La nécessaire réplique

Dès l’élection de Donald Trump à la présidence américaine en novembre 2016, le gouvernement Trudeau a adopté une stratégie consistant à ne pas froisser le président tout en multipliant les liens avec quiconque pouvait influer directement ou indirectement sur ses décisions. Au centre des préoccupations : la préservation de la relation commerciale entre les deux pays.

L’approche a fonctionné jusqu’à il y a deux semaines, quand Donald Trump a décidé contre toute logique d’imposer des tarifs sur les importations d’acier et d’aluminium en provenance du Canada, du Mexique et de l’Union européenne sous le prétexte fallacieux de la sécurité nationale. La réplique de tous les pays fut immédiate : imposition de tarifs sur des importations américaines et plainte à l’Organisation mondiale du commerce.

À l’issue du Sommet du G7, le président Trump n’a toutefois pris que Justin Trudeau pour cible, ce dernier ayant eu l’audace de répéter à la face du monde qu’invoquer la sécurité nationale pour frapper le Canada était insultant et que le Canada ne se laisserait pas bousculer sans rien dire.

Tout ce que le président a réussi à provoquer est un ralliement des forces politiques canadiennes derrière Justin Trudeau, du conservateur Doug Ford, nouvellement élu premier ministre de l’Ontario, à l’ancien premier ministre Stephen Harper, en passant par le NPD et les provinces. La grande majorité des Canadiens ont suivi, indiquait jeudi un sondage de la firme Angus Reid. Fidèle à sa stratégie, le gouvernement a réagi en ne jetant pas d’huile sur le feu, dépêchant plutôt des ministres auprès de leurs homologues américains afin de leur rappeler l’importance de notre relation commerciale.

Il y a toutefois plus que cette relation en jeu ici. L’architecture multilatérale, dont une puissance de taille moyenne comme le Canada a besoin, est fragilisée par le protectionnisme de Donald Trump, son mépris des règles internationales et sa logique du chacun pour soi.

Dans un discours portant sur les menaces pesant sur les démocraties libérales, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a déclaré mercredi à Washington que l’imposition de tarifs sur l’acier et l’aluminium était « un cas flagrant où les États-Unis font pencher la balance de leur côté au mépris des règles qu’ils ont eux-mêmes contribué à formuler ».

Les consommateurs américains paieront le prix du « protectionnisme » américain, a-t-elle poursuivi, mais « le prix en sera également payé par ceux qui croient qu’un système fondé sur des règles vaut la peine d’être préservé. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous avons mis en place un système qui a favorisé la prospérité et empêché les petites querelles et les querelles régionales de se transformer en guerres ouvertes. Nous avons bâti un système qui privilégie la liberté et la démocratie plutôt que l’autoritarisme et l’oppression. Pour sa part, le Canada se portera à la défense de ce système lorsque ce système sera attaqué ».

Le Canada doit toutefois faire plus. Les institutions multilatérales ne sont pas parfaites et n’ont pas toutes bien vieilli. Des réformes s’imposent presque partout pour leur assurer pérennité et pertinence.

Bien qu’elle maîtrise bien cet enjeu, la ministre Freeland est avant tout absorbée par la relation canado-américaine et les négociations de l’ALENA. Le premier ministre doit par conséquent s’investir davantage dans ce dossier des réformes institutionnelles et exposer plus clairement les changements qu’il souhaite mettre en avant. Après tout, il prétend toujours solliciter un siège au Conseil de sécurité des Nations unies.

Le Canada a participé à la création de ces institutions, il doit être partie prenante de leur redéfinition urgente et nécessaire.

2 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 16 juin 2018 09 h 48

    Ressacs, tempêtes et autres empêcheurs de la pensée.

    Il y a un ressac dans l'esprit des américains.

    La mondialisation était la consécration de l'Empire Américain après l'effondrement de l'URSS.
    Les égocentriques américains ont cru que leur guerre économique des années '80 en était la cause. Reagan en était le héros (!).

    Enfin les multinationales américains allaient pouvoir s'étendre partout, ce qu'elles ont fait en transportant leurs usines ailleurs.
    Soudain on réalise que pour acheter, ben, il faut avoir une job. Quelqu'un quelque part a oublié de réfléchir.

    Ici il y a un autre ressac, tout aussi épidermique, aussi peu réfléchi.
    Parce que Trump ment effrontément et s'amuse avec ses bombes de twit, TOUT le Canada est derrière Trudeau, D'une farce à l'autre...

    Dans tout ce brassage de non-idées et de déclarations vides, personne sur la place publique ne remet en question la pertinence de l'ALENA.
    Il ne s'agit pas de condamner par principe, ni de rejeter en bloc : les Dogmes de non-ceci et non-cela sont, faut le dire, niaiseux.

    Par contre l'ALENA crée l'ingérence de marchands et de financiers dans nos vies, et ceci reste inacceptable.

    Pour le Québec l'ALENA est un avantage : le marché naturel du Québec reste orienté nord-sud, malgré le Canada qui a forcé le développement selon l'axe que Toronto contrôle.
    Pour le Québec, vaut mieux discuter avec New-York ou Boston qu'avec l'arrogant petit empire de Toronto.

    Toute entente de commerce doit privilégier la proximité au détriment de l'international.
    On en est loin, mais puisque les gouvernements nationaux sont prêts à brader leur pouvoir aux peddleux, ils devraient céder ce pouvoir aux États et provinces, qui négocieront selon leurs propres intérêts et à forces plus égales.

    Le commerce de proximité concerne beaucoup des biens essentiels, métal, moteurs, bois, meubles, alors que l'international touche surtout au luxe (un peu gros mais plutôt vrai).

    Pour le Québec, la côte est, l'ontario et les Maritimes, le centre-nord. Pas pour le Manitoba!

  • Cyril Dionne - Abonné 16 juin 2018 19 h 23

    Le client a toujours raison

    Avec une perte nette de 2 126 milliards en échanges commerciaux durant les dix dernières années (United States Census Bureau), les Américains et Donald Trump n’ont pas besoin des pays du G6. Pour l’ALÉNA, c’est de l’ordre de 1 026 milliards. Le Canada, c’est plus de 376 milliards de déficit commercial pour les États-Unis durant les 10 dernières années. Avec la Chine, c’est de l’ordre de 3 388 milliards sur une période de 10 ans.

    Alors, ne retenez pas votre souffle. La « nécessaire réplique » ne fera pas long feu dans une guerre commerciale avec les États-Unis. Le Canada en sortira encore plus grand perdant, tout comme la Chine, le Mexique et tous les pays du G6 (le G7 n’existe plus). Et ce ne sont pas les consommateurs américains qui paieront le prix du « protectionnisme » américain, mais les autres citoyens des pays du G6, de l’ALÉNA sous oublier la Chine, ce géant aux pieds d’argile.

    Tout comme pour l’immigration n’est pas un droit, mais bien un privilège, les accords commerciaux entre nations le sont aussi. Et c’est toujours le client qui a raison. L’Amérique des Américains, par les Américains et pour les Américains est le client dans cette affaire d’échanges commerciaux.