Commission: le frein politique

L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées demandait deux ans et 50 millions de plus pour mener à bien son travail. Le gouvernement fédéral ne lui accorde que six mois et on ne sait combien d’argent, assez pour entendre les familles et survivantes, mais trop peu pour obtenir les réponses qu’elles attendent.

Les déboires, démissions et retards qui ont marqué les travaux de la commission depuis ses débuts semblent avoir émoussé la confiance du gouvernement et sa détermination à aller au fond des choses. La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, s’en défend, attribuant une grande partie de sa décision aux objections de quelques provinces et territoires qui refusaient de renouveler, après la fin de 2018, les arrêtés en conseil permettant à la commission de questionner des institutions relevant de toutes les juridictions.

Mais Mme Bennett a ajouté que peu de gens consultés souhaitaient prolonger les travaux au-delà de la prochaine élection. Le gouvernement est du nombre, puisqu’il veut répondre aux recommandations avant le scrutin. Aller au fond des choses aurait pourtant dû être la priorité. L’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) et le groupe Femmes autochtones du Québec (FAQ), qui se sont battus pour obtenir cette enquête, ont d’ailleurs vivement dénoncé le refus du gouvernement.

Les commissaires avaient raison mardi d’afficher une amère déception, la commissaire Michèle Audette s’interrogeant même sur son avenir. La ministre dit qu’ils savaient avoir deux ans devant eux, mais tout le monde savait aussi, et depuis le début, que l’échéancier était beaucoup trop court pour réaliser un mandat de cette ampleur.

Ce dernier exigeait de mettre les familles, les survivantes et les victimes au centre du processus, de les entendre et de les soutenir. Armée de ces témoignages, la commission devait examiner les causes systémiques de la violence « sous toutes ses formes » subie par les femmes autochtones et soumettre le 1er novembre 2018 des recommandations concrètes pour en venir à bout. Tout devait passer sous la loupe : services policiers, juridiques, sociaux, de santé, tant fédéraux et provinciaux qu’autochtones. Ce deuxième volet de nature juridique, sur lequel comptait beaucoup la FAQ, ne pourra plus être mené à bien.

On comprend mal en quoi le refus de certaines provinces rendait impossible de prolonger les travaux. La commission aurait pu se concentrer d’ici la fin de l’année sur les dossiers provenant de ces provinces pour ensuite s’attarder aux autres. Le désir du gouvernement de passer à l’action ne justifie rien non plus. À preuve, il a commencé à mettre en oeuvre certaines des recommandations faites en novembre par la commission.

Par sa décision, le gouvernement Trudeau fait en sorte qu’il n’y aura pas vraiment d’enquête, mais, comme le déplore la FAQ, une « commission des témoignages des familles ». Des familles qui ont dévoilé leur douleur dans l’espoir d’obtenir des réponses qui, maintenant, seront incomplètes. Comme le dit Mme Audette, on vient « de les laisser tomber ». Encore.

3 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 7 juin 2018 07 h 15

    Plus de temps

    plus d'argent? Peut-être. Mais comment ne pas être hésitant devant les dérives des premiers mois de cette commission, ses errances, ses faux pas et ses guéguerres de personnalités.

  • Serge Lamarche - Abonné 7 juin 2018 11 h 28

    Pourquoi les autochtones ne font rien?

    Pourquoi les autochtones ne feraient ils pas enquête eux-mêmes à leurs frais? Qu'y a-t-il de si dispendieux à récolter et analyser les événements passés?

  • Cyril Dionne - Abonné 7 juin 2018 15 h 04

    Tristesse et gaspillage

    C’était une enquête judiciaire impartiale par un tiers parti qu’il fallait parce que des crimes ont été commis. Au lieu de cela, nous avions eu droit à un comité qui faisait des séances de counseling ou de thérapie et qui ressemblait plutôt au Bloc québécois dans ses « errances, ses faux pas et ses guéguerres de personnalités » pour reprendre les mots de M. Bonin.

    En fait, cette commission n’aura accompli absolument rien à part de dépenser de l’argent. Au moins, les commissaires se sont payés du bon temps en tenant leurs assemblés dans des régions comme Montréal et autres. Et ce n’est pas avec des gens qui ont comme qualifications d’être une lauréate de la médaille du jubilé de diamant de la reine Élisabeth II que nous allions découvrir la vérité sur le sort véritable des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées. Quelle tristesse et quel gaspillage.