Sommet de l’OTAN: semonce américaine

Le 19 juin dernier, soit une semaine après avoir été tout sourire au côté du dictateur nord-coréen Kim Jong-un, le président américain, Donald Trump, a montré les dents à plusieurs membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Dans une série de missives confidentielles, il a fait part de la « frustration » américaine croissante face aux dépenses militaires insuffisantes de ses alliés.

Lui qui croit toujours aux promesses de dénucléarisation de M. Kim accuse le Canada et d’autres pays de ne pas respecter des engagements pris en 2014 à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie. Tous les pays de l’OTAN avaient accepté que leurs dépenses militaires représentent à brève échéance au moins 2 % de leur produit intérieur brut (PIB).

Les anciens présidents Barack Obama et George W. Bush s’étaient aussi plaints des dépenses insuffisantes de certains pays, mais jamais sur ce ton. Et ils n’avaient pas semé derrière eux des déclarations mettant en doute la pertinence de l’alliance, ce qui est le cas de M. Trump.

Son coup de semonce, lancé avant le Sommet de l’OTAN des 11 et 12 juillet prochains à Bruxelles, laisse présager une rencontre tendue. Pour la seconde fois en autant de mois, le président américain prend de front des leaders de démocraties alliées tout en se préparant à flirter avec un leader autoritaire. Sa rencontre avec M. Kim suivait de près le Sommet du G7. Après celui de l’OTAN, il s’envolera vers la Finlande pour un face-à-face avec le président russe, Vladimir Poutine.

Ce dernier doit être content, lui qui cherche à ébranler la solidarité des puissances occidentales. Il en a surtout contre l’OTAN qui s’est rapprochée de ses frontières et qui a, depuis 2014, pris fait et cause pour l’Ukraine dans le dossier de la Crimée.

La liste des pays ciblés par M. Trump n’a pas été rendue publique, mais certains médias ont pu confirmer que le Canada, la Belgique, l’Allemagne et la Norvège y figuraient. Des pays qui font preuve de fermeté face à la Russie dans le dossier de la Crimée. Comme le Royaume-Uni d’ailleurs, dont les dépenses militaires représentent 2 % de son PIB, mais qui a été interpellé par le secrétaire américain à la Défense, James Mattis.

Les budgets militaires des quatre pays cités vont croissant, mais pas assez vite pour Washington. Le Canada est particulièrement visé car, malgré l’annonce faite l’an dernier d’une hausse des dépenses militaires de 73 % sur 10 ans, elles ne représenteront que 1,4 % du PIB en 2026-2027.

Pour se défendre, le Canada insiste sur sa contribution sur le terrain. Pour ce faire, le premier ministre, Justin Trudeau, a même prévu, avant son arrivée à Bruxelles, de s’arrêter deux jours en Lettonie, où le Canada commande un bataillon de 450 soldats canadiens dans le cadre de l’appui aux pays baltes effarouchés par l’exemple de la Crimée.

    

Cela a peu d’effet, car M. Trump parle d’argent et non pas de déploiements, et parce que lui ne se formalise pas autant que ses alliés de cette annexion. En braquant les projecteurs sur les dépenses militaires, il détourne l’attention de cet enjeu qui mobilise l’OTAN depuis quatre ans. Sa désinvolture face à la Crimée crée quant à elle une ligne de fracture qui sert uniquement les intérêts de M. Poutine, au risque de fragiliser l’OTAN.

M. Trump a peu de respect pour les forums multilatéraux. On l’a vu au G7, on le voit à l’Organisation mondiale du commerce. Le Canada, en revanche, a besoin de ces institutions et doit les défendre. Il a toutefois besoin de ses alliés pour répondre avec force à Washington puisque sa position unique lui impose la prudence. Il est le seul membre de l’OTAN à être lié par un accord bilatéral de défense avec les Américains, celui de NORAD. Et il ne peut s’en passer.

6 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 juillet 2018 05 h 50

    Le retrait canadien de l’OTAN

    L’engagement pris en 2014 par le gouvernement fédéral est de faire passer annuellement les dépenses militaires du Canada de 1 à 2% _du PIB_ d’ici 2024, soit une dépense récurrente de 15 milliards$ par année.

    Comme le défunt contrat des chasseurs F-35, il est à prévoir qu’il s’agira en bonne partie pour le Canada d’achats d’armements américains pour lesquels notre pays n’obtiendra que très peu de retombées économiques.

    Cela équivaut, annuellement, à 2,000$ de taxes et d’impôts supplémentaires pour une famille de quatre personnes. Et ce, alors que le risque de guerre mondiale est nul (la force militaire américaine étant 5 à 10 fois supérieure à celle de la Russie).

