Vent de révolution au Nicaragua

Jamais depuis la guerre civile des années 1980 le Nicaragua n’a traversé pareilles turbulences. C’est comme si se rejouaient dans ce petit pays pauvre d’Amérique centrale les bouleversements de 1979, mais cette fois-ci avec Daniel Ortega dans le rôle d’Anastasio Somoza, le dictateur que sa révolution sandiniste a renversé il y a presque 40 ans.

C’est la répression, le 18 avril dernier à Managua, d’une marche contre une réforme des retraites qui a mis le feu aux poudres. Le lendemain, des étudiants ont protesté, à leur tour sévèrement réprimés par la police. Bilan : trois morts. D’étudiante, la contestation n’a depuis cessé de s’élargir à toutes les couches de la société, prenant à la grandeur du pays une tournure catégoriquement anti-Ortega — alimentée de fait par la féroce répression exercée par les autorités. Le retrait de la réforme n’a pas calmé la colère. Les violences auront fait jusqu’à maintenant plus de 150 morts, face auxquels Ortega, loin de les pleurer, a dénoncé une « conspiration » de l’opposition.

Daniel Ortega a été adulé dans les années 1980 par les gauches du monde entier pour l’héroïque résistance sandiniste aux Contras soutenus par Ronald Reagan. Défait aux élections de 1990, il a continué de jouer un rôle politique prépondérant dans la société nicaraguayenne. Il s’est représenté à la présidence en 2006 et l’a remportée, pour ensuite être réélu en 2011 et en 2016 à l’issue de scrutins plus ou moins propres. Fort du soutien des milieux d’affaires, qui se retournent aujourd’hui contre lui, il n’a cessé d’étendre son emprise sur la police, l’armée, la justice et les médias.

Il y a du bien à dire d’Ortega pour ses mesures de lutte contre la pauvreté et contre la criminalité. Mais dans la façon dont il s’accroche au pouvoir et refuse le dialogue, sa méthode est vénézuélienne. « La violence d’Ortega révèle sa faiblesse. Il a perdu ses symboles, la rue et beaucoup de soutiens », affirme l’écrivain Sergio Ramirez, qui fut vice-président sous Ortega (1985-1990) avant de rompre avec lui. Étudiants, patrons, paysans, intellos, société civile : l’appel à son départ est devenu collectif. Pour le bien de la chancelante démocratie nicaraguayenne, il serait temps pour lui et sa clique de s’incliner.

1 commentaire
  • Serge Turmel - Abonné 16 juin 2018 14 h 02

    N'ayant plus légitimité populaire, Ortega doit partir

    Bonjour,

    Au Nicaragua depuis 2002, jusqu'à son retour au pouvoir et un peu par après, j'ai toujours eu un faible pour le mouvement sandiniste, qui a réalisé de grandes choses dans ce petit pays d'Amérique centrale. Mais Orgegua est devenu exactement ce qu'il a combattu, un "caudillo" corrompu, ayant assis son pouvoir à coups de clientélisme, de népotisme et de violences antidémocratiques. Ortega n'a plus rien du sandinisme, au demeurant, si Sandino revenait, il serait sur les barricades, avec les étudiants et le reste de la société civile qui rejette massivement Ortega et sa clique corrompue.