier ministre Justin Trudeau, on croirait qu’il est aisé de venir faire un tour au Canada. Ce n’est pas vrai pour tout le monde, surtout pas pour une personne originaire d’un pays africain ou du Moyen-Orient. Le taux de refus des demandes de visa de touriste va croissant, pour des raisons pas toujours claires et avec des effets souvent discriminatoires.

Le Canada exige des ressortissants de plus de 145 pays qu’ils obtiennent un permis de séjour avant de venir participer à une conférence, visiter leur famille ou faire du tourisme. Aucun pays riche et démocratique ne figure sur cette liste, mais presque tous les pays autoritaires, pauvres ou en guerre, oui. Haïti est du lot, comme la Chine ou le Cameroun…

Il est légitime de vouloir contrôler les frontières, mais encore faut-il le faire de façon transparente et juste. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas au Canada, et cela ne va pas en s’améliorant. Selon des données obtenues par le Globe and Mail et publiées la semaine dernière, le taux de refus des demandes de visa est passé de 18 % en 2012 à 26 % en 2017. Durant les trois premiers mois de 2018, il a grimpé à 30 %.

Il n’est pas rare d’entendre parler d’une conférence internationale ou d’une manifestation artistique qui doit se priver d’experts, de défenseurs des droits de la personne ou d’artistes éminents parce que Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) leur a refusé le permis de séjour nécessaire.

Ce qui fait moins de bruit est l’impact quasi quotidien de ces refus sur beaucoup de Canadiens issus de l’immigration et qui ont choisi le Canada sans jamais penser qu’il serait difficile pour eux de maintenir leurs liens familiaux et amicaux. Pour eux, un non veut dire qu’un de leurs proches ne pourra pas les visiter, assister à un mariage ou à des funérailles, épauler un fils ou une soeur malade.

Et ce sont surtout ceux originaires de l’Afrique ou du Moyen-Orient qui sont touchés, selon le Globe and Mail. Or, selon les données de 2011 de Statistique Canada, « l’Asie [y compris le Moyen-Orient] constitue maintenant le principal continent d’origine de la population immigrée, bien que le poids de l’Afrique soit en augmentation ».

     

Les décisions en matière de visa sont prises par des fonctionnaires de CIC ou, dans certaines régions du monde, par des firmes externes autorisées. En cas de refus, ils ont l’obligation d’expliquer leurs raisons aux demandeurs, mais les détails sont rares et peu éclairants.

Pour justifier son refus, CIC dit très fréquemment ne pas croire la personne quand elle s’engage, même avec documents à l’appui, à retourner dans son pays à l’expiration de son visa. Cette conclusion est souvent fondée sur un préjugé voulant que quiconque vit dans un pays pauvre, autoritaire ou secoué par des troubles sociaux ou militaires ne puisse vouloir y retourner même s’il y a famille, conjoint et travail.

Le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration s’est déjà plaint de l’opacité du processus dans un rapport paru l’an dernier, mais sa recommandation voulant que CIC « fournisse plus d’information et de détails aux clients sur les motifs du refus de leur demande » a été rejetée par le gouvernement.

Invoquant le besoin de « communiquer les décisions aussi uniformément et clairement que possible tout en gérant le volume de demandes », il s’en tiendra à des « lettres de refus normalisées » indiquant les exigences de la loi ou du règlement qui n’ont pas été satisfaites, sans plus. Il serait possible de faire autrement. En Australie, on arrive « à communiquer aux demandeurs déboutés une explication plus complète, sans compromettre la rapidité du traitement », note le comité permanent.

Le processus d’octroi de visa doit être simplifié et plus transparent. Dans une étude du World Economic Forum (WEF) parue en 2017 et portant sur la compétitivité de 136 pays dans les domaines du voyage et du tourisme, le Canada faisait très bonne figure, sauf en matière de visa. Il se classait 120e. On jugeait que sa politique était l’une des plus alambiquées et opaques au monde.

Une réforme s’impose, mais elle doit aller plus loin que ce que suggèrent le WEF ou le comité parlementaire. Des mesures doivent être prises pour repérer et éviter la discrimination systémique qui semble sévir à CIC et qui pénalise au premier chef ces nouveaux Canadiens venus des pays en développement.

