CHSLD: le sacre de l’impuissance

L'action entreprise par Daniel Pilote au nom de tous les usagers de CHSLD lésés de leurs droits les plus primaires est porteuse à la fois de courage et de honte. Courage, car malgré la situation de vulnérabilité extrême dans laquelle il se trouve (une dystrophie musculaire Becker le paralyse presque complètement), M. Pilote espère que la voie des tribunaux compensera l’inaction politique et l’indifférence auxquelles se heurtent les dénonciateurs depuis des années. Comble du courage, il est prêt à personnifier ce combat.

Honte, car il n’y a pas plus désolant pour une société que de devoir inscrire au chapitre des pertes toutes les plaintes, tous les signalements, toutes les enquêtes et tous les rappels à l’ordre portés à l’endroit de ces centres de la dernière chance, en vain. Ils sont souvent le lieu du dernier repos, et cet hébergement devrait donc rimer avec « milieu de vie » où on est aux petits soins avec des occupants fragiles. Mais malheureusement, la situation est inverse : les lieux sont inadéquats et désuets, le personnel est épuisé, les clientèles de plus en plus « lourdes », le ratio services et besoins en constant déséquilibre.

Cette action collective, si elle est autorisée, viendra secouer le gouvernement qui a laissé faire cette détérioration des services, et ce, malgré un chapelet d’avertissements formulés bon an mal an par le Protecteur du citoyen sur le thème des listes d’attente démesurément longues, d’un resserrement des critères d’admissibilité inquiétant, d’une qualité des soins et services laissée en rade. En plus des horreurs faisant çà et là la manchette — absence de bain, changement de couches insuffisant, nourriture infecte, sécurité défaillante, infirmière au bout du rouleau.

Tout ce bruit n’atteint pas les grands manitous des réformes qui réfutent les critiques avec des chiffres. S’ils ont raison de noter que les investissements en CHSLD augmentent, de 3 % en moyenne si on regarde le détail des Comptes de la santé 2015-2018, leur comptabilité omet de parler des besoins, sans cesse croissants. Elle occulte aussi tous les pans de la chaîne des soins de santé, les soins à domicile par exemple, où une vraie politique assortie de moyens pourrait soulager la pression pesant sur les CHSLD.

Si elle est menée, cette bataille pourrait coûter cher. Elle rappellerait que nul impératif de gestion ne supplante les besoins de base. Elle donnerait une voix aux plus vulnérables, privés de l’essentiel, qui n’osent pas se plaindre par peur de représailles. C’est le sacre de l’impuissance.

12 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 12 juillet 2018 03 h 01

    Une question comme « ça » !

    « Cette action collective, si elle est autorisée, viendra secouer le gouvernement (…), et ce, malgré un chapelet d’avertissements formulés bon an mal an par le Protecteur du citoyen » ; « … le sacre de l’impuissance. » (Marie-Andrée Chouinard, Le Devoir)

    De cette citation, une question parmi d’autres :

    Pendant que le Protecteur du citoyen formulait son-le chapelet, le Curateur public du Québec, présence importante dans les CHSLD ?!?, avait-il, avec d’autres autorités possibles, été invité à se prononcer, et à jouer un quelconque rôle de soutien-droits aux personnes qu’il représente et protège ?

    Si oui ou non, comment expliquer, d’étonnements ou selon !?!, son absence-silence devant-derrière le dépôt-suivi de la présente requête d’autorisation ?

    Une question comme « ça » ! - 12 juillet 2018 -

  • Gaston Bourdages - Abonné 12 juillet 2018 05 h 40

    Et de la dignité humaine...

    ....qu'en est-il dans ce que vous décrivez si bien madame Chouinard ? Nous sommes bien en 2018, membre d'une société se targuant d'être « avancée », évoluée, « too much ». Comme envers de médaille ou de décor, « ça » fait pitié. Dignité humaine bafouée, écrasée, lacérée et déshumanisation et chosification de l'être humain ont des atômes crochus. Une société qui se déshumanise est une société vouée à la mort. J'en témoigne.
    Si subtil processus que celui de la déshumanisation. C'est laid, pervers, insidieux, morbide voire diabolique. Difficile voire quasi impossible exercice pour moi de percevoir la gestion des CHSLD sous cet angle.
    Je me souhaite, nous souhaite toutes et tous de vivre dans la dignité en vue d'une mort sereine....dans la dignité.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-mathieu-de-Rioux, Qc.
    P.S. Et s'il était souhaité et suggéré à de nos dirigeants politiques un stage d'une seule journée dans une de ces institutions....juste pour voir, pour entendre et surtout pour écouter.

  • Claude Bariteau - Abonné 12 juillet 2018 07 h 43

    Mieux lire les problèmes est essentiel.

    Avec votre analyse, les « grands manitous » ont le dos large, tellement qu'on a l'impression qu'ils contrôlent l'agenda du PM Couillard et prennent les décisions des membres du Conseil des ministres. En fait qu'ils gouvernent avec des règles de calcul budgétaire.

    L'état de la situation découle des choix politiques d'un parti au pouvoir qui a pour nom le PLQ, avec un PM, les ministres qu'il nomme, l'appui des députés de ce parti et ses stratèges politiques, qui gouverne un appareil d'État dont il définit les alignements.

    Il ne faut pas se voiler les yeux. Les problèmes dans les CHSLD découle d'affectations budgétaires par des décisions politiques. D'ailleurs, l'état de la stuation dans les CHSLD se retrouve ailleurs. Dans les politiques économiques, les dossiers liés à la corruption, l'environnement (sols, qualité de l'air, zones d'eau sur le territoire provincial, foret), le transport,les infrastrucures, les rapports entre les habitants du Québec, et cetera.