    Bref, Il serait temps pour le Canada de donner suite à la promesse non tenue de Pierre-Elliott Trudeau de retirer le Canada de l’OTAN.

    En effet, lorsque le père du premier ministre actuel a été élu chef de l’État canadien il y a un demi siècle, ses deux promesses-phares étaient de faire du Canada une société juste et le retrait du Canada de l’OTAN, une promesse non réalisée qui est plus pertinente que jamais.

    Si elle se réalise, la décision prise par le gouvernement Harper changera profondément la nature du Canada.

    Puisque les États-Unis viennent de réduire substantiellement l’impôt des entreprises, où donc l’État canadien trouvera-t-il l’argent supplémentaire pour la Défense nationale sinon en diminuant le filet de protection sociale qui constitue une caractéristique fondamentale du pays ?

    Peu importe le parti qui remportera les prochaines élections provinciales, celui-ci devra renoncer à une bonne partie de ses promesses lorsque le fédéral lui coupera progressivement les vivres d’ici 2024.

    D’où la stupidité aberrante de toutes ces promesses de réduction de taxes par les partis de droite du Québec plutôt que de l’investir dans la réfection des écoles et des hôpitaux pendant que nous en avons les moyens.

  • Cyril Dionne - Abonné 5 juillet 2018 06 h 29

    Les vacances sont terminées

    Les vacances sont terminées pour le Canada. Il devra apprendre à se tenir debout sans la présence de son grand frère à ses côtés. Mais une augmentation de son budget militaire nécessitera une dépense d'au moins 10 milliards de plus par année qui s'ajouteront au déficit déjà immense du gouvernement de notre petit prince Justin. Des déficits de 50 milliards et plus avec la fin d'ALENA sont envisageables à court, moyen et long terme.

    Mais, il est tellement beau notre Justin dit de "Bieber" Trudeau.

  • Guy O'Bomsawin - Abonné 5 juillet 2018 10 h 17

    Donald, le Colporteur

    Si Donald Trump est imbattable en ragots, il est surtout le plus « agressif » des vendeurs. Plus d'armes chez les alliés, plus de milliards à encaisser pour le méga complexe militaro-industriel de l'Oncle Sam. Les stratégies les plus simples ne sont-elles pas les plus efficaces ?

  • Michel Lebel - Abonné 5 juillet 2018 15 h 11

    Toujours aussi bouffon!

    Trump, un président sans loi ni morale, qui se balance comme l'an 40 de ce que fait la Russie de Poutine en Crimée, en Ukraine de l'est, en Syrie et aux États-Unis même. Qui n'a que faire de organisations internationales comme l'OTAN. Qui préfère traiter avec des hommes à poigne ou des dictateurs, tel Poutine. Heureusement que l'histrion américain ne détient pas les pleins pouvoirs dans son pays! Heureusment qu'il n'est pas éternel, comme l'avait ironiquement souligné récemment le président Macron! Pour la paix et la sécurité mondiale, plus vite il sera parti pour toujours jouer au golf, mieux ce sera.

    M.L.

    • Claude Gélinas - Abonné 5 juillet 2018 17 h 36

      Mais en attendant le départ de ce semeur ce chaos que de dommages collatéraux. Long trop long est le jour de la fin du commencement.

  • Gilbert Troutet - Abonné 5 juillet 2018 21 h 34

    Encore des dépenses militaires !

    Tout en se plaignant de l'attitude de Donald Trump, Mme Cornellier semble ici justifier l'accroissement de nos dépenses militaires. Je me serais attendu plutôt à ce qu'elle s'indigne devant cette obsession du président américain pour la politique de la force.

    Les milliards de $ qu'on met dans la défense ne servent qu'à enrichir les marchands d'armes. Indirectement, c'est la cause de conflits iici et là. généralement dans d'autres pays, puisqu'il faut bien s'en servir pour justifier la dépense et écouler les stocks.

    Jean-Pierre Martel a raison de rappeler l’engagement pris en 2014 par le gouvernement fédéral de faire passer les dépenses militaires du Canada de 1 à 2% du PIB d’ici 2024, soit une dépense récurrente de 15 milliards $ par année. Une aberration. Cela équivaut annuellement, en effet, à 2,000 $ de taxes et d’impôts supplémentaires pour une famille de quatre personnes.

    Plutôt que de marcher sur les traces de Donald Trump, le Canada ferait mieux de se retirer de l'OTAN, comme l'avait promis P.-E. Trudeau. En 1966, De Gaulle avait bien tourné le dos à l'OTAN : « La France, écrit-il le 7 mars à son homologue américain Lyndon B. Johnson, se propose de recouvrer sur son territoire l'entier exercice de sa souveraineté, actuellement entravé par la présence permanente d'éléments militaires alliés ou par l'utilisation qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l'OTAN.»