11 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 16 juillet 2018 05 h 36

    Question Madame

    Depuis quand la "visite" chez le voisin est-il un droit?

    • Cyril Dionne - Abonné 16 juillet 2018 09 h 56

      Bien d’accord avec vous M. Pelletier.

      Ce que notre chère madame semble oublier, c’est que l’immigration n’est pas un droit, mais bien un privilège. Et c’est encore moins dans le cas de l’octroi de visite pour venir faire un tour au Canada. Si aucun pays riche et démocratique ne figure sur cette liste de permis de séjour, c’est justement parce que ceux qui sont bien chez eux socio-économiquement, n’auront pas tendance à demander le statut de réfugié une fois arrivé au pays ou bien tout simplement disparaître dans la nature. C’est pour cela que les autres empruntent le chemin Roxham pour venir illégalement. Après avoir goûté au train de vie occidentale ou l’eau potable n’est pas seulement une rumeur ou bien que l’électrification ne soit pas une légende urbaine, devinez ce qui tourne dans leur tête une fois rendus au pays? Retourner dans leur pays d'origine qu’un certain Donald Trump a qualifié récemment de « pays de merde » dans une misère sans nom et où les dictateurs pullulent, ou bien rester ici?

      Bon, on se classe bon 120e dans le processus d’octroi de visa. On est près d’une crise sans ampleur pour certains, mais pour la grande majorité des gens, il y a des chats plus urgents à fouetter. Et les experts, les défenseurs des droits de la personne ou les artistes éminents ne font parties que d’une très petite minorité au sein des demandeurs de visa.

  • Alain Giguère - Abonné 16 juillet 2018 09 h 18





    J,ai déja fait une demande de visas de touriste ma compagne dominicaine. Elle avait un travail a la Banquo Popular elle avait une lettre de la Banque elle a deux adolescents elle et ses enfants s'occupe de son père qui a 95 ans elle vit dans la maison familial . J'ai écrit une lettre comme quoi je suis responsable finacièrement et pour le retour de ses trois semaines de vacances. Elle a été refusé. Pourquoi?. Elle n'as jamais voyager. Elle n'as pas beaucoup d'argent dans son compte. Le canada pense aussi q'elle ne retourneras pas dans son pays. TOUT ÇA POUR $ 200 AMERICAIN.

  • Alain Giguère - Abonné 16 juillet 2018 10 h 00

    visa pour trois semaines dans nôtre beaux pays.





    J,ai déja fait une demande de visa de touriste pour ma compagne dominicaine. Elle a un travail a la" Banco popular" elle a eu une lettre de son travail, elle a deux adolescents , elle et ses enfants s'occupe de son père qui a 95 ans elle vit à la maison familial, si elle vients sa soeur s'occupe des enfants et son père.J'ai écrit une lettre comme quoi je suis responsable de TOUT. Elle a été refusé parce que ? Elle n'as jamais voyager, elle n'as pas beaucoup d'argent dans son compte et il ont peur qu'elle ne revient dans son pays. TOUT ÇA POUR $200 AMÉRICAIN. Alain Giguere

  • Gilles Bonin - Abonné 16 juillet 2018 10 h 07

    Vous

    venez de découvrir cela?

  • François Beaulne - Abonné 16 juillet 2018 10 h 29

    Qu'ils passent par le chemin Roxham

    Merci de nous informer sur ces pratiques en matière de visa. Vous avez tout à fait raison. Je connais des familles légalement installées au Québec et au Canada après y avoir été acceptées par les voies régulières qui éprouvent des difficultés et des longues périodes d'attente avant que leur amis, proches ou parents éloignés puissent venir leur rendre visite comme simple touristes. C'est choquant pour ces familles, et pour des Québécois comme moi, de constater la facilité avec laquelle le gouvernement Trudeau acceuille les migrants illégaux entrant par le chemin Roxham, près de Lacolle, par rapport à l'arbitraire, la condescendance et le double-poids/double mesures qu'il applique aux résidants issus de l'immigration légale.
    A constater cette injustice certains sont tentés de dire à leurs proches de s'essayer par le chemin Roxham. Et pourquoi pas si c'est en train de venir une voie normale d'accès au Canada et au Québec! Au moins ils auront quelqu'un ici pour les acceuillir une fois gentiment invités à traverser la frontière illégalement.