    Oui, il y aura des coûts pour corriger l'état actuel. Cette correction exige d'abord de mettre fin à la dilapidation des fonds publics à l'avantage de certains groupes et d'entreprises qui s'enrichissent indument mais aussi une approche nouvelle arrimée aux préoccupations des habitants du Québec.

    Une grande partie du problème est l'absence d'une telle approche et celle-ci implique de revoir le système politique. Elle implique aussi d'élaguer le régime politique canadien, car s'alimente de la moitié des impôts perçus au Québec et fait des choix selon les alignements des partis qui y exercent le pouvoir.

    Lever le voile de la dégration ne suffit pas. Parler de coûts non plus. Il faut appeler un chat un chat et ne pas les cacher derrière des manitous, car, le faire, c'est déresponsabiliser les partis qui gouvernent, négliger le système politique actuel et faire abstraction du régime politique en place au Canada.

    • Denis Miron - Abonné 12 juillet 2018 07 h 57

      J'aime!

    • Nadia Alexan - Abonnée 12 juillet 2018 08 h 19

      Voici le résultat de la politique néolibéral du gouvernement Libéral. Il n'y a pas d'excuses. C'est honteux de traiter les aînés, qui ont fait une contribution inestimable à la société, avec un tel mépris. Le gouvernement Couillard a fait des choix politiques contre le bien-être des citoyens les plus fragiles et les plus vulnérables de la société civile. Au lieu de subventionner les entreprises et les riches avec des cadeaux fiscaux et des échappatoires fiscales, il aurait pu mettre ces fonds pour assurer une fin de vie digne à nos aînés. Honte au gouvernement Couillard. J'espère que la justice va pénaliser ce gouvernement récalcitrant.

    • David Cormier - Abonné 12 juillet 2018 12 h 30

      Arrêtez, c'est pas la faute de Couillard et de sa bande! D'ailleurs, Couillard est un être si sympathique! On apprenait justement hier en ces pages (dans un article qu'il était impossible de commenter) que cet homme affable et très à l'écoute de sa population aime la pizza épicée! Imaginez donc!

  • Michel Lebel - Abonné 12 juillet 2018 08 h 26

    Notre miroir...

    Voilà bien une grave question qui ne doit pas être le lieu de la démagogie. La situation, qui n'est pas neuve, renvoie à notre société même. Elle en est un miroir. Elle mérite une vaste et sérieuse réflexion sur la façon de traiter les aînés vulnérables. Par exemple, le choix social et politique en faveur des CHSLD était-il un bon choix. Y a-t-il d'autres avenues? Oui, Nous sommes devant une grave question qui interpelle chacun de nous.

    M.L.

    • Claude Bariteau - Abonné 12 juillet 2018 10 h 26

      M. Lebel, le PLQ a répondu à votre question. Pour des fins idéologiques, il a décidé que ce n'était pas un bon choix parce qu'il privilégiait des médecins entrepreneurs aux médecins qui ont choisi d'être des salariés. Aussi a-t-il bousillé les CHSLD et favorisé la création d'entreprises parallèles détenues par des supporteurs de ce parti.

      Pourquoi la reposez-vous alors que vous devriez demander pourquoi le PLQ a contraint de la sorte des CHSLD ?

    • Michel Lebel - Abonné 12 juillet 2018 11 h 35

      @ Claude Bariteau,


      Je dis que la question dépasse de loin, de très loin, les querelles idéologiques et de parti, c'est tout. De grâce, élevons le débat!

      M.L.

    • Jacques Tremblay - Abonné 12 juillet 2018 12 h 41

      Le choix social en faveur des CHSLD est un excellent choix à condition de fournir un financement adéquat. Sous-financer les CHSLD c'est favoriser le développement de résidences privées pour personnes autonomes et semi-autonomes mises sur pied par toutes sortes d'entrepreneurs «humanistes». Dans ces grands hôtels pour retraités fortunés on facturera jusqu'au moindre pansement. Ceux qui n'ont pas les moyens de se loger dans ces résidences de luxe vont quant à eux à l'hospice des pauvres. Qu'est-ce maintenant que la CAQ, le PQ et QS ont à dire sur cette question? On ne les entend pas beaucoup.

    • Claude Bariteau - Abonné 12 juillet 2018 20 h 35

      M. Lebel, je ne me lance pas dans une querelle idéologique. C'est le PLQ qui a dénigré ples SCHSLD non pas sur la base qu'ils n'étaient pas un bon choi, mais parce que les mieux nantis au Québec veulent des services financés par le gouvernement auxquels ils peuvent s'octroyer des avantages à rabais.

      Ils le font avec les garderies et les écoles privées, mais aussi avec les services de santé parce qu'ils refusent que leurs enfants côtaient ceux des moins nantis et qu'ils se retrouvent à côté de moins natis dans les services de santé. Si vous souhaitez élever ce débat, ce qui est aussi ma préoccupation, il faut d'abord commencer par faire un bilans et regarder les options et se doter d'un alignement clair, qui corresponde à des services publics de qualité pour tous. Si des personnes n'en veulent pas, il ne faut pas les empêcher de s'en doter, ce qui ne veut pas dire qu'elles n'aient pas à financer des services collectifs parce qu'elles les refusent.

      C'est seulement sur cette base que peut s'élever le débat. Sans elle, ce n'est pas une affaire de parti, mais un refus de chercher comment éviter les dérives actuelles qui favorisent les mieux natis et défavorisent les moins nantis.

  • Ginette Cartier - Abonnée 12 juillet 2018 11 h 13

    Les CHSLD devraient adopter la démarche des unités de soins palliatifs de certains centres hospitaliers, car en fait, c'en sont. La dignité en moins.